CHAPITRE III
Jacques Le Challeux^ et aussi Jean de Gourmont, un des plus célèbres tailleurs d'images du xvi" siècle. C'était là un ouvrage composé de feuilles détachées, de format in-folio, qui eut un débit extraordinaire parmi les religionnaires du temps.
Toutefois, les illustrations sur bois ne chômaient pas. Les portraits d'auteurs, répandus par les crayons de Clouet et de son école, se mettaient couramment en tête de leurs œuvres. Je ne voudrais pas dire que Clouet eût dessiné lui-même les portraits de Tiraqueau, de Taillemont, en i553; de du Billon, l'auteur du For? inexpugnable, en i553; de Papon, d'Ambroise Paré, en i56i; de Grévin, de Ramus et d'autres; mais la précision de ces physionomies rappelle la tournure trè? particulière des artistes français du xvi® siècle. Les Poésies de Ronsard, en i586, renferment une série de portraitures fort habiles, entre autres celle de Muret, son commentateur, l'une des plus parfaites dans le genre. Christophe de Savigny, auteur des Tableaux accomplis de tous les arts libéraux , publié par Jean et François de Gourmont, en 158/ se fit représenter en pied dans le frontispice de son ouvrage, et offrant son livre au duc de Nevers à qui il l'avait dédié. Cette planche in-folio, vraisemblablement gravée par Jean de Gourmont, est des mieux finies que l'on voie. Aussi bien l'ouvrage de Savigny, pour oublié qu'il soit de nos jours, ne laissa-t-il pas que d'avoir un grand retentissement de son temps, et Bacon y puisa l'idée de son
I. M. Théophile Dufour, de Genève, a publié sur Perrissin, Tortorel et Le Challeux une brochure où il détermine la part de chacun d'eux dans l'œuvre. (Paris, Fischbacher, i885, in-8°.)
livre célèbre sur l'encyclopédie des sciences, T;i^o bookes.. of advancement of learning (Londres, in-4°).
Puisque nous voici amené à parler du duc de Nevers, il ne sera point sans intérêt pour nos lecteurs de mentionner ici une pièce rencontrée par nous aux manuscrits de la Bibliothèque nationale, et grâce à laquelle on peut se rendre compte du travail nécessité alors par la publication d^un livre illustré^. Le duc faisait préparer, en 1577, rimpression d'un livre apologétique dont nous n'avons d'ailleurs retrouvé aucune trace, et son intendant lui écrit à ce sujet une longue lettre où il traite la question des compositions et des reliures. Il était nécessaire que l'œuvre parût vite, et parût reliée et dorée pour faire des cadeaux. A en croire l'iniendant, le veau serait la couverture la plus expéditive : « pour faire des présens (les livres) seront beaucoup mieulx en quelque veau rouge ou noir... bien doré par-dessus, et non en vellin qui est un parchemin dellié qui se regredille incontinent. »
D'après les renseignements de l'homme d'affaires on voit qu'on tirait cinq épreuves de chaque feuille pour les corrections typographiques et qu'il fallait douze jours pleins pour les reliures.
La partie la plus intéressante de ce mémoire est celle ayant trait à la gravure sur bois du portrait. On avait fait dessiner la planche par un artiste qui élait parti depuis; or elle ne plaît pas, mais les ornements peuvent passer. L'intendant propose de « faire ancrer une petite pièce de bouys dans la planche et vous y faire