‹ Le Livre, illustration - la reliureChapitre 66 sur 140 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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portraire ». C'est, on le voit, une correction par élimination. On évidait le poirier dont était la figure primitive et on y substituait un carré de buis : « pour aultant qu'en cette mesme besongne le poirier dont est la planche réussisse si bien à la taille, comme le bouys qui est plus dur. »

Le portrait de la duchesse de Nevers était mieux ; cependant le poirier avait fléchi sous le travail. « Celluy de madame est plus passable, néanmoins il y a encore quelque chose à dire à un œil. C'est le boys qui ne peult porter la subtilité du trait. »

Voilà en quelques lignes très claires, et expliquée par un homme de l'époque, toute l'économie de la publication d'un livre au xvi= siècle, au moment où le bois déclinait déjà pour céder la place à la gravure en creux. Celle-ci va bientôt régner en maîtresse, grâce à la plus importante maison de librairie du siècle, l'atelier des Plantin, à Anvers,

Christophe Plantin, comme Jenson, était originaire de Tours. Après avoir appris son art chez Macé, à Caen, il vint à Paris, d'où les guerres le chassèrent bientôt. Il partit pour les Pays-Bas, etlà le roiPhilippelI le nomma son premier imprimeur, architjyographiis. Établi à Anvers, en i555, il recevait chez lui, ainsi que le faisaient les Estienne ou les Aide, la plupart des savants et des gens de lettres de son temps, et parmi eux Juste-Lipse, que Balzac accusait d'écrire les préfaces latines signées par Plantin. Ce qui est sûr, c'est que celui-ci n'était ni un Estienne ni un Manuce.

Sa probité en art lui faisait exposer à la vue des passants des épreuves de ses ouvrages avec promesse de

i^i LE LIVRE.

récompense pour chaque faute indiquée. Les Estienne avaient aussi employé ce système. Plantin, pour n'être en retard dans la perfection typographique sur aucun de ses contemporains, avait fait venir de France le célèbre fondeur de caractères nommé Guillaume Lebé, qu'il chargea de le fournir de fonte spéciale 1. Slir les ordres du roi Philippe II, il composa la Bible d'Alcala en 8 volumes in-folio, absolument parfaits d'exécution ; malheureusement le gouvernement espagnol, lui Fig. i8. — Portrait de ^^,3,-^^ avancé dcs fonds au cours de

Christopiie Plantin ■'

né à Tours im- ^^ publication, le poursuivit avec la primeur à Anvers, dernière rigueur pour en obtenir le D'après la CAroHo- remboursement. Il fut très près de

logie Collée,

fermer son imprimerie; mais il reprit courage et remit de l'ordre dans ses affaires, au point d'être devenu, en iSSg, Tannée où il mourut, le plus grand libraire des Flandres. Sa marque était une main tenant un compas, avec la devise : labore et constaritia. Plantin, mort à soixante-quatorze ans, laissait des maisons prospères à partager'entre ses trois filles. C'était

I. Kib. nat. Imprimés X, 63, in-S°. Album de caractères. Lebd a mis cette note sur ce volume : « Geste glose faicte à Paris 1574, par moy, est la 14® lettre, et le texte faict sur l'eschantillon de la précédente pour la grosseur, mais d'un art meilleur. Et du présent a esté imprimé la grande Bible de Anvers par Plantin auquel j'en vendis une frappe ». (fol. 6.) — Au fol. 20, on lit : « Je ne scay d'où est ce petit Hébreu que je reçeu de Plantin pour lui en faire un plus petit, il m'en envoya ce demi-feuillet, et n'en ay point veu à Venise ny autre part », Ce curieux renseignement a été découvert par M. H.Omont, du département des manuscrits.

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