CHAPITRE IV. I7S
Froben, des Aide, des Estienne ou même de Plantin, ils surpassent du moins les livres français de l'époque. Ancien syndic de la corporation en 1602, vingt-neut années avant la constitution du Gt^and navire, Cramoisy avait en outre été échevin de Paris, et il exerçait sa profession dans une boutique de la rue Saint-Jacques, qui avait été celle du père Nivelle, le doyen des libraires, mort en i6o3 à Tâge de quatre-vingts ans.
La situation de Cramoisy fît que le cardinal de Richelieu jeta tout naturellement les yeux sur lui pour la direction de Tlmprimerie royale. Cet établissement, fondé par le roi en 1640, fut installé aux bâtiments du Louvre, dans une série de chambres en enfilade, qui en faisaient un atelier sans rival au monde, Sublet des Noyers en fut nommé surintendant, Trichet du Fresne correcteur, et sous cette triple direction les presses commencèrent à rouler.
Le premier ouvrage fut V Imitation de Jésus-Christ, datée de 1640, in-folio, assez beau livre, mais non point à comparer aux éditions des Elzevier^ Il en fut de rimprimerie royale ce qu'il en est souvent des entreprises de rÉtat, elle coûta gros et ne rapporta rien. Quelques années à peine après sa fondation, elle avait englouti près de 400,000 livres, somme très lourde pour un trésor mal équilibré; elle avait produit de soixante à soixante-dix volumes de médiocre valeur, et nous pouvons le dire de suite, après Cramoisy, la direction fut si peu sérieuse, qu'on mit à la place des
I. Les caractères employés dans ce livre sont attribués à Claude Garamond, fondeur du xvi* siècle, auquel on doit les types grecs de François F*".
i7<5 LE LIVRE.
ateliers une écurie, appelée la petite écurie du roi, au commencement du xvin® siècle.
Pouren revenir aux artistes du Livre, sous LouisXIII et le cardinal de Richelieu, nous retournerons un peu en arrière, avant la fondation de l'Imprimerie royale, et nous reprendrons l'École française d'illustration au moment précis où Callot va lui donner un vigoureux coup d'épaule, et lui faire quitter sa tournure guindée et mal assouplie. Callot, il faut bien le reconnaître, ne fut point un vignettiste, un dessinateur spécial; son art visait plus haut et cherchait ordinairement mieux; cependant il ne dédaignait point les frontispices, il en faisait pour le Coustumier de Lorraine, pour VHarpalice de Bracciolini, et pour une foule d'autres dont Ténumération serait ici bien fastidieuse. Certains de ses travaux passaient en Italie, où ils venaient relever un peu le niveau abaissé du Livre. Puis il se mit à orner d'eaux-fortes plusieurs ouvrages, entre autres la Lumière du cloistre chez François Langlois dit Chartres, en 1646. C'était là encore une œuvre symbolique et sentencieuse, dont le goût public ne se rassasiait réellement pas; tout y était enseignement pour le prêtre. Au bas de la petite eau-forte que nous donnons et qui représente des oiseaux tombant d'un arbre, on lit •
Ses petits hors du nid le courbeau jette en bas Lorsque par leur blancheur ils lui sont dissemblables. Le bon prélat de mesme au cloistre n'admet pas Ceux qui n'ont rien d'esgal à ses mœurs vénérables.
Callot, du reste, avait fait une autre suite d'emblèmes sur la vie de la vierge Marie; il avait même publié en