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CHAPITRE IV

1620 une série d'estampes 111-4° pour la tragédie de Soliman de Bonarelli au compte de Cecconnelli. La France s'imposait à Tltalie tombée, elle y écoulait ses oeuvres, et si un graveur naissait là-bas, il ne dédaignait point toujours la consécration française, témoin Délia Bella.

Etienne La Belle, comme on disait à Paris, était

Fig. 66. — Planche tirée de la Lumière du Cloistre. Gravure à l'eau-forte de Callot.

venu d'Italie en France où il rencontra le cardinal de Richelieu qui le prit sous sa protection. C'était environ le temps où Tlmprimerie royale venait d'être créée, et on comptait bien l'employer au plus tôt.

Callot avait été le modèle choisi par le Jeune artiste italien, et ce choix eût pu être moins heureux. La Belle puisa chez son maître le côté philosophique, la raillerie du dessin qu'il exerça dès l'abord dans des frontispices humoristiques, entre autres, celui des Œuvres

de Scarron, où neuf poissardes tiennent lieu de muse? et dansent en rond autour du poète. Mais il passait du gai et du plaisant au sévère, et faisait de grandes pages d'architecture pour des titres sérieux. En 1649, il donnait des planches au gros et indigeste volume de Valdor sur Louis XIII, publié par Antoine Estienne à Tlmprimerie royale. Son succès n'était point là; La Belle était le peintre des groupes, des ornements, des motifs un peu lourds et chargés, mais qui ouvriront une voie nouvelle aux vignettistes du xvni'' siècle, après nombre de transformations.

Avec Abraham Bosse la décoration du Livre prend une extension considérable; les lettres ornées, les têtes de pages, les culs-de-lampe apparaissent nombreux et charmants. Il est peu d'artistes qui aient autant fait que lui pour Tillustration gracieuse et l'harmonie entre la vignette et la page imprimée. Sa fécondité prodigieuse lui faisait aborder tous les genres, et après les gaietés des estampes proprement dites, où il riait avec ses contemporains, il prenait un air grave pour tracer sur le cuivre des sujets plus sévères. Toutefois le livre intitulé la Manière universelle par Desargues, avec des figures géométriques nombreuses, et un frontispice assez agréable portant dédicace au seigneur de Noyers, surintendant de l'Imprimerie royale, était un ouvrage de critique, ou Bosse, sous un pavillon sérieux, ne ménageait guère un ennemi. On ne garda point rancune à l'artiste cependant, car l'année suivante Bosse publiait quatorze planches pour le Suétone imprimé au Louvre.

Il donna successivement des gravures pour V Histoire de saint Louis, des vignettes de livres pieux sans

fig. 67. Titre du livre satirique publia; contre Desargues, en 164}, par Abraham Bosse.

i8o LE LIVRE.

nombre et non sans valeur, les figures de la Pucelle de Chapelain, celles des Larcins de la Fortune; il resta toujours lui, spirituel et ingénieux, même dans les sujets les plus arides et les plus compliqués.

Il nous a laissé dans une estampe célèbre la représentation d'une boutique de libraire de son temps, C^est là une page intéressante pour nous, en ce qu'elle montre simplement et assez naïvement le côté pittoresque de ces étaux, où le marchand et sa femme débitaient aux chalands les œuvres nouvelles. La boutique est sommaire ; elle est à bien peu de chose près ce qu'est aujourd'hui l'étalage en plein air des galeries de rOdéon. De grandes affiches placées au-dessus de la bibliothèque indiquent les « nouveautés » et si l'on en croit les inscriptions données par Bosse, le marchand du Palais offrait ses livres avec un éclectisme singulier, Boccace, PArétin, VAstrée de d'Urfé, la Bible ou Machiavel. Dans les mains de la vendeuse se trouve la Mariaitne :

Icy les cavaliers les plus advantureux En lisant les romans s'animent à combattre, Et de leur passion les amants langoureux Flattent les mouvements par des vers de théâtre,

dit la lettre de Bosse. On faisait déjà communément ce qu'on fait encore; on bouquinait, on furetait aux étalages, et ceux du Palais étaient des tire-Pœil.

Si Ton en croit Sauvai, le grand nombre de libraires du milieu du siècle était dû aux beaux esprits de l'hôtel de Rambouillet. La passion de la nouveauté, de l'œuvre récente, avait produit cette quantité d'éditeurs « que

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