CHAPITRE IV
mitéjst de grandeur. Le peintre Le Brun est Pexpression la plus haute de ce faux olympe où la pose héroïque devient nécessaire pour les mouvements les plus humbles. Répandue par la gravure, par les Pesne, les Audran, les Poilly, les Edelinck et cent autres, cette tendance envahit tout, Part et l'industrie, la peinture et la tapisserie, Tillustration et la typographie ellemême. On voit grand, au rebours d'autres temps où Ton vit petit et mesquin. Les encadrements du Livre se couvrent de dieux en perruques, de déesses cuirassées, de Louis XIV en Apollon, en soleil éclairant le monde. Nec phiribus impar n'est pas la devise d'un seul homme, c'est le cri de morgue et de gloire de tout un peuple, du grand au moindre, du peintre sublime à l'imprimeur modeste.
D'ordinaire, ces exagérations ne sont point utiles aux arts; ici, elles le furent. Mais, pour la matière qui nous occupe spécialement, il ne paraît pas qu'on ait vu le Livre s'élever bien haut. Il approche d'une époque merveilleuse, d'un art délicat et gracieux; mais il ne trouve point sa formule ; il se traîne péniblement à la suite des œuvres plantiniennes, jetant lourdement ses eaux-fortes et ses burins au milieu de textes grossiers et mal au point. Pourtant le goût en littérature avait tendance à se déplacer ; Molière et La Fontaine devaient produire sur leurs contemporains l'effet que, de nos jours, les naturalistes ont produit sur les romantiques; mais ce fut assez court, la majesté reprit ses droits avec Bossuet, Boileau et les autres.
Sébastien Leclerc fut un des rares artistes de la fin du xvii^ siècle qui aient songé à la vignette, au milieu
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de ce débordement de banalités pompeuses. Héritier de Gallot par la manière, sollicité par les éditeurs, il débuta dans le genre par un roman de La Calprenède et continua par la Promenade de Saint - Germain de Louis le Laboureur, bailly de Montmorency, à qui Boileau disait de si curieuses choses. Cette bleuette est un des livres les plus recherchés de Leclerc, et nous en reproduisons ici une des pages avec un fleuron ravissant, bien rapproché de ceux du xviii* siècle. Ce fut d'ailleurs le charme de ce dessinateur ingénieux ; il orna d"en-tctes gracieux et de décors pleins de souplesse les œuvres de ses contemporains. On peut croire au surplus qu'il ne demeurait point en retard sur ses confrères dans la composition de personnages ou d'emblèmes allégoriques et divins. Son art n'allait pas, bien entendu. Jusqu'à se défaire des errements de l'Ecole -, il se contentait de ne copier personne et de rendre ses œuvres bien à lui. Telles furent, par exemple, les vignettes de VHistoire de Tiirenne, où les têtes de chapitre , les lettres ornées , les fins de pages se marient harmonieusement et font du livre, un peu lourd comme impression, un ouvrage des plus agréables.
Leclerc se trouva donc très à point pour mettre des vignettes aux œuvres de Racine pour l'éditeur Claude Barbin, — encore un de ces noms fréquemment rencontrés dans Boileau. — Le titre du tome II mérite qu'on y prenne attention.
L'année même de cette dernière publication, soit en 1676, Sébastien Leclerc avait illustré les Métamo?'phoses d'Ovide, par Benserade, qui coûtèrent au roi