‹ Le Livre, illustration - la reliureChapitre 77 sur 140 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

énormes nécessitées par la Bible polyglotte, on la composa dans l'espérance que le cardinal de Richelieu en payerait les frais. Celui-ci le voulut bien, mais il exigea que son nom figurât sur le livre, et comme Le Jay, homme indépendant, s'y opposait formellement, Vitré rencontra chez le ministre un mauvais vouloir qui s'accentua de jour en jour. En 1645, on termina l'impression; seulement Le Jay était ruiné, et si l'on admirait le papier, le caractère, le format extraordinaire des neut volumes de la Bible polyglotte, on y trouvait tant de fautes, d'erreurs, de méprises, qu'elle tomba presque de suite à rien, ne valant même pas sa reliure.

Il y a de ces déboires terribles dans le métier, et Vitré y fut soumis plus que personne. Il ne laissait néanmoins pas chômer ses presses, et il publiait successivement des ouvrages arabes, turcs, persans. Son procès avec les héritiers Savary, comme représentant du roi dans l'acquisition dont nous avons parlé, continua aussitôt après l'impression de la Bible et entrava ses progrès ; il se débattit, et l'assemblée dti clergé, dont il était l'imprimeur, chercha à le tirer de cette impasse. Eh bien, la chose une fois terminée, le cardinal étant mort. Vitré ayant été nommé, par Colbert, directeur de l'Imprimerie royale à la place de Cramoisy, il mourut à son tour et fut accusé plus tard d'avoir détruit les caractères et les matrices de la Bible polyglotte , pour qu'on ne s'en servît plus après lui. Cette fable, longtemps accréditée, a depuis été reconnue fausse, car les poinçons et les matrices passèrent à la Bibliothèque du roi, puis à l'Imprimerie royale réorganisée en 1691.

iSj. LE LIVRE.

Antoine Vitré, malgré ses malheurs, avait été un grand personnage; il fut peint par Champagne et gravé par Morin, comme Richelieu lui-même. On peut voir ce portrait reproduit dans le livre de M. H. Delaborde sur la Gî^avure, p. 189.

Tel est Phomme que nous rencontrons au commencement du règne de Louis XIV, en qualité de syndic des libraires. Et ce n'était point là une sinécure, un canonicat donnant honneur et profit; au contraire. Avec les règlements draconiens sur la matière, le syndic assumait une lourde charge tant vis-à-vis du roi que de ses confrères. Les querelles religieuses envenimaient les questions, et la révocation de Pédit de Nantes devait avoir pour corollaire immédiat de nouvelles ordonnances royales plus sévères.

Le règne de Louis XIV vit Tapogée de la gravure au burin, mais non point de Timprimerie ni de Tillustration.

Sans doute il serait puéril de prétendre que la typographie n'avait fait aucun progrès matériel ; il y en avait eu, comme nous le dirons, et dans la gravure et dans la composition ; on opérait plus vite parce que les presses s'étaient perfectionnées. Mais la savante harmonie des vieux imprimeurs, leur goût sûr, jusqu'à leurs vieux clichés irréguliers, n'étaient plus là pour former ce tout gracieux et charmant qui est à la précision moderne ce qu'un tableau de Van Eyck est à la chromolithographie. Sous Louis XIV, les titres se régularisent, et suivant, ce que nous disions en commençant, se modèlent sur les gens guindés et perruques qui les lisent. L'art tout entier entre dans cette voie de subli-

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