CHAPITRE V
rOlympe et des dieux, de la pose majesteuse et des soleils. Par une petite porte entre-bâillée la gaieté s'échappa de sa prison et s'envola; pour le Livre, cette porte fut celle du graveur Sébastien Leclerc.
L'ancienne école était remplacée. Contenues pendant trois quarts de siècle , les mœurs françaises allaient rire sous la régence du duc d'Orléans. Si les représentants de l'autre âge vivent encore, si Rigaud exécute toujours ses portraits en perruque, il y a les nouveaux venus, égayés par les modes nouvelles, moins solennelles et plus coquettes. Le Brun est alors bien loin dans l'ancien temps, amusant au moins autant les dames de la Régence que pourraient nous faire rire aujourd'hui les modes du second empire.
Le Livre, selon sa coutume, suivit le mouvement et puisa peu à peu dans les tendances du jour les éléments de sa décoration. Les petits formats s'étaient multipliés, les caractères avaient pris de l'élégance et les vignettes devenaient de plus en plus aimables et spirituelles. Les amateurs avaient des ex-libris gravés, les moindres plaquettes se couvraient de lettres ornées, de tètes de pages, de fleurons déjà très habiles. Le costume aussi allait, dans sa forme plus courte et plus légère, prêter aux dessinateurs un moyen de composer agréablement une page d'illustration et de semer la fantaisie dans les figures. Ces révolutions se firent simplement, au jour le jour, suivant que le goût s'accentuait et cherchait sa convenance.
Le commerce du Livre s'était encore accru depuis le siècle précédent; et, si le nombre des imprimeurs était limité et arrêté par certaines lois un peu dures, la produc-
tion était énorme à Paris. Au nombre des règlements les plus lourds pour les libraires-éditeurs, figurait Tobligation, où les mettait l'ordonnance de 1-13, de déposer huit exemplaires des livres à figures. En 1725, le roi édicta d'autres prescriptions pour affirmer les droits de rUniversité sur la corporation, en forçant les maîtres d'assister en corps aux processions de la Sorbonne, et d'offrir le jour de la Purification un cierge au Recteur.
En dépit de cette ordonnance plus religieuse qu'utile au commerce, la mode des vignettes s'accentua. On parcourait, comme on le fait encore, les boutiques principales pour y voir les nouveautés; on se rendait à la rue Saint-Jacques, et sur le quai des Augustins où elles étaient groupées. Les plus importants des libraires étaient, en 1727, Coignard, les Barbou — qui essayèrent depuis, avec Lenglet-Dufresnoy, de copier les Elzevier — Cavalier, Robustel, Fournier, Ballard, d'Houry. De ces deux derniers, d'Houry imprimait les calendriers, et Ballard avait le privilège de la musique. Un autre, Léonord, publiait les livres du Dauphin. Chez ces éditeurs et chez bien d'autres on examinait les oeuvres récentes; ceux mêmes qui n'achetaient pas donnaient leur avis, prenaient idée, et la mode se formait lentement. C'est ainsi que le sieur Houdart de la Motte publiait chez G. Dupuis, en 1719, un recueil de fables avec des illustrations de Claude Gillot, dont on s'entretint en librairie.
Tout était originaldans ce livre: l'auteur, qui avait eu, cinq ans auparavant, l'idée bizarre de traduire VIliade, sans savoir un mot de grec; le texte, sorte de pastiche