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avait recueilli Saint-Aubin, àquiil avançait sommes sur sommes pour Tempêcher de mourir de faim. Ainsi
F ig. 80. — Vignette du ParJon obtenu, composée par Moreau h Jeune, pour les Chansons de Laborde, en 1773.
d'ailleurs que la plupart de ses contemporains, Moreau, pressé par le besoin, « prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire ». Il avait dessine pour tout le monde, pour
Louis XVI, pour la République, pour Napoléon:
Moreau dota la République De la fleur de son dévoûment,
Beau dévoûment !
Il le jura sur une pique...
Souffla le vent, Il emporta pique et serment!
Le pis est que bien après ses dessins d^^Ovide, de Molière et de Rousseau, datant du règne de Louis XVI, il en accommoda de nouveaux en 1804, en 1806, en 1808. La différence était grande, même probablement pour ses éditeurs, Renouard et Dupréel. Il ne paraît pas non plus que le pontife de Técole nouvelle, que David se soit aperçu de sa détresse, et Moreau s'éteignit en 1814 d'un squirre cancéreux du bras droit, oublié et dans la noire misère.
Nous avons passé un peu vite sur la fin du siècle, parce qu'il n'y a nulle importance à nommer chacun des libraires ou des artistes, mais seulement à esquisser brièvement leurs goûts ou leur manière. Nous n'avons point non plus parlé longuement des graveurs proprement dits, à cause de leur nombre ; mais leur dextérité restera proverbiale; ils maniaient Peau-forte avec une souplesse extrême et interprétaient souvent en les remettant au point les dessins des illustrateurs. Plusieurs même de ceux-ci, pour ne pas dire tous, conduisaient, eux aussi, la pointe, Saint-Aubin, par exemple, qui savait donner au travail d'autrui sa marque personnelle et sa distinction.
La Révolution passant sur quelques-uns d'entre eux les ruina, et suivant ce que nous rapportions plus haut,
Fig. 8i, — Titre composé par Moreau le Jeune, en i7<J9> pour le libraire Prault.
ai6 LE LIVRE.
ils suivirent le mouvement et s^ perdirent dans Fécole de David. Il y eut Duplessis-Bertaux qui, après avoir fourni jadis à Téditeur Cazin des vignettes pour son Recueil des meilleurs contes en vers (1778), et plusieurs autres livres, après avoir travaillé pour Didot, se consacra à la gravure patriotique et à la reproduction des scènes de la Révolution. Quand parurent ses Tableaux historiques en trois volumes in-folio ornés de près de 200 grandes planches, on était sous le Consulat, c'està-dire bien loin de Tépoque ou Touvrage avait été commencé. Renouvier assurait, avec son dédain exclusif du XVIII* siècle, que Duplessi-Bertaux était un mystificateur, et que ses scènes de la Révolution étaient des canards « dans le genre d'esprit en vogue sous le Directoire ». La vérité, c'est que l'artiste, au lieu d'être un Callot gai, comme pourrait le laisser croire sa manière de graver si rapprochée de celle du peintre lorrain, avait reçu l'empreinte emphatique et excessive de la première République; ses sans-culotte y ont des poses de Sabins et ses tricoteuses singent les Pénélope.
Hors de France, deux artistes avaient pris rang, vers le milieu du dernier siècle, parmi les décorateurs du Livre. C'est en Allemagne Chodowiecki, né à Dantzig dans une famille d'apothicaires, et qui put étudier^ grâce à Tespoir où fut son père de lui faire bientôt orner ses boîtes. Ses pochades dans ce genre eurent un petit succès; il s'enhardit, et de 1758 jusqu'en 1794, il publia dans les almanachs de nombreuses figures, un peu lourdes de gravure, mais singulièrement habiles dans leur composition. Il illustra en outre les Idylles de Gessner. Roland de TArioste. Werther de Gœthe.