CHAPITRE V
Pour TA ngleterre, c'est Bartolozzi, né à Florence, qui, après avoir étudie' en Italie, arriva à Londres àPépoque où les graveurs français du Livre s'étaient transportés là-bas, comme nous avons déjà eu occasion de le dire. Délaissés jusque-là, les arts allaient recevoir du roi Georges II une impulsion nouvelle. L'Académie royale, fondée en 1769, attira les peintres et les fixa. Bartolozzi, d'abord graveur de planches séparées, donna les figures du Shakespeare d'après les dessins de Moreau, et 1'^rioste de Baskewille.
Ce ne serait pas le côté le moins intéressant à étudier ici, que l'influence des artistes français sur le livre en Angleterre. Au xviiP siècle, l'éditeur Boydell avait appelé plusieurs des élèves de Le Bas, qui servirent à une sorte de renaissance de la vignette et contribuèrent un peu à former l'école dont était Bartolozzi. Mais, en dépit de leurs efforts, on n'arriva jamais à constituer un centre bien sérieux. Choffard, le graveur, dans la préface du Dictionnaire de Basan, écrivait : « Ils (les Anglais) se sont étayés de quelques talents étrangers, ils sont parvenus à créer des talents parmi eux; mais ils n'ont pu ravir la flamme du génie qui vivifie tous les arts en France. »
Cependant, qu'était devenue chez nous la gravure Cii taille d'épargne, la figure en relief à laquelle on devait l'imprimerie? On avait pu la croire disparue à jamais au milieu de l'envahissement continu du burin et de l'eau-forte ; elle n'apparaissait plus que de temps à autre dans des têtes de pages, des fleurons, demeurée purement typographique et perdue dans les autres décorations. Il y avait bien toujours des tail-
leurs sur bois, mais peu habiles, capables seulement de ménager des traits simples sans agrément. L'un d'entre eux résolut de ressusciter cet art, et il le tenta à diverses reprises vers la fin du règne de Louis XIV et au commencement de celui de Louis XV. Il se nommait Jean Papillon et était né à Saint- Quentin en 1661.
Ses tentatives n'aboutirent qu'à la publication d'un livre de prières, avec trentesix figures en relief d'après Sébastien Leclerc. Son fils Jean- Baptiste lui succéda et continua de graver sans relâche des motifs d'ornements, des lettres, des passe-partout, souvent des fleurons d'assez bonne tournure, somme toute, et prenant une excellente place dans un livre soigné. Malheureusement la grâce avait fui, les procédés que les praticiens se montraient les uns aux autres étaient perdus, et les Papillon reconstituaient, on peut le dire, un art disparu.- Aussi Jean-Baptiste publia-t-il en 1766 un traité de doctrine sur la gravure en bois, où les erreurs historiques fourmillent, mais ou l'on peut toujours trouver chose à prendre si l'on y met du discernement. Il y disait dans sa préface : « Maintenant que les excellents Ouvrages que Ton fait sur le cuivre ont fait négliger la
Fig. 82. — Heuron gravé sur bois par Jean-Bapiiste Papillon, avant 1766.