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CHAPITRE VI. 2?j

ordre, étaient mieux que personne à même de diriger un mouvement artistique et littéraire. Au moment où Napoléon se faisait couronner empereur des Français, les anciens de la famille avaient déjà doté leur métier d'une foule de perfectionnements ou de découvertes dont leurs ateliers tiraient profit. François- Ambroise, mort Tannée même de l'Empire, avait donné l'exacte proportion des lettres, une coupe franche et élégante, mais peut-être plus régulière et précise qu'elle n'était agréable. Il avait de plus inventé la presse dite presse à un coup, où la frappe se faisait d'un seul choc au lieu d'être produite par une série de pressions successives. Son frère Pierre-François, dont nous parlions au chapitre précédent, était fondeur de caractères, fabricant de papier à Essonnes, et comptait parmi ses titres officiels celui d'imprimeur du comte de Provence, comme François-Ambroise l'était du comte d'Artois.

De ces deux branches également restées fidèles à la typographie, Pierre Didot, fils de François-Ambroise, devenait le chef à la mort de son père. Né en 1760, il avait étudié son art avec passion et avait mérité de voir ses ateliers installés au Louvre, où il publia la célèbre collection dite du Louvre, dont le chef-d'œuvre fut le Racine.

L'exécution splendide de ce livre, en trois volumes grand in-folio, fut une véritable révolution typographique. Jamais, en aucun pays, la perfection méticuleuse des détails ne s'était jointe à une science aussi magistrale de la disposition et de la forme des caractères. Les grands artistes de la pléiade davidienne tinrent

à honneur d'y voir reproduire leurs dessins d'illustration, et ceux-là mêmes que nous nommions plus haut composèrent les 5j figures dont Tédition fut ornée. Pierre Didot mit une grande coquetterie à ne tirer son œuvre qu'à 2 5o exemplaires irréprochables et merveilleux, dont loo avec épreuves de vignettes avant la lettre. Uouvrage , publié par souscription, se vendait 1,200 francs en édition ordinaire et 1,800 francs en luxe.

A ces travaux superbes, Firmin Didot, son frère, ajoutait des découvertes merveilleuses. Frappé de certaines difficultés de tirage et même de corrections, il imagina de souder entre eux les caractères d'une forme une fois obtenue sans fautes, de façon à éviter l'ennui des compositions nouvelles. Ce procédé, inutile pour les livres à petit nombre, avait une importance capitale dans les cas de réimpressions d'ouvrages populaires ou d'œuvres à succès. Il nomma ce moyen la stéréotj'pie, et dès 1799 il publia un Racine en in-i8 par ce moyen.

Cette maison admirablement dirigée, on pourrait même dire cette école de typographie, forma la plupart des éditeurs français du milieu du siècle, Renouard, Claye, Rignoux et autres. Quand le czar Alexandre vint à Paris, il voulut rendre hommage aux plus grands praticiens français dans la science de Fimprimerie, en la personne de Pierre et de Firmin Didot frères. Ceux-ci, d'ailleurs, n'allaient point seuls. Les fils de Pierre-François Didot, Henri Didot, et Pierre- François II, — ce dernier plus spécialement adonné à la papeterie sous le nom de Didot Saint-Léger, — mar-

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