CHAPITRE VI. z-S
chaient, eux aussi, sur les traces de leur père et de leur oncle. Pierre-François fabriquait à Essonnes un papier excellent, quUl perfectionna au point de le produire en rouleaux sans fin, comme celui dont se servent encore aujourd'liui les machines rotatives. C'est à Essonnes que se retira Bernardin de Saint-Pierre, vers la fin du dernier siècle, et qu'il y épousa M"'= Didot, fille de Pierre-François II. Curieuse coïncidence, ce même village réunissait à la fois l'homme dont les œuvres devaient avoir, au commencement du siècle, une fortune si extraordinaire, et la grande famille de ces imprimeurs qui allaient donner aux travaux typographiques leur essor définitif. Ce fut dans ce milieu tranquille, où Fauteur de Paul et Virginie était venu chercher le repos à près de soixante ans, que la publication de son livre fut résolue, avec tout le luxe requis en pareil succès, les caractères merveilleux, et les figures de Prud'hon et autres. On y avait joint la Chaumière indienne, écrite en 1790, à la veille de la Terreur, qui est une des nouvelles les plus délicates de ce temps.
La littérature bourgeoise et douce de Bernardin de Saint-Pierre, les inventions héroïques de Girodet, de Gérard ou de Chaudet dans le style grec ou romain, la typographie habile, mais sévère des Didot; telle est la composition du Livre au commencement du siècle, et aussi la tendance avouée, le goût, le bon ton, pour employer une expression de circonstance. Sous Louis XV, les nymphes portaient des paniers, Polyeucte avait perruque et épée; il eût été malséant de ne pas « coëffer» Junon ou Vénus suivant la formule adoptée dans tous les tableaux ou les vignettes. Au
temps qui nous occupe présentement, la mode des habits dirige tout aussi bien les dessinateurs. Les déesses ont des cheveux à la Titus, des tailles sous le bras, des cercles d"or sur le front. Les simples mortels se promènent nus par les chemins avec des casques d'un empan et des boucliers superbes. Il y a des héros lançant leurs bras démesurés en avant, d'autres levant les yeux au ciel dans des poses incroyables. Ce sont là toutes les vignettes, depuis celles de Girodet jusqu'aux plus humbles, aux dernières, aux plus oubliées.
Il se trouva, par une bizarrerie dont on chercherait en vain la cause, que cette école de David, classique et révolutionnaire, s'identifia si bien avec Tépoque de Napoléon, puis avec les gens de la Restauration, qu'elle paraît tout exprès faite à leur image. Toutefois, sous Louis XVHl et Charles X, les Romains et les Grecs n'ont plus la fière allure du début ; ils s'embourgeoisent, ils ont la mine de ces gardes nationales du royaume dont on devait plus tard faire un usage excessif.
Toute une littérature allait naître, qui devait réagir contre ce *« grec plein de gallicismes « ; mais le mouvement, en renversant l'ancien état de choses, en voulant remplacer les antiques par le moyen âge, les vieux romains par les vieux français, changea complètement la physionomie du Livre. La vignette en creux , la taille-douce des xvn<= et xviii* siècles, allait perdre sa suprématie et laisser le pas à l'eau-forte et à la gravure en bois, cette ressuscitée, elle aussi, comme le moyen âge.
C'est là chose mal connue de nos jours, que la