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LE 1,1 VUE

calicr le frou frou d'uni: robe de soie et le bruit provocant d'un talon ronge. — « Ob! là, disait Voltaire, ott n'entre pas! — Sauve qui peut!

reprenait le marquis de Villctte, c'est madame Dubarry! — - Non, non, disait Voltaire, elle est trop belle et je suis trop vieux. Elle est vêtue et je suis tout nu i elle a son rouge et ses mouches , et ma barbe n'est pas faite. Kl<iij;n<v.-hi , dites-lui que je suis mort. » Mais la dame impatiente, avec sa petile voix flnlée : « Ami Voltaire, disail-elle, ami Voltaire, ouvrez-moi! .le vous montrerai patte blanche ! Ouvrez-moi, nous parlerons de nos beaux jours. » Vaincu par cette voix souveraine encore, le malin vieillard ouvrit sa porte. Il prit dans ses deux belles mains, telles qu'IIoudon les a moulées pour sa statue, cette petile main frémissante qui naguère touchait au sceptre, et les voilà, la courtisane et le poète, qui reviennent aux doux murmures de Lucicnncs et de Trianon.

tant de génie et de |;râce à l'abandon revenaient par ces sentiers pleins de fleurs, aux heures clémentes du dix-huitième siècle? Encore un peu de temps, tout ce passé va disparaître. .< Encore quarante jours, et Ninive sera détruite! > Avant qu'il soit quinze années, une femme infortunée, en

habit du matin , eu bas à petits joues, et des mules roses à sus pieds, sera tramée, dans le tombereau de la reine de France, à l'échnlaud du roi ; et les

yeux pleins de

'aimes, la bouclic pleine de san-

flots, 0,1 l ' entel

idra s'écrier parmi ces funérailles

silencieuses : —

Monsieur le bourreau, monsieur

te bourreau, ne

me tuez pas.

Pauvre femm

3! elle fut la seule à crter grâce et

pitié! parmi ces

victimes courageuses, parce qu'elle

seule elle se si

■niait coupable! Or, cette pitié

dans'l'àmc' 0 ™'

: pour elle-même , descendit enfin

sanguinaire; il n

e comprenait pas tant d'héroïsme ;

ment, comme an tyran qu'il était,

pour eu finir a,

ec les supplices, que ces victimes

innocentes impl

24 février. -

- Voltaire est malade; il souffre,

il succombe

. et cependant il travaille. Il ne

reçoit (juc les

comédiens qui répètent Irène. A

cin(| heures, M.

Pigalle, sculpteur du roi, arrive,

au nom de M.

le comte d'AngivilIiers , qui lui

vient annoncer que le roi a bien voulu permettre qu'on lui commandât la statue de Voltaire pour l'Académie. « lit pourtant le roi ne veut pas me voir! « disait Voltaire. Il se tut! Après un silence, il improvisa les six vers que voici :

Arnould, trés-attiféc cl Irès-brnyaute. Elle baisa M. de Voltaire sur les deux joues, et celui-ci lui présenta madame la marquise «le Villelte; elle

fille d'un officier des gardes du corps qui avait douze eufaiils. Klevi'e à Fertiey, elle v conquit le surnom de belle et bonne. « Monseigneur, disait iti:i iii iinoîsi'lli' A l'uni i kl au [un -te , voilà ce qui s'appelle uni; (rés-bclle édition de la Pucelle «; et celui-ci de lire, et M. de Villette entrant demandait de quoi donc on riait si fort.

-2K fiU-rict'. — l.u maladie et la f;ui;;tie ;u cal)lent Voltaire; ou le dit mourant. T. es dévots s'agitent; les prêtres se remuent ; les politiques cherchent au fond des registres de la police et du département de Paris, dans le greffe des affaires étrangères, si quelque petit liant de lettre de cachet n'a pas c\ilé

QUATORZIÈME JOURNÉE. 3ST M. de Voltaire.... Od ne trouve (heureusement) t|uo quelques éci ils brûlés ou désavoués; ji.ts d'exil!

Si done Voltaire est resté à Ferney, c'était par celte raison : major, <: lotujitHfun, rvverentia! — Cependant l'homme est plus fort ([Lie la maladie;

il résiste à la peine, et par l'ironie il se défend contre la mauvaise humeur de l'Église et de la cour. — « Au fait , disait-il , si le roi n'a pas voulu

me serait arrivé, sans y mettre les pieds. Le roi

Monsieur de Voltaire, avea-vous de belles chasses à Ferney? La reine, avec un beau salut, m'eut parlé du théâtre de Ferney; Monsieur m'aurait demandé ce que Ferney peut rapporter? Mtitttiwi- élit récité quatre ou cinq vers de Mrru/ir , :1a comtesse d'Artois eut balbutié je ne sais quoi, et le comte d'Artois m'eût parlé de lu i'ucelle. »

Telle eût été en effet sa présentation à Versailles. Arrivés au dernier terme de leur j;randciir, ces Itourbons vaincus comprenaient que la (otite-puissance était déplacée. Hélas! l'esprit, l'éloquence et le talent leur faisaient peur.

Cependant, après nu répit de quelques jours, la maladie a repris de plus belle; déjà pour tout de bon les confessent s se présentent et menacent de

forcer la porte. Il répond qu'il n'est pus encore prêt. Cependant M. de La Harpe, à son chevet, lui hurle un ebant de sa l'Iinimle en vile prose.... Il est accablé de lettres et de brochures ; il les lit toutes. Le luudi 5 mars (le lundi gras), le marquis de Viliette lui présente un abbé Gautier, envoyé par M. le curé de Saiut-Sulpice.

Cette fois l'abbé est reçu, mais la confession

disant son Confitear, devinez qui? l'abbé de Lat- Iei);uanl, le fatiii'ux chansonnier! I. alléguant , un vieil \ pécheur converti de la veille, et qui vient, disait-il, pour convertir M. de Voltaire. Au bruit qu'il fait, accourent M. de Viliette, Tronchin, le docteur Larry, madame Denis, qui mettent ii la porte le chansonnier l'iiiTgnrnénc. A ces causes, le malade passe une assez bonne nuit; il manj;e un œuf , il boit un doigt de bon vin ; il est tout réconforté d'avoir hien dormi. Il dicte à Vajjnères, son secrétaire, l;i présente déclaration, tant il a peur que son corps soit jcli: à in miii ic, ou traité comme le corps de mademoiselle Leeouvreur :

.. Je déclare qu'étant attaqué depuis quatre jours * d'un vomissement de sang, à 1 a(je de quatre- - vingt-quatre ans, et n'ayant pu me traîner il

- l'éfjlise, M. le curé de Saint-Sulpice a bien voulu " ajouter à ses bonnes œuvres celle de m'envoyer m M. l'abbé Cautier; je me suis confessé à lui; et si « Dieu dispose de moi, je meurs dans la sainte reli- « yion catholique où je suis né, espérant de la " miséricorde divine qu'elle daignera pardonner « toutes nies fautes....

u Si j'avais scandalisé l'Eglise, j'en demande « pardon à Dieu ! Signé : Voltaire. Le 2 mars 1 77H,

- dans la maison de M. le marquis de Villette, eu ■ présence de M. l'abbé Mignot, mon neveu, et -de M. le marquis de VUlerielIle, mon ami. »

Ceci l'ait, il redemande Irène à grands cris. Il fait son compte pour la distribution de ses billets. Il en vent cent cinquante. Il reçoit la visite du chevalier ou de la chevalière d'Eon, qui veut assister à la première représentation tl'lrènr. On eberebe en même temps, à la Comédie, en quel lieu favorable sera placé le fauteuil de M. de Voltaire. Les uns proposent de le poser sur le théâtre, les autres dans la loge de la reine, et les plus sages dans la loge de MM. les ijentilsliommes de la chambre. — Enfin le 24 mars, un lundi, Irène apparut pour la première fois ; mais ce jour-là Voltaire était vaincu , la maladie était la plus forte. Il avait renoncé à cette dernière fête de sa vie.

Attentif au moindre bruii du coït- île la Comédie, il s'informait d'heure eu heure du succès de sa pièce. Il voulait savoir quels endroits, quelles tirades, (|Liels vers avaient produit If plus d'i.'fl'eL; et

fort applaudis, il fut enchanté de savoir qu'ils compcnseraîciil la lâcheuse impression que su confession avait produite dans le public.

Après le cinquième acte, arriva, tout courant, M. Dupuy (le mari de mademoiselle Corneille), annonçant, contrairement a la vérilé, qu'Irène avait eu le plus grand succès, et que la reine elle-même avait écrit sur ses tablettes les vers qui l'avaient le plus frappée. — « Allons, dit Vollaire, il faut songer à mon Agathœte. » Et comme il était enivré de tous ces encens, comme tant de cordons bleus s'étaient inscrits a sa porte pour le féliciter, comme l'Académie élait venue le voir et le complimenter, il sorti! le surlendemain dans son carrosse, allant au pas, tout rafraîchi et ragaillardi par le vent piquant du mois de mars. Il avait fait ce jour-là une grande toilette ; il portait un habit de velours rouge doublé d'hermine, une grande perruque à la Louis XIV, noire et sans poudre. Dans cette ombre, sa figure amaigrie étmt enterrer; on ne découvrait que ses deux yeux qui jetaient

L'i j ! Il'"J Ci ClH

carré COURe, en forme de couronne. Il avait à la main une petite canne à bec de corbill. « 11 était

Le 1" avril, dans ce même carrosse couleur d'azur parsemé d'étoiles, ijii'un mauvais plaisant appelait le cluir île l'Empyri'e, il se rendit à l'Académie, au grand complet, moins les abbés et les évé'jiies, sinon l'abbé Miliot et l'abbé de lîoismont. L'Académie en corps alla au-devant de son doyen; elle le fit asseoir au fauteuil du directeur, après lavoir nommé par acclamation directeur du semestre d'avril. M. d'Alembert, pour remplir la séance, fit la lecture de l'éloge de Despréaux.

De l'Académie a la Comédie il n'y a pas loin; Voltaire y voulut aller. Ce fut alors vraiment <]Uc commenta le triomphe, line foule énorme, des cris, des vivat, des larmes, des mains tendues! I! fut porté dans le théâtre! 0 spectacle incroyable de la renommée cl de la splendeur de Paris. Le buste de Voltaire élevé sur un piédestal au bruit des fanfares, des trompettes et des tambours, et ee buste embrassé par toute la Comédie avec des transports infinis! Irène et Xnniix: composaient le spectacle; mais pas un n'écoulait la poésie; on était avide uniquement de contempler le grand vieillard. Au

départ, il trouva les princes du sang sur son passade, et ce même peuple on plein déliiv embrassai! les clievau\ et se voulait atteler à leur place. - Ali! disait Voltaire un joignant les mains, vous voulez donc me faire mourir? ■

Il fut ramené dans sa demeure écrasé de louanges, assouvi d'admiration , tout Paris à ses pieds. I.e 31 mui 1778, Voltaire était mort, et l'archevêque de Paris lui refusait les honneurs de la sépulture. Ici commence, en efïel. luulr I histoire de cette âme en peine : une snitc d'outrages, de malédictions, de vengeances, de coups d'épingle, mêlés à des louanges voisines du cantique :

O Pan»ue, frémi» île douleur et d'efnui!

MuacH, al.idn.lt.Tiiii* ms lues ii nildlea:

Toi dont il feligo» lea cent voii cl [et ailes.

C'est en ce moment que reparait le cœur de Voltaire , avec les tristes aventures dont ces nobles restes ont été le jouet. Mais j'ai graud'peur d'avoir trop parlé?...

— Non, non , monsieur le président, s'écria l'assemblée tout d'une voix. Parlez encore. Nous sommes tons des fils qui ne sauront jamais assez l'histoire de leur père. El le président reprit son discours en ces termes :

Je contempler un seul trimestre de l'année 1778, et voyez si nos pères étaient occupés. Dans ces

procès de Lally-Tolcndal , la publication des derniers Mémoires de Beaumarchais, un nouveau lome de V Histoire naturelle de M. de BulFon, le suicide (on le disait du moins) de JeanJacques Rousseau. Le même jour, la jeune ducliessc de Poli;;n;u:, nue enfant , est présentée ù une autre enfant, Madame Klisabeili de l'rance, victimes réservées à ce (|ue le meurtre a de plus abominable.

Le même jour, M. l'abbé de Bourbon, le dernier leimiij;iia;;n des dernières amours du roi Louis XV, est reçu docteur en Sorbonne, assis dans un fauteuil, ijiittti: et couva i, en vrai fils de roi.

Encore un peu de temps, Paris va se battre autour de Ylphitjénie eu Tauride, en l'honneur du chevalier Gluck. Entendez-vous dans le lointain ces menaces grandissantes? Ce sont les premiers bruits des Oiiifr-suina de Jeun-Jacques Rousseau. — C'est vrai, toutes ces choses, à la même heure! Ajoutez les Lettres de madame du Deffaud, les ardeurs de mademoiselle fie Les pinasse , ia parodie et la chanson, le pamphlet et le journal à la main. Enfin, tout d'un coup, le {jrand satirique Gilbert, dans un

clicf-d'ieiivre il la .luvcnal, imposant silence à Vréron, à Clément, à l'alissot. Sur les hauteurs île Passy, le docteur Franklin détournant la foudre et [irtir-lîmiiiiir j'njti'iini'liissrnirnr <]t> l' Ann'-i hpie. Eh! cjue diron«JOU»ï Voici dans la même semaine disparaître a la fois d'Alombert et Diderot, laissant après eux l'Encyclopédie... et la Révolution française.

De tous ces événements, le plus considérable fut la mort du roi de l'erney. A peine mort, le gouvernement du roi Louis XVI fit défense expresse de prononcer le nom de Voltaire. Ils croyaient au silence! ils se fiaient au silence! Ils s'imaginaient qu'une fois délivrés du corps de Voltaire, ils seraient délivrés à jamais de son âme, de son esprit, de tout lui-même : Hic jacet totus! En vain l'Académie eut recours au premier ministre, M. de Slanrepas, un |;raud voltairieii, c'est lui qui

■■ ■!> I . I l ■■ I ■ | ■ i ■■ p- >■ l li.-nii.'ur-

funèbres! Maurcpas répondit mie sa conscience s'opposait a ces honneurs. Les amis de Voltaire se souvinrent alors que Molière avait été insulté dans sa bière sans ornements, par le peuple de Paris.... En toute bâte, â la façon des criminels, ils dérobent au lit mortuaire ce frêle cadavre. Ils l' affublent d'uni: robe cl d'un bonnet de nuit, et l'ayant assujetti, ainsi déguisé, à l'attitude d'un homme

QUATORZIÈME JOUIINÉE. :[I33 vivant, ils le portèrent dans sou carrosse; montés avec lui, ils se dirigent à Itomiily-sur-Seine , dans l'abbaye de Sci'llièrcs, de l'ordre des liornardins.

L'abbaye de Seclliércs avait pour abbé commendalaire l'abbé Miunot, ennemi du scandale, et très-fier de sa parenté avec l'auteur de Tancrède etdeBrutus.

de nuit, sous ce masque, et misérablement ballotté par if? chemins comme un vain simulacre:' ilélas! ce n'était ]dus la vie, et ce n'était pas encore le repos. Funérailles pénibles! cadavre haletant ! Les voilà donc éteints, ces yeux qui lançaient tant de flammes! Celle buiiehe est à jamais fermée , où l'ironie et le sourire avaient laissé leur empreinte! 0 front vaste et cliarmanl, qui conteniez presque l'IUade et mieux que le Hittinid furieux! Fournaise

ardente éteinte à cette heure, qui donniez au

Ijcnre liumain Cmidiile et la Correspond» nr' une merveille entre toutes les merveilles ! Toutes ces ifiTiudciirs de l'esprit s'en allaient toi-tnitement, par crainte et par économie, au plus bas prix, rejoindre une tombe entrouverte dans un couvent misérable. Autour de cette tombe il y avait des moines ignorants, qui connaissaient Voltaire a peu

près comme ils connaissaient le tonnerre, pour le bruit qu'il fait dans le nuage au milieu dca éclairs. Et voilà comme il fut enseveli , sans pompe et sans respects, dans une bière d'emprunt, ce premier gentilhomme de la chambre du roi, le plus (;raiid esprit du royaume de France.

» Extrait du registre des uctes de sépulture de ■* labbayi: rtty/ile du iVtitrt'-Duim: du Si r! Itères, dio-

.cèsede Trayes... « Cejourd'hui,2juin 1778, a été « inhumé dans cette relise messire Franrois-Mrtrie - A rouet de Voltaire, gentilhomme ordinaire de la .1 chambre du roi , l'un des quarante de l'Académie ■i fi-aiiociisiï, âgé de quatre- vinjj t-quatre ans enviu ron, décédé à Paris le 30 mai dernier, présenté à notre église le jour d'hier, où il est déposé jus-

■■ louté, il puisse être transporte à Ferney, Heu « qu'il a choisi pour sa sépulture; ladite inhumation " laite eu présence , etc. n

. Et l'on fit bien de se hâter, car le lendemain de ers tristes obsèques, monseigneur l'évéque de Troyes écrivit au prieur de Scellièrcs une défense expresse d'enterrer Voltaire en terre suinte; a quoi le prieur répondit à monseigneur : que l'inhumation était l'aile depuis vingt-iptntre heures, à la prière que M. l'abbé Mignot, conseiller au rp'aud

QUATOIIZIKME JOURNÉE. 367

conseil, notre abbé commendataire : « lequel nous « exhiba b c o use n 1cm eut de M. le curé de Saint-

Sulpicc, signé de ce pasteur, pour que le corps « de M. de Voltaire pût être transporté sans cerc- « moniir, il m'exhiba en outre une copie collatiou- .i m'e par ce même cuit de S;iim -.Sulpice , d'une « profession de la foi catholique, apostolique et ro- - maine, que M. de Voltaire a faite entre les « mains d'un prêtre approuvé, en présence do deux » témoins, dont l'un est M. Mignot , notre abbé, h neveu du pénitent, et l'autre un monsieur le .i marquis de la Villevieille. Il nie montra en ontre « une letlre du ministre de Paris, M. Amelot,

adressée a lui et à M. de Dampierre d'Hornoy, » neveu de M. l'abbé- Mignot et petit-neveu du dc- « finit, par laquelle ces messieurs étaient autorisés « à transporter leur oncle à l'crney ou ailleurs. »

Tout le reste de la lettre écrite à son évéqne par ce brave homme de prieur est rempli de courage et de dignité. M. l'oVéque de Troyes était traité comme on a traité naguère, au tribunal de Clermont, M. de Ureux-Ilrézé. Au nom seul de Fcrney, prononcé après celle lugubre cérémonie, on se sent pris d'un vif regret mêlé d'un juste attendrissement. Hélas! Femey, c'était le vrai règne de Voltaire et son vrai repos.

Voltaire avait régné à Fcrney; il y avait tout disposé pour son autinnoil élcrnel. Fcrney, l'abri de sa vieillesse, la citadelle de son génie, espace enchanté, paysage enchanteur, maison hospitalière où venaient les rois, les philosophes et les dames pour saluer, pour honorer le bel esprit dans sa gloire et dans sa toute-puissance! Il appelait Fcrney V auberge de l'Europe. Il avait deviné ce beau lieu; il en avait pressenii toutes les beautés; il avait bâti le théâtre ; il avait construit la chapelle , il s'était fait laboureur, berger, commerçant, prédicateur, républicain, courtisan, comédien, pour vivre à Ferncy :

» Nous avons, disait-il, comme dans toutes les églojjues, des fleurs, de la verdure et de Tombeau non loin du théâtre. Hélas! madame Denis avait déjà vendu le château de Ferncy. Elle avait vendu les meubles, les tableaux, la bibliothèque. On eût dit qu'elle n'avait pas de quoi vivre avec cent vingt mille livres de rente et quatre cent mille livres d'argent comptant?

Quand donc madame Denis eut vendu (au père

du marquis de Villettc) le eiiàleau, les terres, les meubles, les livres, les lettres de Voltaire (au libraire Panckoueke pour quatre mille francs), et

QUATORZIÈME JODRNÉE. lifiO tous ses papiers (sans oublier les lettres adn:rséc5 à Voltaire, témoin M. le duc do Clioiseul rjni revendiqua toutes 1rs siennes), elle s'iuquiéla enfin du cicur de son oncle. Alors elle appril que M, lu marquis de Yillettc s'en était emparé au moment de l'autopsie, et promettait de le rapporler à Fcrney. Sur quoi la dame un instant se fàchu, et quitta la maison delà rue de Beaune, en menaçant M. de VïUette d'une bruyante revendication. De eelte revendication nous avons retrouvé, dans un numéro du Mercure, un lénioi;;uaj;e uLillieiiliquc, ;i savoir nue lettre écrite et signée des parents mêmes de Voltaire : u Monsieur,

u Un bruit accrédité par quelques papiers publics

-ses funérailles, assurons, comme nous l'avons « déjà fait dans une protestation publique, déposée « chez M' Dutertre , notaire , et signée de toutes les " parties intéressées, qui: \\- testament de feu M. de .1 Voltaire, ni aucun écrit émané île lui, n indiquent K qu'il ait jamais voulu que celle ilislracliotilùl laite u en faveur de qui que ce soit, lu d'aucun monastère, M

u consenti , ni dû y consentir; que le procès-verbal

- d'ouverture et d'embauniemem déposé chez le u môme notaire ne fait aucune mention de cette » prétendue distraction, qu'il ne paraît aucun acte * qui en fasse foi; cl que, dans de pareilles cireon- « stances, ce qui pourrait avoir été dit autrefois à cet

- égard serait absolument illégal; que ce qui pour- « rait avoir été distrait du corps de M. de Voltaire <• sans aucune des formalités indispensables ne « serait susceptible d'aucun honneur funèbre. Nous » vous prions, Monsieur, pour l'intérêt de l'ordre " public et de la vérité, d'insérer cette assertion « dans le prochain Mercure. Nous sommes trésj parfaitement, Monsieur, vos très-humbles et très-

u L'abbé MlCBOT, DE DaMPIEMIE d'HobNOï. *

Plût au ciel que ces gens-l

à eussent dit vrai ! Le

ccfiur de Voltaire ne serait p;

» encore aujourd'hui,

après avoir élé un jouet d;

quaires, une misérable épav<

: entre les mains d'un

évêque e nn c mi-né et juré du

nom de Voltaire. Au-

tant que vous l'avez pu voir

, le marquis de Vil-

lettc, le premier propriétaire, est un esprit inquiet, malade, un mauvais écrivain en prose, un mauvais écrivain en vers. Il paradait ;ï Ferney; il piaffait à

QUATORZIÈME JOURNÉE. 3Ï1 l'a ris; il avait acheté Fct'iicy nu prix de deux cent trente mille livres, eu jurant que jamais Ferney uc sortirait do sa famille, et son premier soin fut de livrer à l'encan tous les meubles du maître de céans! 11 avait promis d'élever un tombeau splendide au cœur de Voltaire : - I! fit arranger dans une armoire une espèce d'urne en terre cuite vernissée, ou plutôt les débris d'un poêle d'environ

Au-dessus de ce beau mausolée était inscrit ee mauvais vtrs du marquis di: Yillctte :

11 avait écrit au-dessus de l'entablement la même ["■usée en très-vile prose ; « -Mes mânes sont consolés, puisque mon eieiie est au milieu de vous. » El quand enfin il eut tout bouleversé, tout changé, tout vendu, tout gaspillé, ee même marquis de Villette loua Ferney à un Anglais, eu lui persuadant qu'il avait laissé dans son poêle le cœur de Voltaire. Ah ! mensonges des douleurs éphémères ! vanité de certains respects! Gardez votre coeur, morts illustres!

Il y eut, un jour, un maréchal de France qui portait dans la poche de son habit le coeur de sa

3ÏI LE LIVRE,

femme, ■■ et, disait son valet, je reconnus bien vite que M. le maréchal se remarierait avant peu, le jour oii il oublia le crcur <lc madame In maréchale sur une table de cabaret. »

A soixante-huit ans qu'elle avait déjà, madame Denis, laide à faire peur et jjrosse eonunc lui inuiJ, épousa en secondes noces un ancien capitaine, homme d'esprit , M. iJnvivicr, qui menait la dame liant la main et tambour battant! Comme elle a du regretter Femev, Voltaire, Anacréon , toutes ces fêtes, ces belles ([races, ces splendeurs !

Quelques années plus tard, en 17N(>, le marquis Je Yillellc vit sa fortune cruellement compromise dans la banqueroute du prince de Guéménée, et

cœur de Voltaire, que nous avons vu, il y a déjà

obéit misérablement à toutes ces fortunes si diverses. Si le marquis de Vilîcllc était dans ses jours de croyance, le cœur de Voltaire allai) de la cave au j;rcuier. On le cachait comme une bunle et comme une malédiction. .Si le marquis ii'vniatl à des seiiliuients meilleurs pour la philosophie , il remettait ie cœur de Voltaire à sa place accoutumée.

OUATOHZIÉME JOUfiNKK. S73 Il refaisait de son mieux ce qu'il appelait la cliamhre du nrur. Voici très-exactement la description de ia chambre du cceur. » Cette chambre est ornée non- se aie ment des portraits trouvés dans le château, mais de ceux des divers personnages les plus illustres qu'a célébrés Voltaire. Ils sont

Féaeton, MassitfonetJiossttct, d'un cote; mesdames

BoufflL, du Deffand, de Cculis, font ffÎ à ces pères de l'Eglise de Fcnicy. Autre part est le cantoD des beaux esprits; les Saint-i.<imlirrt , Chastel/ux,

Thomas, Tressait, Afarmontel, Raynal, de Lille. On lit au bas du portrait de celui-ci : A'tilli jU Inliur ijuam tibï, Firrjiti. Les amis sont les plus voisins du cœur. > Il y avail bien à reprendre en ee choix singulier.

A toutes ces inscriptions du marquis de Villette, il faut ajouter les vers que voici, et dont il se servait pour expliquer comment et pourquoi le crcur de Voltaire n'était plus à Fcrney :

Noj climats p.ir le» ails ont brilk 1 tunr à tour. Rouen l'anorgucillit d'avoir produit Corneille. Racine, dont la uiuxt encliititc notre oreille,

llliiitr.1 la t<- , ' ] i e i lui ilunnii lu jntir.

L'inimitable La Fontaine

Rendit Chàleau-Thicrry Jbmciu, El Voilage anolilil les rivci itc ]■ Sdne.

Sans nul doute, il n'y a qu'un mot pour expliquer toutes ces iuïsi'ths : Pnifniieilirm! Le cojur (le Descartes fut plus heureux (jiic celui de Voltaire ; il riait contenu dans l'église de Saiul-Oluf à Stockholm; <|uand il fut apporté en France, le roi de Suède ordonna de respecter ce (nmbeau vide où la Suède est eneoro agenouillée. — Au fait, le cœur de Voltaire n'eut rien à envier à son rorps. Oublié loit;;l<-mps dans ce couvent, au milieu des bois, malgré l'excommunication de M. de Barrai, évoque de Troyes, qui voulait l'arracher de son tombeau, il arriva qu'en 1790, l'abbaye étant vendue et les moines dispersés, ou s'inquiéta du corps de Vbl-

En effet, un an plus tard (1791), quatre corn-

translatiou de Voltaire an Panthéon... Nous avons lu naguère, dans un des autographes de M, Lucas • ]'■ Monti;-tiy, d'assez. Iris! es détails sur celle expédition misérable. Il y eut même des jjeiis qui s'amusèrent du corps de Voltaire, arrêté à la porte d'une hnlrlh-iie ma! Camée. » A peine ouvert, le cercueil nous montra Voltaire endormi, le visage élait trèscalme... Au contact de l'air, il s'affaissa et ne fut plus recomiaissable. ■

Ainsi le peuple entier, qui se pressait à ces se-

QUATORZIEME JO0RNEE. 37S coudes funérailles, n'a filière porté qu'une ombre an Panthéon. Tristes honneurs, ce Panthéon c|»i fut souillé et déshonoré par Marat! Mais en 1791, c'était Lien l'heure ou jamais, naliou futile et si souvent ingrate, de réclamer le cœur de votre ami Voltaire, ou tout an moius de le reprendre! Alors, sur le seuil de ce Panthéon si souvent fermé, si

unégout (Marat!), un caravansérail misérable où l'Évangile et les Droits de l'homme se sont heurtés sans se comprendre, les deux Fragments de Voltaire, le cœur et son enveloppe, auraient eu le mémo tombeau, le même repos, les mêmes honneurs, et nous n'assisterions pas encore aujourd'hui au spectacle aUlij;e:inl ... ilésluiuoraul de celle ombre en peine de son dernier asile.

Il n'y a rien de plus triste que celte urne ébréebée et sans maître; il n'y a rien de plus misérable nue celle auguste dépouille, oubliée en un coin de quelque sacristie, au fond de quelque {[renier, et plus maltraitée que les cendres sans nom livrées aux quatre vents du ciel!

Vous savez que les poussières du Panthéon ont été jetées, ça et là, dans un terrain varçue, et que c'est en vain qu'on les :i recherchées dans ces trous.

Enfin, vous avez appris comment le cœur de

Voltaire a fini par trouver un asile dédaigneux dans un coin de la Bibliothèque impériale?

Ainsi finit celle histoire lugubre. Amis du génie et des grands coeurs, vous tous que cet homme a charmés par sou esprit, qu'il éclaire aujeunl Imi de sa lumière, vous qu'il tient attentifs a la grâce, à la leçon, a l'enchantement de snn discours, songe, donc que oe, ami de Vauveuargues, ce père adoptif de la petite-fille de Corneille, ce libéra-

de Lally, de la Barre, d'Krallondc et de Montbailly; ce fécond génie, élevé, pénétrant, à qui rien n'échappe : histoire, politique, arts et sciences; éclatant jusque dans ses fautes, charmant jusque dans ses colères, il ne s'est dune pas rencontré parmi nous, chez nous, une voix, une force, une louange,

cocurde Voltaire abandonné a tant de misères, à tant de hasards, l'ait réclamé au nom de la France, au uom du monde entier!

Vous dormiez tous! Vous dormiez du sommeil des esclaves! Il était mort, le roi Louis-Philippe, un enfant béni par ce grand vieillard , le dernier des voltairiens!

QUINZIÈME JOUBNÉE;

Pieebe de Connu. — Mes amis , je suis bien conleul, ce matin; celle nuit j'ai fait un beau rêve, et c'est au bon MaroAiiirlc que je le (lois : « Retires!-

vent cette rciraiie de l'âme, vous vous y renouvellerez. Ayez qnelipie m.'ixime qui mi besoin ['anime votre raison, et qui fortifie vos principes. La retraite vous met en commerce avec les bons auteurs. Les babiles |[ens n'entassent point les coil- N.'iiïj.'mcea, mais ils les assemblent : faites que vos

lectures coulent: dans vos meeurs, et que tout le profit se tourne en vertu. »

Jamais on n'a mieux parlé de la grande passion. Non-seulement j'ai retrouvé dans mon réve de cette nuit tous mes livres, mais encore il me semblait qui jirr mi» i .-^ ■['■ .dnif.l. -i , .|.nn "O • i\- ■• ■' aussi vaste que le salon carré du Louvre, et beaucoup moins orné, car à Dieu ne plaise que nous permettions aux ([rands peintres d'empiéter sur les (jrands poêles ! je faisais un eboix merveilleux. Les premiers livres qui tombaient sous nies mains

37H LE LIVHE,

tremblantes d'émotion avaient appartenu â la reine Catherine île .Mcdieis. Elle avait appris à les ouvrir a la eour de François I", son beau père , et dans le palais de Henri U, son mari. A la fois Médiat et Valois! comment no pas être infiniment curieuse des belles-lettres et des beaux-arts? S'il vous plaît,

rang des voleurs do livres, afin que la mémoire de ces honnêtes scélérats en soit peu ou prou ftlorifiée. Ecoutez Brantôme, il vous racontera les glorieux larcins de [a reine Catherine :

u Ce jjrand capitaine Simm avoit une très-belle « bibliothèque,- dont on ne sauroit dire do lui ii comme le roy Louis XI disoit d'un prélat de son ii royaume cpii avoit une très-belle librairie et ne

i la voyoit jamais , qu'il ressembloit à un bossu « porteur d'une belle grosse bosse sur le dos et qui « ne la voyoit pas. Mais Monsieur le maréchal vist- * toit, voyoit et lisoit souvent en sa belle librairie ;

ii elle lui estoit venue du cardinal Ilidolpho(le car- " dinal ïiidolfi de la maison di'Méilii'is)(.'tfiil achetée u après sa mort. Il estoit très- savant prélat; elle u estoit estimée plus de quinze mille escus pour la « rareté des beaux et grands livres qui y estoient. " Après la mort dudit maréchal, la roy ne mère la ■■ retira, avec promesse d'en récompenser son fils

QUINZIÈME JODItNÉE. :!7i»

et de la lui payer un jour ; mnis jamais il n'en a « on un sol. Je sain bien ce qu'il m'en a dil d'autre- ■ fois en estant fort mal content, o

Donc j'ai choisi dans cette excellente librairie un mystère introuvable parmi les farces et moralités du vieux théâtre : ta Résurrection de Jésus-Christ en vers, par Constantin, valet de chambra -la roi François f— Le premier livre d'Àmadis de Gaule, m vélin (1540); le Roman du roy Artus (1488); l'Histoire de la destruction de Troyes ; tes Chrpniques du roi Louis XII, et j'ai laissé le reste a la Bibliothèque impériale. Notez que ces beaux

France et de Médicis. Les plats sont semés de H cl (!c G entrelacés, surmontés de la couronne royale. Deux autres médaillons, dans les coins opposés, représentent la devise que cette reine avait adoptée ,i la mort de Henri II, de la chaux qui jetait une ;;raiide fumée à cause cies eau\ (symbole des larmes) qui tomboicnl dessus, et autour ces mots : Ardoiem exlincta testantur oivere Jlamma, c'est-à-dire : Le feu vit sous la cendre.

.le furetais aussi parmi les livres de Crolicr, et j'emportais comme un voleur le THiutle de Grolier, avec Vex libris de Fléchier. Quand on soupe que la bibliothèque du célèbre orateur fut vendue aux

3Hn l,R LIVRE.

Anglais, faute d'un acbeleur parmi nous! En même temps, dans les catalogues moindres, je olierebais ma vie, ci Dieu sait miellé rafle en tontes ces collections spleiulides! .l'emportais les Militaires de l' Académie des Inscriptions, aux armes du marquis de Coislin ; \ Klriunliuiieun mmjimm, Venise, 1499;leSim/rts de Milnn et le l'o litien de Florence.

Parmi les éditions aldities : les Epislolie r/rœcœ, 1499; Snidas, 1511; Musée et Ausone, 1517; F,scbyle, 1518; Plaute, I5:>2; Silitis Italiens, 1523; Homère, 1524; Petrarea, 1546.

.le possède aussi, dans mon rêve, bêlas! un bel

1486, in-folio publié par Antoine Vérard, en 1490;

si je l'avais... et qu'il ne l'eut pas, j o M rirai s I' .Irhrr lies batailles à S. A. R. Mgr le due d'Aumale. Hi las! comprenez-vous ma joie à eonlempler toutes ces merveilles A mon bel aise, et sans entendre ee cri funeste a tontes les contemplations : " On ferme, messieurs! " Ivl ne pense/, pas cpie j'aie oublié de me procurer ipioleju'un des livres arraebés aux Bénédictins de l'ordre de Saint-Benoit. La flamme en a bridé beaucoup, les voleurs en ont beaucoup volé, les onnservalcurs en ont fort peu conservé, ti appelez-vous ce bonne! ron;;e à la Convention nationale :

[] proposait de brûler ions les livres souillés de la finir de lis des tyrans!

Abel LakGEUEK. — Ilélas! plus nous avançons dans ces histoires de san;;, de meurtre et île vengeance, et ])liis (es voilà qui liens pressent et nous

plilct publié en 1501 contre le duc de Gnisc et son frère. On les appelait les Guisards. Cela commençait ainsi :

Les Cuise étaient toiit-puïssariis, mais déjà la reine mère et le roi conspiraient contre ces main s du palais. C'est pourquoi, sitôt qu'il fat question de cette satire intitulée le Tygre, ordre vint de courir sus à l'écrivain, a l'imprimeur, à quiconque avait coopéré à cette publication, dont les traits les plus violents circ ulaient de bouche en bouche, ameutant toutes les colères, soulevant tontes les vengeances. — D'abord le secret fut bien |;ardé; mais on finit par découvrir le maill e iinpri-

meur, Martin Lliomme. Il fut condamné en vingtquatre heures, et pendu sur la plane Maubert. Rien plus, comme on le menait peintre, et que le malheureux attestait la terre et le ciel, criant grâce et pitié, vint a passer un brave Nomme, un marchand de la ville de Rouen, Robert Dehors ; il prit tant de pitié du malheureux Martin I.bomme, il disait si haut que c'était un crime aïtiviix d'etiaii(;lt'r l'ennemi des Guise!... Il lut conduit au Cliatelet et pendu lieux jours après à c6té du malheureux imprimeur.

Vous vovez qu'un ne plaisantait pas en ce tempslè, et d'où vieot le proverbe : du.Mo, prh, ,.,„- K» /'"'»• Bt ™ >' <" >'

devant le juge, il arrivait très-souvent que vous étiez pendu pour avoir dépassé certaines limites par-devant nos seigneurs du parlement. Tel autrelois un brave avocat de Poiiirrs, I.cbreton, jeune homme animé île toutes les j;ramli'iii s de la justice. Ayant perdu sa cause à Poitiers, et trouvaut en son âme et conscience que sa cause était juste, il la vient plaider au parlement de Paris, s'adressaut à toutes les puissances; au roi d'abord , mais le roi ie jette hors du Louvre. Il s'adresse à M. de Guise au nom de quatre orphelins dévorés par un homme injuste... le Halalro lui rit au nez. Il invoque en

QUINZIEME JOURNEE. 383 vain ie duc de Mayenne , au fond de la Mayenne. . . le prince est invisible. 0 douleur! le roi de Navarre lai-même est sans pitié pour ces malheureux. A la fin, voilà maîlrc Lebrcton <jui lait imprimer sa plaidoirie, et comme il allait la mettre au jour, M, Séguier, lieutenant civil , saisit le livre, et l'auteur est enfermé dans la Conciergerie. Au bout de huit jours, l'avocat de Poitiers est pendu dans la cour du Palais, à vingt pas des grands degrés, pendant que le bourreau brûle cette innocente plaidoirie. Un clerc de maître Lcbreton, nommé

Chose étrange ! il advint peu de temps après que le duc de Guise fut assassiné par ordre de ce roi qui semblait si jaloux de la gloire et de l'honneur de ce sujet dangereux. Ce fut au sortir des vêpres que le roi dit au duc : — « Vous avez été fort dévotieux et n'avez pas quitté des yeux le livre de la sainte messe. « A quoi le duc répondit : — i Sire, je lisais un livret qu'un huguenot vient d'écrire sur l'état de la France, et je le prêterai volontiers à Votre Majesté. — Puisque c'est un huguenot qui l'a fait, dit le roi, je ne veux pas le lire. "

sulonliers : Où est le livre? Il n'y a pas longtemps, je lisais dans lr. Ilrvvilh'.-motui tins l'mnaiis, un li-

belle attribué à Théodore de Bèze : « 0 pardieu , s'écriait le libellisie, il faut laisser en repos ces cruelles mémoires, Catherine de Médicis et Charles IX. Honle à qui parlera de te bourreau, à moins qu'il ne célèbre en ses vengeances le bonheur de le châtier et de le traiter comme un Néron. »

Or, lisant ees violences, on se demande eufin par quel miracle la langue française, après tant d'avaries, est devenue habile à ce beau ]an[;af;e ! Elle fut impitoyable aulant que sa loi criminelle; elle s'admirit quand les nin'urs furent ]ilus douces.

11 y eut un certain Durand qui fut rompu vif en la place de Grève pour avoir écrit ('Ane ligueur. Deux jeunes gentilshommes italiens , pour une simple traduction du français en italien, l'un fut pendu, l'antre roué, par l'ordre de M. le due d'Hpei'iiui:.

M. DE VEIMEOlL. — Nous faisons bien , messieurs, de faire ainsi justice. V.u vain i! est écrit : Tais-lui et sois safje (Sih et sape); ces ensei;;neniiilj-.iili.iiii> 1 | mi • pin ,.|ntï ... ■ !■■ l-r.ro ■W écrivains et bien des livres. « Ce n'est pas seulement pour nuire inîlniclioii , disait Jean de Salis-

QUINZIÈME JOUHSÉE. 3Ï5 bury, que nous avons compilé toutes I™ opinions, inl(.'iTuj|'u;ii]t les hommes les plus inconnus et les écrits les plus huiles. « Nous voulons aussi trouver un juste écho à ces misères et réhabiliter ces martyrs, sans oublier l'exécration des bourreaux. Sonjjcz donc que Sixte de Sienne- , un juif converti, se vantait d'avoir fait brûler cent quarante-quatre mille volumes daus la seule ville de Crémone! Un autre converti, nommé l'il'erc.orniiis , obtint un édil de l'empereur Maximilien pour briller tous les livres des juifs, à l'exception de l'Ancien Testament! Sous peine de mort, il était défendu de garder un seul de ces témoignages.

Que voulez -vous? c'était la nécessite! On a brûlé k- dictionnaire de Vaugelas! Tout brûlait! Un secrétaire du pape, appelé Reboul, Irès-aimé du cardinal Baronius, bibliotbéeaire apostolique, pour une épqp-amme innocente envoyée de II unie à Parts, fut décapité dans le fort Saint-Auge;... à peine si l'histoire de la république des lettres a conservé le nom de ce malheureux,

— Sachez cependant, reprit QuiKTiUKfi , que ce même pontife, si chatouilleux pour une épi;;rnmmc, avait en amour les beaux livres. Il n'était encore qu'un simple cardinal lorsque, ayant visité un savant français qui était a Rome , il vil un île ses gen-

tilsliommcs qui mettait dans sa poche un petit lîvrel très-rare, et partant fgrt recherché.

— Monsieur le savaut, dit lu cardinal, on vous a pris un petit tome. Ayez la bonté de nous fouiller, pour que vous soyez bien sûr que ce n'est pas moi qui suis le voleur.

Ce bon mot, certes, ne peut suffire a racheter la mort du pniipurculus Heboul , cgorjfé dans le château Saint-Ange, à la faveur de la nuit.

PlKlUiE DE COHNU. — Le malheur de tous ces persécuteurs, c'est qu'ils ne pouvaient pas se douter que ia moindre parole est immortelle. Ou peut tuer l'écrivain, et même il n'est rien de plus facile; mais le livre ne saurait périr. I.c livre est une âme, une étoile, un feu qui brille. Il contient l'éloquence et la philosophie ; il est riche en science et riche en

rage. Quels ,

yer leur enseignement, même aux plus riches, uis les appelez, ils répondent : Nous voilà I Vous cherchez, ils se montrent; vous vous trompez,

QUINZIÈME JOURNÉE. :(S7 moque. Ainsi parlait jadis le bon Richard de Bury, ehaticcluT (l'Angleterre, et le plus grand amateur de livres qui ait ïhcu depuis le temps de I'ti>lt'W:e Pbiladelphe.

VnnuvE. — Heureusement qu'il est passé le temps misérable des persécutions, des cruautés et des iujustiecs dont le livre était l'objet. Le livre aujourd'hui compte beaucoup plus d'iudilïén nis que d'ennemis. Aimons-lcs tout à notre aise, el montrons par notre exemple la grâce el la façon

M. de 1.4 Contiue. — Avant de nous séparer, saluons tous les bonheurs du livre; oublions ses persécuteurs et ses tyrans. Revenons, amis, aux temps heureux où Pierre de Riga, chanoine de Saint-Dents, écrivait sur la porte de sa bibliothèque : slurora !

Revenons à mon songe ; j'emportais aussi dans une corbeille d'or le Rabelais de 1542, imprimé par Étienne Dolet, le libraire qui fut brûlé vil... Quoi donc? Je me suis réveillé trop vite, au moment où j'entrais avec armes et bagages dans ce beau dix-septième siècle, où c'était nne honte de ne pas posséder un beau livre, tout au moins.

L'oncle du grand ministre de Liouuc, le fameux surintendant des finances el négociateur Aboi Serlû.

vien, qui pourtant avail peine à lire de l'œil qui lui restait, se serait cru désbonoré s'il ne se fut [loiirvii avant de mourir, u Que dirait-on de moi, s' écriait-il devant Ménage, si l'on ne trouvait mie bibliolberpic .i mettre dans mon inventaire?"

Ali! quelle histoire on écrirait si l'on pnrlaii di- (rnemcnl île l'abbé Delarue et de son digne ami Pic lianl Hébert? Qui nous dira jamais les trésors de ces grands dépôts , l'Iionnenr de Paris :

Saint-Germain, Saint- Victor,

avaient rimé les litres des recueils les plus curieux et les plus rares.... L'd de nos lions connaisseurs es livres, M. Albert de la Fizclière, publiait naguère tout un poème en l'bouneur de nos belles passions :

Don! l'un ttl Pierre de Prov

El la Fontaine de Jovc»ce, Mm le» Cfmilioni iln Savny.il'l, Ilcjjniiiil et le eliev.ij llnyurl; L'hiMoirc en cgi trcs-venlahlo.

Tenez, voici Bnberl le Diable,

Vilantin rt ion frcrc Orsou, Qui fut aura joli garçon.

Ici pareil Jean de Nivelle In-folio, et la Pucellc D'Orléans de niëme grandeur.

Dans l'autre se voit la candeur, Les foils genereui cl la vie De la grand mère de Sylvie; I, 'autre <]ue vouj voyca ouvert.

C'est le Grand Hareichal espert.

□ Voilà Guillaume de Paterne,

Après ao vuit Gargantua, Suivi de relui qui lua Tant de Sarrasins en Espagne.

Voilà les faits de Cbarfemagne Et ]'lu*!oire de Pacolet Jointe à celle du fol Rolet; Secundo Ici Contes d'Onnlle, LS Parnasse de Théophile, Et !c Pelil Réveil malin Jouit ai» Farces de Turlnpin.

Tomheati de ta mélancolie.

Une antre pièce fort jolie Qui se nomme Jeao de Paris, Et !e Trésor ,1c Saint-Denis Drui almanacbs faili à Pari* L'an mil Irois cent uiianlr>t[>i Le Courtisan de Rareclnnnc, L'Incomparable Mayuelonnc, Roland et l'Huon de Rordcaui Qui eouroil par muni, et par vans; Ilidi.u tl Siirn-pcur de Normandie, Marion Sluard, comédie, Et quantité d'autres eneor Qui valent tous leur pesant d'or... ■ Comme il allait encor poursuivre.

Je vis un joli petit livre Couvert d'un beau papier marbre

Kl Ronfjcz qu'en îaj, pasplas lonl, sur !-■ p> Xcuf, le eoljio rieur priait à tout venant, dos m vrilles pour six liards, que nous payerions : jouril'lmi mi jiri.\ insensé :

J"»V 1"« p " ■ | ■ -■ ■ | ■ p- " i-lm»*- -ifc.-t i|H<- igEickur • II"*'" ,

J'iy du liïiei ii-y uni «i rime qa'în pi-n-t

QUINZIEME JODHHEE.

Perfections de la dame AHion

Que de hien perdu! .Messieurs nos grands-p se faisaient prier pour acheter un Jean Murot Théophile, un Âtjrippa tfjiubigné, ans b marchandes de la galerie du Palais :

Ça, iiiurueu, c[u'arhfpleivi-n.n Dit nos belle libniïesse; V^nez voir une belle pièce:

J'av bien iey ce iju'il Vf

Notez bien i|uc la marchande était belle et jeune, avec des yeux brillants, et qu'elle connaissait M. Palm. Lille faisait mieux, la charmante femme; elle avait des livres défendus; elle les

tenait cachés dans un coin de sa boutiijiic , et vous les proposait tout bas à l'oreille, en se fiant à votre honneur. Au fait, elle jouait sa tête... à faire tourner toutes les têies d'alentour :

Monieu, ai ™is eslie* un homme Pnur y roedre une bonne une,

Je l'ay dans un roin h l'eiorl.

C'eil bien une pièce fort banne ; C'est pnur cela que la Sorbonne A Ircloni nous □ ilclcntlu.

Sous la peine d'être pendu.

Dire qij-ilaee livre >ey :

Mai» pour celny-li que voiey,

— Et véritablement, repril Saint-GelàIS, si vous étiez le possesseur légitime de tant de choses introuvables, vous feriez bien de rendre jjràces à Dieu en disant vos Pater et vos Ave sur ce chapelet de six dizaines que possédait le cardinal de Mazariu. L'^ue Maria était d'éineraiides de la plus belle eau ; de majjnifiques saphirs indiquaient le Pater noslcr; la croix élait faile de trois diamants qui ne valaient pas moins de dix mille écus. Car de remercier, pour un pareil monceau de livres, sur nu vulgaire chapelet de quelque bonne femme assise au ,coin d'un bénitier, c'est tout au plus ce que l'on pour-

mit faire pour le Vinjile de 1C36, exemplaire de Mac Cartliy, ou le Gnri/mtluii imprimé à I.yon, chez François Juste, en 1542.

— Je donnerai?; h,ns les cliapeleis du monde, reprit PiiuniK ni: Qhim", et même celui du cardinal de Mazarin, pour les Deuoirs et les Lettres à Allies dt; l'édition aldine. Il ne faut pas courir deux tiè-

de curiosités, vous revendrez au bout de six mois ces Bibles, ces canons, ces histoires, ces grammaires, ces poètes, ces philosophes, et bientôt vous les verrez disparaître, indignés du peu de souci que l'on taisait de leur beauté. Entre le livre et moi, c'est un mariage; il m'appartient par un lien indissoluble, et la mort seule nous peut séparer. C'est pourquoi nous laisserons de côté les livres iuutiles, les écrivains oubliés, les parodies : le Virgile travesti de Scarnin , YOuide bouffon de Bicher, V Ovide en belle humeur de d'Assoucy; Y Horace et l'Odyssée en vers burlesques, de Picou. Ces misères ne méritent pas d'être mentionnées; tant pis pour qui les recherche.

Il était écrit sur un livre d'images du catalogue Renouard : ■ La honte n'est faite ni pour les forts ni

plus charmant que de retrouver dans Je coin n im beau livre, écrit avec soin, quelque sentence ;i l'usaije des lecteurs à venir, par les honnêtes geni désireux de laisser un souvenir et d'en confier la j;ardc à l'écrivain qui lus avail charmés.

lions silices par ces noms si magnifiques et si divers : Luther, Poli tien, Tasse, de Tbou, Scaliger, Desportes, Sauraaise, Bochart, Batuze, Balcs-

liens, niailanie de Sevij;né, llaclict de \léi'i'/iae, Huet, Burmapn, Secousse, Groslcy, Goujet (il fui perdu, le malheureux, pour avoir perdu ses livres ') l'abbé Mercier de .Saint-f,éf;cr, l'abbé Rive, Morellel, Adry, Barthélémy, Caron, Allieri, Naij;eon, l>claiid)ic, Basi, CJinrdon de la Rochctte, Brunck, Malcsherlics, Voltaire, Wytteubach, Villoisou , Millier l'insatiable liil>liupliile , Kiisébe .S al verte , le poète Lebrun, Dulaure, P. L. Courier, Charles Nodier, Letrotroe, Êloi .Tohanneau, lioissonade et Napoléon.

VlTHDVE, — Mon cher confrère, je possède un bel exemplaire de Cardan : D>: mblilitale (1554), et le Befelkitiitc, de Beroaldus, qui vous conviendraient beaucoup mieux qu'à moi. Vous ave/, une

OOiszièME journée. ans belle âme, un habile esprit; vous ni; vous laissez pas éblouir par la chose introuvable. Encore faut-il que l'édition pr inceps ait sa f;râcc et son charme. Heureux l'amateur de livres <pii s'airétc au beau milieu de ces sentiers remplis d'écucils. Ci: n'est pas vous qui auriez acheté quinze cents fi rmes le livre De Trinîlatis ermribus, de Servet, pour lequel ce bonhomme fut brûlé ;ï Genève, nu beau milieu île la place publique? Ce n'est pas vous qui iloiiriei ie/ cinq cents francs des Ointes de Masnci io (147C), et qui payeriez initie éeus l'Art de bien mourir, imprimé comme on imprime en Chine

Parlez-nous cependant du lioece exécuté par Antoine Vérai d. Toujours est-il , ami I'ierre de Cornu, que vous avez fait un beau rêve, une bibliothùqnr universelle, grande et belle, semblable à la bibliothèque de Saiut-Germaiu des Prés, surtout lorsqu'elle eut hérité des livres de Jean d'Estrées, archevêque de Cambrai, qui lui-même en avait hérité de César d'Estrées, le neveu de la belle Gabrielle. Un autre d'Estrées, Victor-Marie, maréchal et vice-amiral de France (il allait toujours bouquinant et brocantant, disait-il), avait ajouté ses livres a ceux de son oncle César. C'est pourquoi l'abbé de Marollcs, excellent bibliothécaire et mauvais

poêle (cela s'est vu), a consigné dans son poëme

sur les bibliothèques les noms île ces trois liien-

Vïnt plus lard la mil retint: magnifique du terrible chamelier Si'jjiiic]', qui lui naguère mise an pilla;;-' par un porteur de petit collet.

Toutefois, en ma qualité d'arcliiteele, j'aurais voulu , mon cher ami , que vous eussiez pris le soin iln construire à lant de beaux livres un monument di[*ne de les contenir. Il vous faudrait comme autrefois une immense galerie culi't: un double jardin très-vaste, renfermant des allées de vieux tilleuls, des bosquets touffus, des eaux plates et jaillissantes, une vijpic qui vous puisse abriter contre les chaleurs du jour. Puis, toute chose étant en bel ordre on ce beau lieu, nous l'ouvririons seulement aux intelligences d'élite, aux vrais beaux esprits, nés j;ens avides d'apprendre , aux vieillards

blée politique, une Chambre, un .Sénat, qui se pût

< ■nnijnii'cr à cette réunion tics plus beau* produits

de l'esprit humain.

Le président de Vefbeuil. — Amen]

En ce momeut Pierre de Cornu accourait en

tonte hâte.

— Enfin , s ecria-t-il , j'arrive à temps pour vous dire une grande nouvelle... M. I,ibri est mort obscurément, Dieu merci, à Florence, sa patrie, et je conseillerai, sauf meilleur avis, que nous jetions quelques fleurs sur son triste tombeau. C'était un bibliophile, après tout. Sans doute il a jioussé trop loin l'abus des livres, niais il en a découvert , lisez

mieux , il en a révélé ui

i si grand uoml

ire! Enfouis

trop luti;;!emps, il les a

rendus à la do

et tant de belles pages

, dégagées de

à lui 1 Qu'en

dites-vous? Tant d'honn

êtes gens ont v.

ilé des livres

et sont morts pardonné) Le président de Vem

aïs cesfana-

ces épaves. A

sèment , puis ai

l lit de mort

ils convenaient de Ici

ir larcin, et li

■ livre était

rendu à son légitime pro

:àLibril Ses

catalogues indiquent un

bomine afïami

i, plus qu'un

■ons bien de ne

point porter

le deuil de ce malbei

creux. Que de

peu d'honnêteté, ses moindres (î ce ou verte s , rangées dans li!s bibliothèques, lui auraient donné le meilleur accueil dans le monde lettré. Les historiens l'auraient glorifié, pour tant de clartés nouvelles; les poètes l'auraient honoré, pour tant de chefsd'œuvre inconnus. Soudain, pas un dépôt qui ne lui fût ouvert, pas un mystère qui lui fut interdit. Nos hunuêles bibliothécaires de la province auraient célébré les curiosités rencontrées dans leur catalogue incomplet. Quelle bénédiction!

Mais les prendre à la dérobée, emporter, la nuit, comme un traître ou comme un voleur, ces Ir.-igiuoiits de l'art d'autrefois, les remettre en bel ordre avec tant de science, et leur donner un vêtement digne de leur génie, afin que plus tard, ù quelque veulc insolente, il livrai, au ieu des enchères

i'od parlons plu.. "

C'est une grande boute, une grande misère.

On a bien fait de l'emporter sans bruit, sans respect et sans regrets, dans un tombeau sans iu-

GeORGES. — Ma nouvelle, à moi, vous fera quelque plaisir, Messieurs. La nouvelle que j'apporte est digue de vous, et doit charmer les plus

les plus jeunes , de ce bon ministre du rui Charles X, M. le cumie de Corbière*. It aimait d'un honnête amour tmilos les choses que "uns aimons. .Minisire d'uo r..i, le plus loyal et le plus honorable di s mis, il lui resta fidèle jusqu'au moment funeste où la monarchie et le roi de Fraure, emporté par le même orage, oui disparu daus le même gouffre. On vit alors ce savant connaisseur, consulté par les grands politiques de sa bibliothèque, et console p;u- ses philosophes , rosier debout dans la tempête, cl répondre au peuple irrité de l'attentat où il avait joué sa tête. Il hésitait à signer les ordonnances, et comme un ministre, son collègue d'un jour, iM. do l'ulignae, lui disait : — Que cherchez- vous? il répondit ou signant : — Je cherche un portrait do lord Slrafford. Un mois après il comparaissait devant ses juges, et disputait sa tête au bourreau. Il fut condamné à la prison perpétuelle, elfilt enfermé dans ce château dcïlam, en Picardie, qui devait être , au bout de vingt ans, le berceau d'un empire. Il emporta dans sa prison

s livres, et ne quitta plus

1! mourut eu plein calme, en plein silence, oublieux du ces grandeurs funestes, et content de retrouver au premier rang de ses amis le bon Sonlié et le bon Nodier, qu'il avait faits biblioibécaires de l'Arsenal.

On annonce , avant qu'il soit peu de temps, la vente des livres de M. de Corbiércs, ut pas un de nous nu manquera, je l'espère, à ce rendez-vous suprême.

M. de Verkeuil. — Vous avez raison, nous irons tous, nous souvenant qu'un beau livre ne doit pas être soupçonné d'une impure origine. Il est le synonyme cle franchise el de liberté. C'est notre hormciirà tous de nous ëlrcabsenlés, quelle que fût notre envie, de cette l'a m eu se vente par autorité de justice, après la coin la m nation de làbri. Certes, plus d'un tome était à notre convenance, et nous

le souvenir îles belles heures qu ils avaient passées à s'enîvrer du leurs ehasies passions.

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