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l'esprit solide et savant; elle était sincère et fidèle en toute ebose, et pas un n'a douté qu'elle n'ait aimé le roi d'un amour le plus sincère. — lei le pamphlétaire anonyme, qui est mi bel esprit sans nul doute, se hasarde à faire parler ces deux amants, et l'on ne saurait nier la i;râec et la beauté de leur lan;r;i;;e : n Ali! mademr>isel!i' , disait le roi, Vous 11 éles pus si tendre que vous paroissez 1 être, et je suis bien à plaindre, vous adorant au point que p fais. » Et la demoiselle, à son tour :
" Sire, que Votre Majesté ne doute jamais tic l'estime que je ressens dans mon cœur pour sa personne. " Ils parlent de eette façon pendant quatre ou cinq pages. « lia pluye qui survint en abondance inlcri diiipil cette conversation, qui avoit desjà duré trnis heures; on remarqua beaucoup de tristesse
chambrette de fille d'honneur et le roi dans son cabinet, dont Lvbnm achève en ce marnent ta décorntinn, ils s'écrivent des lettres amoureuses toutes remplies d'inqn iéhide cl de passion. Jamais fille ne chanta si haut les abois d'une virginité mourante. »
On ne saurait mieux dire; et lorsque enfin ces grandes amours ne furent plus un secret pour personne, on entendit Madame Henriette éclater en menaces contre sa fille d'honneur : « Elle est belle, elle est glorieuse, et de plus femme de la cour. Quoy ! disoil-dle, préférer une petite bourgeoise de Tours, laide, boiteuse, à une fille du roy faite comme je suis ! Elle en parla a Versailles aux deux reynes, maïs en femme vertueuse qui ne vouloit pas servir de complaisante aux amours du roy. La reyue mère résolut qu'il eu falloir parler à la Vallicre; en effet, tontes trois lui en parlèrent avec tant d'aigreur, que la pauvre fille résolut de s'al-
;ild LE li v he.
1er camper le reste de ses jours dans un couvent,
et de mortifier son corps pour les plaisirs qu'elle
sioii du jeune roi émit encore dans toute sa ferveur; sitôt qu'il apprit la résolution de sa chère maîtresse et qu'elle s'était enfuie au couvent de Chaillot, le voilà nui se récrie : - Rendez-moi ma vie et mou ame, ou bien malheur à qui me la dispute! . Il menaça même la reine niëi'c. l'n des privilèges de la monarchie était que le roi pouvait entrer sans conteste clans Ions les couvents de l'Yancc. Aussitôt que le roi frappait aux portes, les portes s'ouvraient d'elles-mêmes, et les religieuses les plus austères, les plus cacliécs, accouraient au parloir pour recevoir l'ordre absolu. La srene est tres-bien racontée en ec petit livre : » A peine la Vallicre eut répondu à l'appel de son amant : - Ha ! luy cria le roy de la « porte, tout fondu eu larmes, vous avez peu de soin " de la vie de ceux qui vous aiment! h Elle voulut lui répondre, mais ses larmes l'empêchèrent j il la pria de sortir prompte ment; elle s'en défendit longuement, alléguant le mauvais traitement de Madame. " Kiifm , dit-elle en levant les yeux aux ciel, on est bien foible quand on avme, el je ne me sens point la forée do vous résister. »
DOUZIÈME JOURNÉE. 317 Elle sortit et se mit dans le carrosse qno le roy avoit fait amener : « Voilà, dit-elle, pour tout achever! — Non, reprit-il, je suis roy, Die»
merey, et je le feray comioitrc à ceux ejui auront l'insolence de vous déplaire. Il lu v proposa sur le cliainp de lny donner un hostel et un train , mais cela luy sembla trop csclattnnt. Elle l'en remercia fort civilement. linfiu le roy, en arrivant, dit à Madame « qu'il la prioit de considérer madame
» maiiduit plus (pie su vie. - Ainsi parlent les princes de liiieïiie : " charmante, jirinrcssr': Rt le roi triomphant s'en revint à Versailles, où il tomba malade à force de rêver à sa maîtresse. En vain les plus belles dames de la cour, madame de Chevrcuse et madame de Lnyncs, madame de Soubise et madame de Soissous, s'efforçaient à le distraire, c'est-
que sa chère la Vallière. Il vivait, il sou lira il jhiuielle; ils s'écrivaient deux ou trois fois par jour des billets tendres. Après s'èlre dit pendant cini[ benres : Je vous aime! ils se séparaient pour se l'écrire.
Cependant la reine espérait toujours, jusqu'à ce qu'enfin, vaincue a son tour, elle admit mademoiselle de la Vallière en son intimité.
Ceci dit, le moment est veau de raconter la jalousie et les chagrins de madame la duchesse d'Orléans.
Elle avait eu d'abord quelque intention galante sur le creui' du jeune mi : clic avait espéré plus lard que le roi lui reviendrait ; mais quand elle vit que cette illustre passion allait ;|niudiss;ml toujours et que mademoiselle de la ValNére avait des gardes pour la protéger, un maître d'hôtel pour faire l'essai de
ses viandes, .Madame enfin comprit la vanilé de ses propres- espérances. — « Je n'aime guère, disait le roi pour que -Madame en lit son profit, ces créa- ! iii'n's (juî s'amusent à censurer les actions des autres. Tant mieux pour les femmes dont on ne parle point : ce n'esl pas qu'elles soient mieux innocentes, c'est qu'elles sont plus habiles! » Sur quoi, tout fâché, il se relirait , quand on le vint appeler de la part de mademoiselle- de la Vallièr*. La dame était en mal d'enfant; sitôt qu'elle vit le roi, elle l'ctrenjnit de telle sorte qu'elle lui déchira un collet de mille cens. « Bouté divine ! elle est morte ! elle est morte ! criait le dolent amoureux, fondu en larmes. » Il était à genoux au pied du lit, immobile
rcux et si funestes que toute la cour était eu consternation. Les trois hommes qui assistaient a ces plaintes [l'étaient rien moins que M. de Vardes, le
comte de Guiche et Bussy-liabutin... Bussy se Ia-
il avait ses motifs pour ne pas perdre im seul détail. Mademoiselle de la Valliérc sortit de cette épreuve horriblement maigre, et, pour tout dire, (is.se; laide.
■ 0 mes amours! disait le roi, ne craignez pas que je change et vous abandonne en laveur de quelque be;m petit visage que la moindre maladie pourrait détruire! Non! non! madame, croyez <|ue je ne me suis point donné à vous par l'éclat de votre teint et par le brillant de vos yeux. Cela a esté par des qualités plus belles que vous m'avez charmé et que vous ne me perdrez jamais qu'avec la vie. En un mot, cela a este par vostre âme, par vostre esprit et par vostre coeur que vous m'avez l'ail perdre la liberté. — Que vous avez de bonté, mon cher prince, d'employer toute la force de votre éloquence pour asseurer uu cœur qui ne craint trop que parce qu'il aime trop! Que je suis beureusc d'aimer un prince qui :onnoit et qui pénètre si bien mes sentiments!... » Bref, jusqu'à la Bu de la mo-
Quand donc Madame eut pris son parti de ces grandes amours, elle trouva des consolations qui
donne le si;[iml des li-li's ;;alit[ites , ce u étaicnl i[iie festins, hais, ballets, comédies, loteries, où les perdants mêmes j;a;;naienl quelque chose. Knfin, loul allait le mieux du monde , et le cardinal du Mazaïin, le mi étant marié, toutes ses nièces étant placées, trouva qu'il n'avilit plus guère à désirer depuis que sa dernière nièce, la princesse de Conti, vêtue d'un liabit de velours noir resplendissant de l'éclat des diamants et dus perles, avait épousé, à la clarté de vinjjt candélabres de cristal j;aniis de cire blanche, Sun Altesse Hoyale monseigneur le prince de Conti.
Mais quoi! les prospéi iiés des Olympes d'ici-bas ne durent guère. Au bout de toutes nos joies est
au fond de la plus claire fontaine, vous voyez nager le crocodile. ...Un bruit, léger d'abord, réveilla ces
Un courtisan qui revenait de la Haye avait lu,
titillé ; Les .Matinées <tit Palah-Hurnl. Dans ce
livre impudent étaient relatés les détails que je viens de dire, a vue beaucoup d'autres révélations dans lesquelles le roi, la reine et le cardinal n'étaient rien moins qu'épargnés. Surtout mademoiselle de lu Vidlière avait sa part de ces coups d'épingle , et non moins qu'elle, Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans. A ce bruit, qui n'était que trop
dans ce cercle c\quis (Gourville, Caudale et la Rochefoucauld), de ce méchant livre à l'état de menace , et dont pas un ne savait le titre exact.
Madame, en ce moment, était à Londres, implorant du roi son frère au moins la neutralité de l'Angleterre, dans le cas où la France aurait la guerre avec la Hollande.
11 y avait déjà longtemps qnt- messieurs les Hollandais accablaient de leurs Imdons Sa Majesté dans leurs gazettes, et le roi, qui pourtant n'avait pas encore ci) sa possession le pamphlet dont nous parlons, voulait châtier messieurs des Pays-Bas. Madame accepta cette belle commission ; mais à peine eut-elle entretenu le roi d'Angleterre de cette importante affaire, que le roi son frère la salua d'un exemplaire des Amours du Palais-Royal,
A cette lecture, Madame eut peine a se contenir; elle redoutait, avec raison, que sa colère et son
indignation la trahissent; la coin 1 de Charles 11 faisait des gorges chaudes de ces payes, dont [a
Sitôt que Madame fut de retour dans le palais de M. le duc d'Orléans, où elle rentra fière à bon droit de son ambassade, elle envoya chercher son grand ami et sage conseiller, M. de Cosnac, l'vi'ijue de Valence , et plus tard archevêque d'Aix. M. de Cosnac avait appartenu d'abord à M. le prince de Conti; il appartint plus tard à M. le duc d'Orléans. Le cardinal de Maiarin, qui s'en méfiait, l'exila dans son archevêché.
C'était un homme habile à dominer les circonstances difficiles. D'un ciiracli'.'i e liauUdn, d'un langage hardi , il se faisait craindre et compter parmi les ministres, vous dira le duc de Saint-Simon. Madame de Sévigné, sa paroissienne, écrivant de M. de Cosnac : - L'archevêque d'Aix, disait-elle, a de grandes pensées; mais plus il est vif, plus il faut s'approcher de lut comme des chevaux qui ruent, et surtout ne rien garder sur votre ctrur ( janvier 1689). » Il savait nécessairement les mystères de la cour, et les tendres penchants de Madame pour M. le duc de Guiche. Au reste, il était de bonne race, étaut le troisième fils de François de Cosnac et d'I'.léonore de Talieyrand.
DOUZIÈME JOURNÉE. 3Ï3 Dans les troubles de la Fi-ondc, il avait rencontré des femmes phis difficiles certes à conduire que madame la duchesse d'Orléans : la duchesse de I.ongucvillc et la princesse de Condc.
Il y avait du diplomate et du soldat dans ce prêtre agréable aux honnêtes gens , et nous comprenons encore aujourd'hui que MaHnmc, en cette
vouluconsulter «m premier aumùnier. TeUtait le litre ancien de M. l'archevêque d'Aix. Il se rendit an premier commandement de Madame; il la trouva trés-effrayée et ne sachant comment se tirer du mauvais pas où l'avait jetée le satirique liollatnl.iis. Ce fut la belle et dernière heure de cette descendant des Stuaris, arrachée encore enfant aux mains sanglantes de ses sujets rebelles, digne fille de Henriette de France , et petite-fille de Henri IV .
M. L'évêque de Valence avait béni le mariage de M. le duc d'Orléans avec la princesse royale d'Angleterre, li lui portait nue affection paternelle; il savait les ennuis dont cette âme ingénue était accablée ; il connaissait le charme auquel Bossuet luimême a rendu tuule justice. Il honorait ces ;|i'àecs décentes, et, sous des apparences légères, cette conduite admirable.
au LE LIVRE.
Enfin, il la savait très-malheureuse Autant
de mol ils pour venir à son aide, et tout braver, aussitôt ijii'il s'agissait de l'honneur et du repos de eetle personne auguste et charmante. On fit entrer l'évoque de Valence par la porte ouverte aux amis 1rs plus particuliers d'Henriette d'Angleterre : » Ah ! dit-elle, heureusement c'est vous, vous voilà, vous me sauverez! " Le due d'Orléans entra sur l'entrelViile; il ne l'ut ni l'nclic ni content de trouver ce visiteur inattendu. Kt Madame : - A demain, dit-elle au prélat, je vous attends dans le palais de Saint-Cloud; j'ai beaucoup a vous dire; nous serons seuls! .
Or, le lendemain, Madame et son confident se
la princesse : » Avant tout, monsieur , je dois vous dire qu'en dépil de tonte nia |;Inire et îles services que je viens de rendre à la couronne, vous voyez en moi le jouet d'un prince qui pouvoit en user beaucoup mieux avec une personne de sa maison. Mademoiselle de la Vallière était, vous le savez peut-être, une de mes demoiselles d'honneur, et le roi venoit chez moi tous les jours, s arrêtant parfois à causer avec toutes mes filles , mais surtout avec celle-ci.
■< Je n'y fis pas jpande attention ; mais un jour le
DOUZIÈME JOURNÉE. aîr.
roi mit en loterie un bracelet d'une admirable beauté; la miniature exquise représentent Lucrèce, la belle Italienne qui a fait tant de brait dans l'univers, .le le donnerai, disait le roi, à une dame que j'aime entre toutes! L'instant d'après, quand déjà je lendois la main a cette oeuvre royale, il l'offrit à mademoiselle de la Vallièrc.
. Hélas! il n'y avoït pins à s'en défendre. Elle i':loit désormais reine et maîtresse. Elle portoit ses bijoux; il portoit ses couleurs. L'habit du roi étoit un présent de la Vallièrc, il s'en paroit tous les jours. Une autre fois, se promenant par la pluie, avec elle, i) la couvrit de son chapeau. Donc, je perdis toute espérance, et M. de Gnicbc y gagna de ma part un certain intérêt. Voilà, Monsieur, toute ma faute; il y faut compatir, et maintenant qu'elle est devenue assez publique pour qu'un gazelier hollandais en ait écrit l'histoire, aidez-moi, je vous prie , à me défaire de ce pamphlet misérable , ou je meurs de honte et de chagrin. »
Quand elle eut bien exhalé sa plainte, l'cvéque de Valence en ressentît une grande pitié. Il savait la jalousie et la sottise de M. le duc d'Orléans; mais il ne voyait pas encore un grand motif de tant s'inquiéter . H n'y avait rien de plus commun que ces écrits sans nom d'auteur, tout remplis des rancunes de tant
:tM LE LIVRE.
de mécultlenls. l/évëque Se? taisait, et Miulnuie eut bientôt compris son silence. - — 11 ne s'agit pas iei , reprit-elle, d'une œuvre misérable, uniquement faite pour amuser les roui tisans ei les laquais; si je sais bien lire et si j'ai bien lu, ceci est écril par un liabile écrivain, rpie dis-jeï un homme lie la cour. Les portraits sont exacts; les discours viennent du grand appartement sous des noms étrangers.
» Le moindre lecteur va reconnaître à îles signes ecrlains ces divers personnages; il v a surtout un portrait de M. le due d'Orléans qui le rendra furieux, s'il vient à le lire, et les gens ne mon-
moi, je suis perdue! Enfin, je sais de bonne source, nuire l'exemplaire que j'ai vu sur la table de mon frère, que le roi lisoit ce malin dans sa chambre tas Myilirrs du l'atnh-lii'ynl . Ju;;ez, monsieur, ce que je vais devenir, si ce livre affreux éloit demain sur la toilette de madame de Monaco, de madame de Coetqiten, de madame de Thiamjcs, de madame de Montespan! »
Elle pleurait; elle tenait ses deux mains jointes; on eut dit que déjà elle ressentait la première et douloureuse éireinle du poison qui la devait emporter : Madame >c meurt ! Madame est morte !
Il y avait en ee moment à Paris, tout rempli de
DOUZIEME JOCRNÉE. 3ÏI jeunesse et de bel esprit, courageux, que disonsnous? téméraire, tin digne fils du célèbre Guy Patin, dont l'ironie et la verve avaient été si longlemps le bonheur des bourgeois de Paris. Charles Patin, savant comme son père, avait, autant que son père, un grand talent pour l'épi gramme. Il aimait le hasard, il recherchait l'aventure. Au premier mot que lui dit l'évéque de Valence d'un service à rendre à Madame, il s'offrit de lui-même, et partit le lendemain pour la Hollande.
Il fut quelque temps à retrouver les traces de ce livret, dont on parlait beaucoup, sous des titres différents. A la fin, il trouva l'imprimeur; sans marchander , il acheta l'édition tout entière, et par
boulanger de la ville et cité de Valence, où, sous les yeux mêmes de Monseigneur, le livre entier lut jeté dans un four chauffé a blanc. Une épaisse fumée envahit peu it peu tout ce quartier de la ville, et l'évéque eu son par dedans se réjouit que justice fût faite à ces meurtriers de la bonne renommée et de l'honneur des dames.
Lui-même il en écrivit à Mnttiimi;, en termes assez voilés pour que M. le duc d'Orléans n'y pût rien comprendre, et que le roi lui-même n'y vît que du Feu.
Quand elle fut sûre enfin de l'anéantissement de
:tls LE LIVRE,
ces |>;tfïPS déplorables, qui avaient causé de si cruelles insomnies,. Madame eut le talent d'emprunter an roi sou exemplaire, et de sa belle main digne de Lucrèce elle-même, elle jeta dans les flammes ces calomnies. Elle fit plus encore; elle envoya chercher à White-TIall l'exemplaire du roi Charles II; cet idiot l'avait prêté à la duchesse île l'ortsmoutli, qui n'avait pas eu le temps de le lire; elle savait si peu le français!
L'exemplaire du roi d'Angleterre suivit l'exemplaire du roi de F.ancc, et la princesse eut du moins cette consolation qu'elle so crut délivrée à jamais de cette abomination.
Cependant elle courut, sans le savoir, un trèsgrand danger. Charles Patin, son complice officieux, fut accusé par les syndics de la librairie de Paris d'avoir passé de Hollande en France un paquet de livres défendus que la police avait suivis jusqu'en Pi'ovcnce, et dont clic avait perdu la trace à l'instant même où elle allait s'emparer de ce corpus delicti. Sur quoi le malheureux Charles Patin fut jeté dans les prisons dn Châtelet et condamné tout simplement aux galères à perpétuité. Car telle était, en 1G)>8, la fortune du livre et de l'écrivain : le livre était brûlé, l'écrivain était pendu. Ce qui sauva de la corde ce hardi jeune homme, c'est que
douzième journée, m messieurs les libraires ne surent pas découvrir même le titre du livre incriminé. Admirons cependant la conduite et le courage de ce vrai chevalier; plongé dans cet abîme, assis sur la sellette et con-
damné ii /
oui... moins la mo
ri; il ne
songea pas
nettre un seul \m\i
i qui l'avait
lîpou'v.
il implorer la proie
ction de
Madame, il
ne voulut [
■as raviver sa peine
faiseurs de
livres, nous avions
. oublié
jusqu'à pré-
sent le noi
n de ce jeune bomi
ne, en 1
Il trouva le moyen de s'échapper, comme il était conduit, la chaine au cou, aux galères du roi; tant bien que mal, il gagna l'Italie el la cilé savante de Padoue. Il y vécut jusqu'en 1693, aimé et très-écouté des disciples et des maitres de la savante Université. Il yavait quinze ans que Mnitnme. était morte, en laissant de sa trace en ces misères terrestres un témoignage ineffaçable, à savoir : la plus belle oraison funèbre de l'évêque de Condom , donnons-lui son vrai nom : l'évêque de M eaux.
Hélas! quand le roi la vint saluer pour la dernière fois sur son lit funèbre : u Mon frère , dit-elle , ne pleurez pas , j'y perdrais mon courage ; il est vrai que vous perdez une bonne servante. -
330 r,E L1ÏBE.
Plus tard encore, après une vie honorable et longue, expira l'évoque de Valence, et la marquise de Sr-vi;;iu- écrivit ;'i sa façon l'oraison l'uni':! i ri' de l'ancien aumônier de Madame.
M. de Cosnac venait tlintjue aimée à Versailles saluer !e grand roi, et toujours le nom de Madame se retrouvait dans le discours do ces deux vii-ilhrds, qui voyaient disparaître ainsi tout leur siècle. Madame était le lien de ces deux hommes; c'était leur plus triste et leur plus charmant souvenir. A quatre-vingts ans, le 18 janvier 17<W, sept
Cosnac. Le jour mémo do sa mort , il fit approcher son neveu, Gabriel de Cosnac, et le pria de cherdepuis tant et tant d'années. C'était bien ['Histoire
du t'alais-llayui. L évéque de Valenee iivaitj;ardé le quatrième exemplaire, et son parjure apparaissait eu ec moment suprême ou l'homme est ou peine de se du 'relier des fautes oubliées. Le feu dévora ce triste exemplaire, et l'on vit un dernier sourire effleurer cette lèvre intelligente au pétillement de ee papier brûle!
Mais (voilà toute la vanité du labeur des hommes et la vanité de leur repentir !) pendant que l'évèque de Valence expirant se réjouissait de ce juste auto-
DOUZIÈME JOURNÉE. H3I il;t-h ; , il v iiviiil. plus de viiijjl iins lr vrrilnliie auteur du |>nnij)li!i'i. hollandais, Bussy de Rabutiu, avait ajoute- 1' Histoire du Palais-Royal à Y Histoire amoureuse îles Gaules.
II est vrai que In France, à la mort de M. de Cosnac, ne lisait plus ricu des Amnurs (1rs Ointes, tant la jeunesse est nécessaire a la satire... et surtout à l'amour.
P. S. Opuscules Ac la mime époque; »n y voit (oui à fait (' clniijji- miii'iii lit ((iiliiulmf cî ik' :
Les Larmes ttAratilhe sur Hnjiitéliu- île Cloruj^ue, ric'a piiJdni dfvihr i - n jnunn 1 ''.* . ]jnj- 1'. Urili*. Lyiin , Jimh
Uutrct, Ifiî», in-1!, titre grani.
Abei, Lasgelikh. — Nous sommes restés, l'autre jour, sous le fardeau des plus grands crimes que puisse commettre un écrivain; c'est pourquoi, mes amis, je suis d'avis de revenir tout de suite à leurs misères, eu vnilanl leurs lurpil iules. Nous aimons mieux rimeontrer parmi les lettrés dt-t, couilaimus qui; des coupables. Les pleurer vaut mieux que les maudire. Toute leur histoire est renfermée eutre ces deux bornes fatales : l'oubli et l'ccbafaud. Combien peu sont morts d'une mort ingénue et paisible, heureux sous le regard d'une tendre épouse, et la bénissant pour toutes ses bontés! Seul peut-être , à ce point de quiétude est mort M. de Lacreieile , entoure de toutes les bénédictions.
Parmi ses contemporains, le plus abandonné, le plus rare et le plus éloquent de tous, M. de Chateaubriand, restera comme un exemple douloureux de la tristesse et de l'ennui que peuvent contenir les dernières années d'un grand poète, accablé de gloire et d'ennui.
Certes, nous ne voulons pas nier le talent, le génie et l'éclat de ce merveilleux esprit, que
TREIZIÈME JOURNÉE. 333 M. Saint-M arc-Girard in appelait un grand journnliste, en le glorifiant; mais aussi nous ne saurions nier que toute cette gloire ait fini dans un nuage, et que !>ien peu soit resté de tant lie grandeurs, remplacées par tant de misères et de vanités. Le spectacle même de ce malheur si complet sera sans doute un utile et sage enseignement pour tous ceux qui auront l'honneur de tenir une plume à l'avenir. H leur apprendra la nécessité de la sympathie et de la bienveillance, et comment il faut, de bonne heure, honorer sa profession, si l'on vent qu'elle vous honore, et l'aimer beaucoup, si l'on veut qu'elle vous aime.
Ainsi, M. de Chateaubriand , lorsqu'il se vantait
en l'air hébété ou suffisant , et d'être resté tout ensemble étranger à la gaucherie et aux habitudes rrassiiiises des hommes de lettres d'autrefois, tout autant qu'à la morgue, a l'envie et ù la vanitéjànfuromie des nouveaux auteurs » , M. de Chateaubriand est injuste pour les écrivains d'aujourd'hui, pour les écrivains d'autrefois.
Dans ces poètes qu'il accuse avec tant de morgue et de sans-géne, il ne devait pas oublier qu'il faut compter (pour ne pas remonter plus haut) Amyot, Itahr-hiis, Mini!ni;;ne , Corneille, Bacille,
Fénelon , Iiossuct , Despréaux , madame de la Fayette et madame de Sévigno. Voltaire aussi, qui n'était pas un crasseux, et ces fanfarons de nos jours qui s'appellent Lamartine, Alfred de Vigny, Victor Hn|;i>, Villcinain , Casimir Delavignc, Augustin Thierry, Thiers, Hl'IVUIj f nr, Armand Caire] . Voilà certes d'étranges fanfarims.
■ Crasseux ou fanfarons « , M. de Chateaubriand renfermait les lettres françaises dans ce cercle vicieux; il méprisait ces poètes, ces historiens, ces philosophes; il n'a jamais compris que luimême a se vantait trop souvent pour un homme si modeste, et qu'il a bien de l'affectation, de la laiisse melauctilie ci du ;;i''iiie uifimi'ris, pour un
pieds la plus grande renommée du monde, je ne m'en donnerais pas la peine. » Ainsi parlait sérieusement ce dédaigneux, «pie la plus simple critique mettait hors de lui-même. 11 dédaignait toutes les renommées, disail-il, hormis la sienne, qu'il mettait
TREIZIÈME JOURNÉE. 3W par-dessus loutes les autres. C'était , do sa nature , un homme n;;itc, remuant, plein rie caprices, de spasmes, et de ces légers délires qui ne conviennent guère qu'aux femmes galantes.
-J'aurais voulu, dit-il encore, tHn- mit: femme... » Il l'était bien souvent en Ijeaueonp de choses; il en a la curiosité, la coquetterie, et toutes les petites vanités les plus radiées. C'est un malade, qui ne saurait vivre que de flatterie et d'admiration ; il lui
ter, pour !' admirer, tantôt pour lui plaire et tantftt pour le brusquer, des complaisants, lies sujeis, des esclaves; il lui faut toutes sortes de petits jouets,
séc au milieu des encens et des cantiques a sa louange; il s'est laissé aimer par des femmes jeunes et belles, rie lies et charmantes, qui l'aimaient jusqu'à l'adoration, et il n'en a jamais aimé aucune, sinon pour en faire un sujet de déclamation, de poésie on d'oraison funèbre. Au chevet de madame de Beaumont, son amie, à l'heure suprême, et quand la pauvre femme eNpire enfin, M. de Chateaubriand étudie un cllel de lau;]a;[e : « Son cœur palpitait avec rapidité, comme une montre qui dévide sa chaîne brisée.
■■ 0 moment d'horreur et d'effroi! je le sentis
s'arrêter. » La phrase est belle; elle indique un grand artiste, mais un amoureux médiocre. II ne lut guère meilleur pour madame la marquise de Cusline et pour madame la duchesse de Duras; il était toujours ù dire à ces pauvres femmes : « Je m'ennuie! » Il disait à madame Récamier ellemême : « Je bâille ma vie ! » Enfin tout l'ennuyail , surtout sa propre femme. Et pourtant madame de Chateaubriand, qu'il a laissée à l'ombre , et dont il parle avec une espèce de pitié jointe au respect, tous ceux qui l'ont connue en ont gardé un profond souvenir. C'était une fournie hautaine, intelligente et bien élevée; autant elle était dévouée à la gloire, au génie, à l'honneur sérieux de M. de
Chateaubriand , aussi r
■eu el)
e tenait à ses vanités
d'intérieur, à ses poésies lég
et de
bruit stérile. Ou n'a
madame de Cbatcaubri
and;
on ne lui a pas tenu
compte assez de tout ce
qu'ell
e a sou 1 fort en silence,
en solitude, avec ce mari
volag
e, éloquent au dehors,
maussade en sa maison
;sibt
illant quand il voulait
in de
Comme clic le savait
. au bout du compte, inca-
pahle d'un honnête ar
elle le laissait, selon.
son caprice, aller et ve
nïr d'
nue l'cniine à l'autre,
et je crois bien Vile si' sentait soulagée et contente aux heures où le grand homme allait porter sa solitude et ses ennuis dans le salon d'une de ces femmes attentives à lui plaire. Elles se paraient de cette illustre renommée, et bientôt elles trouvaient mie cette parure était payée assez cher, tant le grand homme étaii jalons, solitaire et muet dans ces rendez-vous de la plus élégante causerie. Astre, il voulait briller seul.'
Pour lui le firmament n était pas assez vaste. En politique il était aussi sombre, aussi Iristo et volontaire qu'en ses amours. M. de Fontancs, qui l'aimait et qui le connaissait bien, disait do M. de Chateaubriand : « .le l'attends au ministère, sans le lui souhaiter pour lui-même. 11 y fera quelque chose de mémorable et puis il lom-
. de Chateaubrian.
c, un génie implae
rallie ôtaît bien trouvé. Même à son roi , même a» dernier héritier de cette monarchie franc-aise, que lui-même, Chateaubriand, il avait expliquée et racontée au monde entier, le ministre disgracié ne put jamais pardonner son renvoi du ministère ; il ne vit pas, dans sa fureur, dans sa vengeance éloquente, qu'il dépassait toutes les limites.
11 ne comprit pas l'étonncment, le chagrin, la douleur des amis sincères de cette royauté libérale, et toujours il allait frappant sur le vieux trône, et toujours ce poète des Bourbons sapait leur monarchie, excitant par ses exemples et par son autorité, par sa parole et par son journal, cette habile, implacable et cruelle opposition.
Au moment le plus dangereux du règne de Charles X, M. de Chateaubriand était à Home, ambassadeur du roi ; sa grande occupation était
Le roi tombait, la monarchie était croulante et ce vieillard, tout chargé de si grandi'* affaires, dans les mines de Rome, écrivait des lettres d'amour! Il ne songe qu'à sa dame et souveraine , il l'appelle et la rappelle; il souffre, il lui dit : « Je vous aimerai tant, je vous le dirai tant, mes lettres vous le diront tant, je vous appellerai avec tant de constanre,
TREIZIÈME JOURNÉE. 339 (jiie vous n'aurez aucun prétexte de m'abandon-
A bei lard, avant sa rail
stylo à la belle Héloïse
. — Chaque pas que notre
ambassadeur a fait de I'i
une lettre à sa dame. Il
écrit de Fontainebleau ."dc
Villeneuve et de Dijon ;
il écrit de Lausanne, où
madame de Chatcaubri
and, malade, le force de
rester (out un jour, 11 é.
jrit de Brigg, au pied du
Sitnplon, et alors il se i
rappelle en deux mots ecs
deux nobles femmes qui l'ont tant aimé, madame de Ciislinc cl madame de Duras : « .l'ai continuellement miire.lié sur les traces de ces deux pauvres femmes, " et voilà tout ce qu'il donne à leur souvenir. Et tous les jours il écrit, appelant sa dame a sou aide et se plaignant du peu de lettres qu'il en reçoit : Eu voila une enfin , dit-il , jugez du bonheur qu'elle me donne! ••
Une aulrc lotniU: (il n'y a pas d'autre mot pour dire ici ce que je yeux dire) est venue fondre , au beau milieu de lu Ville éternelle, sur cet esprit éperdu, qui ne sait où se prendre, où s'arrêter. Il avait écrit, dans les jouis île sa jeunesse, iule tragédie, intitulée Mohn, une assez plate tragédie, et voici que tout d'un coup il songe à l'aire représenter ce .Moïse. Il en écrit lettre sur lettre à madame ïlé-
cimier; il indique avec le plus grand soin lu disposition des chœurs, la déclamation du comédien, les costumes, les décorations , et déjà il se voit, à son retour, lui si méprisant, disait-il, de toutes les gloires, « couronné dit I au fier de Sophocle. » Oui, de Sophocle'. Et si nous tombons, dit-il, je suis absent , je n'y suis pour rien ; comme ■ lord Byron absent, je me lave les mains de ma pièce; si nous réussissons, un succès de plus ne gâte rien. - Un peu plus loin, quand il a répété : L'ennui me tue, il ajoute : » Moïse est une chose décidée; mettez la chose en tram. Ouin/c mille franc-î simt dm/, mon banquier, faites jouer le plus lot possible. >■ Il dit aussi le nombre des harpes, des tambourins et des trompettes ; il n'y manque guère que la fiâls à toi-
,jnon du Bourgeois gentith me.
Ce Moïse, nu reste ,n'empeche pas M. de Chateaubriand île revenir à ses amours. » Ah! dit— il , vous ne m'écrivez pas; je serais si content de recevoir de vous ces deux mots : Je me pm -lv liien et je vous aime! - Ces choses-là auraient été bonnes à dire et à répéter, si l'héroïne et le héros de ces Irès-cliastcs amours avaient eu seulement trente ans de moins; mais l'âge est là qui les presse, et plus la dame est contenue et réservée, à l'aspect de ces feux qui l'épouvantent, plus elle
se maintient dans les strictes limites de l'amitié, plus notre amoureux sexagénaire s'abandonne au tumulte épistolaire du sa passion. Pour eu finir avec Moïse, il eut un triste destin, ce Moue. Il ne fut pas joué en 1828 (a l'époque de Croimuetl et d'Hernani!!). Plus tard, le théâtre de l'Odéon, ne sachant que l'aire, emprunta son Maïse à M. de Chateaubriand. Cette pièce aventureuse obtint tout au plus les honneurs de trois représentations :
■ La couronne de Sophocle sur mes cheveux blancs ne m 'ira pas trop mal! »
Sur l'entrefaite, il eut l'honneur de faire un pape, ou, pour mieux dire, s'il ne le fit pas absolument, il l'adopta et s'en vanta comme s'il l'avait fait. Mais quoi! M. de Chateaubriand n'était bien nulle part ; lui-même il se compare à un lièvre dans sou (jîte, oubliant d'ajouter :
Un lièvre vu ami gtte longeait...
A peine à Rome, il eût voulu revenir à Paris; il comptait les heures, il comptait les jours qui le séparaient de ses admirateurs de l'Abbaye-aux- Itois. H regrettait hi Jormi'lnlilr opposition dont il remplissait la France entière. 11 écrivait en maitre a M. de Portalis, l'homme aux dix serments, ministre des affaires éti uuyères ; et quaud on lui
m LE LITHB,
(lisait que la politique allait mal : « Je me lave les mains de tout cela » , écrivait-il à madame Récamier. Tout cela, pourtant, c'était l'avènement de M. de Polignac; c'étaient les trois journées de juillet qui allaient venir; c'était la ruine de la monarchie et l'exil du roi Charles X; voilà ce que c'était que tout cela!
A Rome autant qu'à Paris, il s'ennuie. Il rencontre une dame assez belle, et, tout chamarré. de Ces roulons qu'il dédaigne, et dont il ne suit pas le nombre, au sortir du Vatican, il va faire à la dame une visite qui ue sera pas la dernière'. La daine à la fin... l'ennuie; il revient à madame Récamier; il l'appelle à Rome... elle ne vient pas. C'est lui qui revient tout penaud juste à l'heure
prise et remords! la révolu lion qu'il avait laile le porte en triomphe. R meurt, douze ans plus tard, un jour d'émeute, en 1848. On l'emporte obscurément à travers toutes sortes de débris, de
TREIZIÈME JOHItiiÉE. 3(3
s'était creusé sur un rocher, a,, bord de l'Océan. Messieurs, répond M. de la Co.ntebie, écoutez
ait à sou roi la moitié du mal que
fit à son roi M. d,
! Chateaubriand : « François Sity,
natif de Floren
este du procureur {jeneral du Roy
demandeur eu ci
imo de leze majesté pour raison
de livres et dis.
contre l'honneur
et autborité du Roy, iesdits livres
et discours, mémoires et lettres missives dudit François Sitv, faut en langue italienne que française et eu chiffres, premier arrest de rétention audit conseil du 4' juillet 1(118, autre arrest dudit eoLiscil lIu G* desdits mois et an, ouï ledit François Sity sur la sellette pour ce mandé audit conseil, conclusions du procureur du Roy.
•> Dit a esté que ic conseil a déclaré et déclare ledit François Sity atteint et convaincu du crime de leze majesté pour avoir, par ledit François Sity, composé et escrit lesdits livres, discours et mémoires, pour réparation desquels crimes le conseil a condamné et condamne ledit François Sil\ à estte nu ■ni'' par I r\ cru leur 'le la liante justice dedans un tombereau au devant de la principale
3t* LE LIVRE
porte de l'église tic Noslre Dame de cette ville de
Paris, uud en chemise, la corde au col, tenant dans
ses inaius une torche ardente du poids de deux
livres.
o Et illec dire et déclarer que méchamment et malicieusement il a fait, composé et escrit lesdits livres, discours et mémoires contre l'honneur et aulhuriië du Huv, fait pratiques et menées eoutre le bien de son service et repos de sou Estât, dont il demande pardon à Dieu, au Roy et à justice.
n De !â cslre mené et conduit en la place de Grève de cette dite ville , et là estre ledit François Sitv rumpu vif et brisé sur un echafaud <|uï pour ce foire sera dressé audit lieu, et mis sur une roue pour y demeurer tant que mort s'ensuive, et après estre son corps, ensemble lesdits livres et discours brùli'.s et Irurs cendres jetéi's au vent... n
— Âmenl répondit notre ami Georges. L'eau m'en vient à la bouche , et je vous jure ici (jue je ne serai jamais M. de Chateaubriand.
M. de Vernedil. — Je me suis demandé, en songeant à votre intéressant récit de la mort de l'auteur du Génie du Christianisme, entre madame Hortense Allard et madame Itrcamier, celle-ci <pii lui t'ait chanter les chansons de Béran(>er dans un cabaret do lianlicnc, et celle-là qui le ramène incessamment à la politique, pendant que madame de Chateaubriand fonde un hôpital , d'où vient cela, (pie les écrivains de tous 1rs temps (!rd;n[;iicTil une mort tranquille el perdent en mille agitations stériles leurs derniers et misérables jours?
Quine se fût attendu à voir M. de Chateaubriand, le elu-étieii, finir doucement dans la paix et peutêtre aussi dans le repentir une vie à la fois si bruyante et si rapide? A peine il a commencé de vivre, il est mort. Pas de répit. On l'entrevoit dans les tempêtes de 1792. Le lendemain de la grande émeute, après 1848, on apprend eju'il est mort. C'était bien la peine d'avoir écrit des livres si voisins de l'l'A*aii|;ile et. si charmants!
Voltaire, à ee compte, était plus saj;e et mieux
m LE LIVRE.
conseillé. Il s'était retiré de bonne beuré an pied des Alpes, [<iiu des tumultes de la ville et des orages de la littérature. Hélait le Jupiter Tonnant dans le vaste espace, et, troublant la tranquillité du monde, il pou va il i e-itiT ini iimalile. I huroux jusqu'à la fin, s'il n'eût pus élé pris do ce! immense désir de rentrer au
œuvre! // n'mpJv* tout ce qu ii o fi.it, disait nu politique, il afoit tout Ce 711e nous voyons.
procès célèbre entre les héritiers du marquis de Villette, nous avons vu le cœur même de Voltaire, enfermé dans son unie d argent, et colporté rà et là, pendant un siècle, à travers toutes les disgi'iVrs <:l tous les exils, devenir à peine un sujet de déclamation entre ces deux orateurs, M* Bcrrver cl M* Marie : L't dectamatio fuis! disait Juvéual.
Mais la succession du marquis de Villetlc: était st riche, cl l'urne était si chetive, que l'on n'a guère parlé que des domaines, des châteaux et des loréts du marquis de Villetlc. On crtt donné volontiers le coeur de Voltaire par-dessus le marché.
Pourtant le Créateur ni h fait peu i|ui soient comparables à cclui-1.1. Ce cœur noble a butin pour les passions les pins cb aimantes cl les plus terribles. 11 a senli Imites les furies; il a connu toutes les
QUATORZIÈME J O IT n N É F.. :!« haines et tous les Hiiioius. I/hisiciire de Voltaire est encore aujourd'hui dans toutes les bouches; il a dominé du si li.iul les intclli j;ence.s de l'Europe, que cliaeun sait les moindres détails de cette
selle de Lenclos. A dix-sept ans, il était déjà un poète admis dans les plus lirllrs compagnies; pour sou coup d'essai il clioisil Ol-'ili/ir, à savoir le drame le plus san;;lai:l des poètes, fils d llomi'i p. Un prince de la maison de Bourbon , le prince de Couti , qui se piquait de poésie, écrivit des vers à la louange du jeune Arouct.
De même qu'il n'avait pas craint de lutter avec Sophocle, il voulut marcher sur les traces d'Homère, et rêva les honneurs du poème épique. Il avait dix-huit ans, il obtenait déjà tous les sourires, en rêvant tous les triomphes. Il faisait eo riant une jjtandc fortune; il fascinait les Anglais du pétillement de son esprit,
La jeune reine de France, Marie Leczinska, lui disait: Ah! mon pauvre Voltaire ! Elle l'avait pris pour un faiseur de cantates! Le roi Stanislas le voulut lo{;er dans son château avec la marquise du Chatclct. La cour de Sceaux ne jura que par Voltaire. 11 écrivait sur les chemins, sous les ombrages hospitaliers, Brutus, Mahomet, Zaïre, Naninc et l'Enfant prodigue.
Il poussait ses conquêtes même à la cour du (>rand Frédéric. Il dédiait son Mahomet au pape Benoît XIV, Lambertini, qui lui répondit par une belle lettre en latin , dans laquelle il défendait la prosodie latine de son fils Voltaire. Un peu plus tard il nous donna Mérope, et le parterre enchanté rappela le poète. Il était dans la lo[;e de la duchesse de Viilors : — Embraases-le! criait le parterre. Ou dit que la dut hi'sse poussa l'obéissance beaucoup plus loin. L' iiiiinire tl<- Charles XII est
Ù peu près de la même époque, et, du consentement universel, c'est un chef-d'œuvre. F.t tant il en lit, que madame de l'ompadoui', plus puissante que la reine, obtint pour son ami Voltaire une charge de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Il disait si bien : .h suis seigneur rie h'erney, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et membre di: cent académies!
Ne dirait-on pas nue Fcrncy soit un village où l'univers arrive, et s'en va? Chacune de ses journées est une histoire. Pendant vingt ans , le château de Ferney est un monde. Une lettre datée de celte habitai ion des miracles est un événement; la moindre agitation de Ferney est une secousse. Les rois se di'-t'iuiji'ciil. de leurs rentiers pour saluer ce grand homme à leur passage, et Voltaire ne les reçoit pas tous. Il est maître, il est roi. Là, il peut mourir; l'Europe entière viendra saluer son cercueil.
Ce fut de son château de Ferney, le 5 février 1768, ([lie partit Voltaire, oublieux de son temple
M. de Villctte, de madame la marquise de ViQcttc et de madame Denis, sa nièce. Le bruit seul de son départ souleva dans tout Paris une acclamation universelle. I.a ville entière se préparait à recevoir son héros, et de la rue Saint-Denis au\ plus nobles maisons des grands faubourgs se faisaient sentir les avanl-eoui-ciu'S d'un triomphe éelalant. En vain le roi Louis XVI, esprit timide et peu disposé à la bienveillance pour ee terrible esprit ipii renversait tant de choses, eut voulu s'opposer à l'ovation (pli
attendait ce héros de i impiété, comme on disait
alors... L'opinion publique élail déjà toute-puissante; il n'y avait plus ni roi, ni parlement, ni
prêtres, ni capitaines qui se pussent opposer à
Voltaire dans sa bonne ville de Paris.
11 était quatre heures du soir lorsque Voltaire entra dans la maison de M. le marquis de Villcttc, au coin de la rue de Heaune. Il était enveloppé d'une vaste pelisse et portail une perruque de laine, surmontée d'un bonnet en petit gris. Ses yeux, vifs et brillants comme deux escarboiicles , illuminaient cette tetc, où respiraient, en traits lins et délicats, les conquêtes et les Ira vaux du bel esprit.
A peine à Paris, il en retrouva tout de suite l'ac-
les seigneurs , les bourgeois, li:s lettrés, qiiieonque était quelque chose ou quelqu'un , était admis dans cri le maison de la rue de llraune et présenté à Voltaire tantôt par le marquis de Villcttc et tantôt par ic marquis d' Argenial. Voltaire avait pour chaque visiteur nui: parole aimable, un doux regard; un sourire, uu compliment. Puis, siiûl qu'il était libre, il rentrait dans son cabinet pour ajouter ou retrancher à sa nouvelle tragédie, Irène, un débile enfant de sa vieillesse. Il comptait sur Lekain; Lekain éiait mort le jour de son arrivée, et Voltaire en eut une extrême affliction.
QUATORZIÈME JOURNÉE. 331 Tout brisé et fatigué qu'il était, pur le voyage, il ne se coucha qu'à minuit, comme s'il eut voulu savourer ce grand bonheur de se voir si bien reçu : ■i Ah! disait-il, ic beau jour, le beau jour, le beau jour! » Puis il revenait à ce pauvre Lekain, qui laissait plus de cent mille écus en or dans sa cassette et cent tabatières ornées de diamants.
Le lendemain de son arrivée, il appela le docteur Troncfain, qui le trouva bien portant. Le jour
nion académique. Au même instant arrivèrent les semainiers du Tliéàtrc-Fi iinçiiis, lui apportant , comme on faisait pour le roi, la composition du
«p.*i i i. I. . ii. I I mi. i. | i .ii t
Cinnu, au profit du petit-neveu de Corneille. T.e sieur Mole, semainier, avait annoncé cette nouvelle dans une lettre insérée nu Journal de Paris, qui commençait par cette phrase : La Comédie fviutrtiisv saisit aver. If plus Irt/iliitir r.mprussemttnt
ta présente occasion d'être utile au samj du grand Corneille.
- El l'on a reconnu, (lisait le journaliste, à ces respects inaccoutumés de la Comédie française pour le grand Corneille, l'influence de la présence de M, de Voltaire. Toutefois , le mot utile était de
trop, c'est ri'ronittiismiiil qu'il fallait dite, et nous sommes suis que M. de Voltaire sera de notre avis. »
Le samedi ]7 février, au milieu des visites, disons mieux, des hommages (jui ne s'arrêtaient pas, le poêle reent nue nouvelle dépulatiori des comédiens ijiii devaient jouer dans hènr. Ils étaient conduits par le sieur Bellecour, qui débita son discours d'un ton fort pathétique. .< Messieurs, répondit Voltaire aux comédiens , je ne veux vivre désormais que par vous et pour vous. - Puis, se tournant vers madame Vestris, il ajouta : " Madame, j'ai travaillé pour vous cette nuit, tomme un jeune homme.... » 11 voulait parler de celte misérable tragédie, à laquelle il faisait beaucoup trop d'honneur. T,e lendemain, on donnait Cinna, par ordre! Ordre de Voltaire. Mais la
(jDATQItZlÉME JOURNÉE. :)3:l La nuit fut troublée , e( le lendemain recoin m enraient les compliments : compliments de M. le comte d'Arlois, compliments de la reine de France, Marie-Antoinette, A midi, M. de Villette ouvrit la porte à un jjrand vieillard de grande apparence, décoré du cordon bleu et de toutes les beautés d'une vieillisse intelligente, M. le due lie îtiehelieil lui-même. Il venait tout exprés du château de Versailles pour embrasser le poêle qui l'avait tant flatté dans sa vie; et ce fut là, sans nul doute, un spei'tadi: intéressant : ces deux vieillards épris l'un de l'autre, et se contemplant face à face avant de dUji.'irailL'i: île la scène du monde, où l'un et l'autre
6 vieillards splenclides, faseiim leurs des âmes, perweiisscurs des consciences, qui avez creusé tant d'abîmes, et dont les noms sont restés fameux par ce mélange irrésistible de qualités surnaturelles et de défunts tirs-rares, que pas un mortel, Dieu soit loué! ne devait égaler après vous?
Le lendemain, Voltaire était à relire Irène. Il n'avait pas quitté sa robe de chambre, et sa porte élaii défendue... Ou entendit soudain le bruit d'un carrosse entrant dans la cour; on entendit dans l'esî:l