‹ Le livreChapitre 3 sur 15 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

i II y eut un Labienus à Rome, personnage de grandi? valeur et auctorîté, et entre aultres qualitez, excellent en toute sorte de littérature : qui estoit, ce croy je, fils de ce grand Labienus, le premier des capitaines qui furent soubs Ciesar en la

i;.l.-f|.' I' r.jiiil. . I qui .|-f.ill( i'.SIjllI |. . i- M-

pariy du grand Pompeius, s'y mainteint si valeureusement jusques à ce que C.-esar le deffeit en Espaigne. Ce Labienus de quoy je parle eut plusieurs envieux de sa vertu, et, comme il est vrayseniblable, les courtisans et favoris des empereurs de son temps pour ennemys de sa franchise et des humeurs paternelles <pi il n-W'n<..it eucores contre la tyrannie, desquelles il est eroyable qu'il avoit teinct ses escripls et ses livres. Ses adversaires le poursuivirent devant le magistrat de Rome, et obteindrent de faire eoudemner plusieurs siens ouvrages qu'il avoit mis en lumière, à estre bruslez. Ce feut par luy que commcncca ee nouvel exemple de peine, qui depuis feut continué à Itome à plusieurs aultres, de punir de mort les escripts mesmes et les estudes. Il n'y avoit point assez de moyen en matière de

(.■manié, si nous n'y meslio

us dea choses que Na-

ture a exemptées de tout

^eiiliineiil et de luiilc

ation et les inventions

n'allioiis communiquer

les raaulx corporels aux dis

des Muses. Or, Labieiius ne j

■eut souffrir ccsle perte.

: et si elierc genîlure :

il m feit porter et enfermer

toul vif dans le monu-

ment de ses ancestres, là o

ii il pourveut tout d'un

train à se tiier et à s'enterrer ensemble. I] est mal

aysc de moostrer aulcune auliru plus velienienle affection pal cruelle que celle là. Cassius Scverus, liomme ires cloquent et son familier, veoyant brasier ses livres, Clïoit que par mesme sentence on le delivoit tjiiant et quant condemner à estre bruslé tout vif, car il portait et eonservoit en sa mémoire ce qu'ils contenoient.

<■ Pareil accident ndveiui k Oemutius Cordus, accusé d'avoir en ses livres loiié Itrultis et Cassiits. Ce sénat vilain, servile et corrompu, et digne d'un pire maistre que Tibère, condemna ses escripls au feu. Il feut conlent de faire compagnie à leur mort, et se tiia par abstinence de manger. Le bon Luca-

s.'uij; feut desja eseoulé par les veines des bras,

PRÉFACE. C qu'il s'estoit faict tailler ù son médecin pour mourir, et que la froideur eut saisi les est limitez de ses miMiilirfs et eomiiieni enil ;i s approcher des parties vitales, la dernière chose qu'il eut en sa mémoire, ce furent nulcuns des vers de son livre île la Guerre de Phantile, qu'il recitoit, et mourut ayant cestc dernière voix eu la bouche. Cela qu'eMoit ce, qu'un tendre cl paternel ron^é qu'il prenoit de ses enfants, représentant les adieux et les estroits embrassements que nous donnons aux nostres en mourant, et un effect de reste naturelle inclination qui rappelle en noslre soubvenance, en ceste extrémité, les choses que nous avons eu les plus chères pendant noslre vie.

nez et devez, s'il en cust eu, comme il faisait de la production de ses riches escripts? ei que s'il etist esté au choix de laisser après luy un enfant contrefaict et mal né, ou un livre sot et inepte, il ne choisis! plustot, et non luy seulement, mais tout homme de pareille suffisance, d'encourir le premier malheur que l'aultreï Ce serait à l'advcnlurc

.1 PRÉFACE, impiété en sainct Aujpistin (pour exemple), si d'un eostc on liiy proposoit d'enterrer ses rscripts , de quoy nostre religion rercoit un si |;rand fruict, ou d'enterrer ses enfants, au cas qu'il en cust, s'il u'aiin oit mienlx enterrer ses enfants.

» Et je ne sçay si je u'aimriois pas mienlx beau-

| -il |'i >Jui< t Ull [ II ) ■'■ I- IlltîU' l'I Cl l"l III''

■k I .'i< i,*'- * >!■* M''« ... <!■•■ ■!- I nui- lima femme. A cestuy cy tel qu'il est, ce que je donne, je le donne purement et irrévocablement, comme cm donne aux enfants corporels. Ce peu de bien que je luy ay faiei, il n'est plus eu ma disposition. Il peut sçavoir assez de choses que je ne sçav plus, i l tenir 'le inny ce que je n'ay point retenu, et qu il lauldioil que, loiil ainsy qu'un estrau- ;;ier, j'empruntasse de luy, si lirsoiii;; m'en vcmùt. Si je suis plus sajjft que luy, il est plus riche que inoy. 11 est peu (I llumines adonne* à In poésie, qui ne .se |p"ililiassriil plus d esliv pères île l'-l'aieidr que du plus beau jjarson de Home, et qui ne soufl'rissciil plus avsccmcnt une perte que l'aultre; car, selon Aristote, de tous ouvriers le poète est nomm cernent le plus amoureux de son ouvrage.

Il est mal avsé à croire quTpaniiuondiis, qui se vantoit de laisser pour toute postérité des filles qui /croient un jour honneur à leur pere (e'estoient les

PRÉFACE. 5 deux nobles victoires qu'il avoil {jaigné sut' les Laccdcmonicns), eust volontiers ronsenty d'esclianger telles là aux plus goi'ffiases de tome la Grèce, ou qu'Alexandre et Ca.>snr avciit jamais sollicité d'est re prive/ île la ;;raml nu' de leurs glorieux

enfants et héritiers, quelque parfaicts et accomplis qu'ils pensseut estre. Voire je fa y |;rnnd double que

la conservation cl lu durée de ses enfants lu i-cls , comme il ferait d'une imu;;e excellente, qu'avec long travail et estude il aurait parfaicte selon l'art. Et quant à ces passions vitieuses et furieuses qui ont escliauffé quelquesfois les pères à l'amour de leurs filles, ou les mères envers leurs fils, eneores s'en trouve il de pareilles eu eesle atdtre sorte de parenté, tesmoing ce que l'on récite de Pygmalion, qu'ayant basty une statue de femme de hennir singulière, il deveint si esperduement esprins ihi l'amour forcené de ce sien ouvrage, qu il fallut qu'en faveur de sa rage les dieux la lui vivifiassent :

Btibiidit diBitû*.

' F.nail <lr mp.nV.- .1I,V/.,-/, trignmr Je .Wjnhiipiir, ckevalirr i/t Inrdre du Ray, tt genlll-iûmmc orJinûrt Jt •<• dtamtrt, livre 11, ckip. vin, A Bourdon», I5S0.

Qu'il nous soit permis, avant d'entreprendre un si grand travail, de reproduire ici la prière du célèbre imprimeur Chevillé , à la page 60 do son Origine de l'imprimerie de Paris :

« O dieux et déesses! ipini de plus rare et de - plus charmant que la contemplation d'un beau r livre imprimé en bons caractères, gros et menus, ' avec une bonne encre indestructible? Ici le rouge » se mêle agréablement avec le noir; le grec, le » grue du roi, est net et bien formé, facile à lire; !■ on voit du premier coup d'osillout ce bel ensemble > en cinq ou six colonnes d'impression : des lignes » droites; pas de confusion, un grand ordre, une n clarté souveraine. Il n'y a pas de tableau du plus » grand maître ijui soit plus agréable aux yeux de l'honnête homme et du savant parfait. Honte et » malheur à ipiî se lasserait do regarder un pareil ■ livre, imprimé sur vélin ou sur grand papier! »

L' Editeur.

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