‹ Le livreChapitre 4 sur 15 · PREMIÈRE JOURNÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE JOURNÉE

A l'exemple des poètes qui ont grand soin de mettre en tétc de leur comédie ou de leur trajjédii; fe nom, l'âge , et parfois l'habit, avec le prénom ou le sobriquet des divers personnages, nous ne voulons pas négliger de donner à nos lecteurs la liste

paraître cl parler dans ce dialogue dos joies et des misères de l'écrivain. C'est a peine si douze interlocuteurs se feront entendre dans ces conversations terre à terre, et voici le nom de nos amis, eu attendant que nos lecteurs les reconnaissent à leurs discours, l'urle donc, si lu veux qu'on le uni':! Ainsi disait un sage à un inconnu. Belle et bonne parole. Il n'y a pas d'autre façon de se montrer tel que

Ces bonnes gens ont passé pour la plupart la belle moitié de la vie. Ils ont côtoyé , sans reproche et sans peur, les dangers accoutumés; ils sont en-

1res dans le repos aussitôt que pour eux l'heure eut sonné de se reposer. Quelques-uns sont mariés, mais à de bonnes femmes, qui, de guerre lasse, oui fini par accepter la passion de leurs maris. D'autres sont veufs, et de leur veuvage ils se servent pour dire à messieurs leurs héritiers qu'un bon livre est, après tout, la meilleure cl la moins eoulcusc des cousnlations. Le reste a décliné les honneurs du maria™ et les honneurs de la paternité. Ils ont

quatre heures, quand il est permis aux mains bien lavées de eollationner ees beaux ouvrages. L'avocat de peu de clients, de beaucoup de lecteurs; le médecin très-occupé ■ h; lieutenant général qui traduit Horace en vers français; le propriétaire de quelque château picard on normand prévoyant les sombres heures de l'hiver, quand le lover est plein de braise et le vieux pare plein de bise ; le malheureux que sa femme a délaissé pour courir après le jeune Monsieur de ('.«mors; voire plus d'un prêtre,

PREMIÈRE JOURNÉE. 1) on jeune on vieux, qui se plaît aux choses du temps passé, et se cache à demi de son évêquc, pendant que de son côté l'cvèqne attend au passade certains exemplaires longtemps rêves : tous ces gens-là sont facilement amis des livres. Nous avons même eu l'honneur de posséder une duchesse de cette antique maison de Soaillrs qui depuis longtemps a donné l'exemple des respects mérités. Elle était un des membres les plus assidus de la Société des bibliophiles français, et M. Pichon, le président, en faisait le plus grand cas. Plus d'une fois, par la ('race el l'autorité du bon voisinage, avons-nous vu dans nos réunions, précédée et suivie d'une douce odeur de violette, madame Gabriel Delesscrt, les mayis remplies des plus beaux petits tomes achetés la veille et dont rlli; venait nous faire pari.

Telle était la réunion, et voici comment ils se

M. le président de Vcrncuil ; on l'appelait de son nom de guerre : Justiitintt, parce qu'il pnssédiiii les Novell* constitutions aux armes de .1. A. de Thon et de Chrestien de Lamoignon, marquis de Rasville, autrefois le bourreau du Languedoc. Mais quoi! l'on ne pouvait pas, dans ce bel e.icmphirr en maroquin rouge, in-folio (I5TG), séparer Chres-

lien de Hasville Je Jacqu es- Auguste île Tliou!

Nous appellerons noire avocat pruJent, sage et riche : Ab<:\ Lanijt:tii:r, du nom Je l'éditeur Je Michel de Montaigne (1588). Maître Abel Lnngelier avait Oté payé d'une belle plaidoirie avee ce bel exemplaire aux armes Ju comte d'Hoym, au chiffre Je Mirabeau le cadet, vaillaiil royaliste, et le plus célèbre mangeur d Iniili'es de son temps.

Notre gentilhomme fermier s'appelait : De (a Coiitrîe, Ju nom d'un très-beau livre dont il était le possesseur : La Vénerie normande. (llouen, 1778.)

(1 511), aux armes du prince Eugène de Savoie. 11

L'ancien professeur de rhétorique (il ne faudrait pas l'oublier, car il était simple et bon), nous l'appelions tout bonnement : (juintitieu, d'un petit inquarto en maroquin rouge imprime par Aide, à Venise, en l'an de grâce 151-1.

Un jeune homme, à peine majeur, M. George, dans tout l'éclat de la jeunesse et Je l'intelligence, avait eu l'étrange ambition d'être un bibliophile avant l'heure, et avait nom : Le Ranimant de la iioae, d'un exemplaire d'Armand Berlin, un bel

Page 1