‹ Le livre--l'illustration--la reliureChapitre 107 sur 145 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

dans la préface d’un de ses livres : « Nous croyons avoir élevé un monument à la gravure sur bois. Il est facile de juger quelles ressources présente ce-t art. Il

Fig. 86. — Vignette par Daumier pour le Choléra à Paris.

nous a fallu recourir à l’Angleterre pour accomplir notre œuvre. Paix aux éditeurs de bonne volonté ! » Curmer avoue donc l’importance des spécialistes anglais dans ce procédé nouveau de vignettes, et les éditeurs de bonne volonté ne manquèrent point, ils affluèrent de toutes parts. Lui-même ne s’arrêta point en chemin, il continua ses travaux dans de grandes proportions, et Charles Blanc eût pu dire plutôt de lui

que de Fume : « Il voulait illustrer des livres pour tout le monde, comme les grands libraires du siècle dernier illustraient leurs précieuses éditions pour un petit nombre de privilégiés. » Aussi bien ne s’en tint-il point toujours à la figure sur bois et employa-t-il parfois l’eau-forte ou la lithographie. Celles-ci, nécessitant un tirage à part, ne permettaient pas plus que la gravure au burin l’habillement, l’intercalation dans le texte; mais elles servaient à la décoration des périodiques, au Charivari ou à V Artiste, à quelques livres aussi, où elles remplaçaient les gravures en creux du siècle précédent. Même ce dernier procédé ne fut-il point toujours délaissé: vers 1840, on y était revenu et on opérait sur acier au lieu d’employer le cuivre, parce que ce métal résistait mieux aux tirages répétés. Le libraire Furne, en même temps qu’il employait le bois, ornait de figures en creux sur acier, hors texte, ses ouvrages les plus soignés. Pour lui travaillait RafFet, un des romantiques amoureux de l’épopée napoléonienne, qui l’avait vulgarisée avec Charlet et Bellangé par le pinceau, le bois, la lithographie. RafFet avait jeté comme en se jouant, sur le buis, les 35 1 vignettes de V Histoire de Napoléon par de Norvins, qui suffiraient aujourd’hui à la réputation et à la gloire de plusieurs artistes1. En effet, l’esprit analyste et induc-

1. Raffet a conservé le compte des bois du livre de Norvins. Les 82 grands dessins se payaient 100 francs la pièce. Il y en avait 49 à 3o francs; 49 frises à 3o francs; 49 culs-de-lampe également à 3o francs; 120 bois dans le texte à 5o francs; total, 354 bois, et en argent, 17,390 francs. (Auguste Raffet, Notes et croquis de Raffet. Paris, A. Durand, p. 12. Ce livre est d’ailleurs curieux à tous les points de vue et renseigne très exactement sur la condition des artistes au milieu du xixe siècle.)

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