‹ Le livre--l'illustration--la reliureChapitre 16 sur 145 · CHAPITRE PREMIER. n · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. n

que lui fournissaient des âmes charitables, il pouvait, lui aussi, imprimer bien. Deux années après la Bible, parut à Mayence un livre daté, composé en caractères de somme, qui est le Catholicon de Jean Balbi de Gênes. Il ne paraissait point encore à ces premiers typographes que leur art pût servir à autre chose qu’à la

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Fig. 6. — Signature du Catholicon présumé imprimé par Gutenberg, en 1460. (Bibliothèque nationale. Exposition des imprimés, n° 4*.)

diffusion d’œuvres religieuses. L’opinion la plus généralement admise est que le Catholicon sortit des presses de Gutenberg; M. Bernard, toutefois, a cru devoir l’attribuer à un imprimeur d’Eltvil, qui publia en 1467 le Vocabularium, dit Vocabularium ex quo, avec le même caractère. Cette thèse peut se soutenir par suite des termes de la signature du livre, qui est une sorte d’hymne à Dieu, et un acte de reconnaissance à la ville

de Mayence, sans la moindre mention de nom d’imprimeur. Or, dans la situation où se trouvait Gutenberg en face de ses rivaux, n’eût-il pas un peu revendiqué comme sienne la grande découverte ? Mais si M. A. Bernard s’égare, et si notre supposition n’est pas fondée, quel bel acte d’humilité, quelle noble idée de son caractère Gutenberg ne donne-t-il pas en écrivant : « C’est avec l’aide du Très-Haut qui délie la langue des enfants, et qui révfcîe souvent aux petits ce qu’il cache aux hommes de science, que fut terminé le Catholicon, ce livre admirable, l’an de l’incarnation du Sauveur M. CCCCLX, dans la mère patrie Mayence, insigne ville de l’Allemagne, que Dieu dans sa clémence a daigné rendre la plus illustre et la première des villes : et ce livre fut parfait sans le secours ordinaire de la plume ou du calame, mais par l’admirable enchaînement de formes et de caractères ! »

On comprend quelle circonspection l’on doit apporter dans l’histoire de ces hommes, gens de métier de si peu de conséquence alors, que tous les documents authentiques pouvant les intéresser ont à jamais disparu. Si l’on en excepte celui de la Pfenningthurm de Strasbourg dont nous parlions plus haut, et l’acte de réclamation d’argent par Jean Fustà Gutenberg, daté de 1455, on est forcé de s’en rapporter à des auteurs vivant longtemps après, et qui subissaient à leur insu les misérables erreurs des traditions orales. Il en est presque toujours ainsi pour les hommes qui occupent une grande place dans l’histoire de l’art; la postérité seule entrevoit leur génie, à l’époque où personne ne sait plus rien d’eux. Pour Gutenberg, la situation était plus

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