CHAPITRE II
rie, la publication des livres se faisait de cette manière, et les libraires étaient plutôt des intermédiaires entre le copiste et l’acheteur que des commerçants directs, ayant étalage et fournitures complètes. Il est clair qu’on ne s’approvisionnait pas longtemps à l’avance de ces livres coûteux, sans en avoir le placement assuré.
Si minuscule qu’ait été la rétribution des écrivains, ils y tenaient , et ils durent les premiers protester contre l’invention nouvelle. Toutefois leurs réclamations et celles des libraires allaient bientôt se perdre, débordées par la foule grossissante des imprimeurs et étouffées par elle.
Alors, comme il ne manque pas d’arriver en pareil cas, au lieu de lutter contre le courant, la plupart des anciens ouvriers du manuscrit le suivirent» Les calligraphies dessinèrent des lettres sur bois, les libraires vendirent des imprimés , et les enlumineurs gravèrent en relief ou en creux leurs « histoyres ». Pendant un assez long temps, ces derniers continuèrent à décorer les livres des dessins d’ornement dont ils avaient peint les manuscrits, et contribuèrent à former la belle école d’illustrateurs qui devaient porter si haut leur science dès la fin même du xve siècle.
Suivant notre précédent récit, la révolution de Mayence avait mis en fuite une foule d’artisans dont les libertés s’étaient trouvées subitement compromises par le vainqueur. Le besoin d’argent amenait toujours à cette époque la diminution des faveurs, et les ouvriers typo« graphes ont de tout temps tenu à leurs privilèges. Il arriva donc que la corporation, au lieu de rester enfermée à Mayence plusieurs années encore, fut
en quelque sorte jetée au dehors, lancée aux quatre points cardinaux par la dispersion de ses membres, et répandue plusieurs années avant le terme normal.
En effet, dans l’ordre commun des choses, un ouvrier par ci par là quitte l’atelier principal pour courir le monde; il va timidement devant lui, apôtre inconscient d’un art merveilleux. S’il réussit, il groupe autour de lui quelques élèves; s’il tombe, il n’en reste même pas le souvenir; en tout cas, l’invention se propage plus doucement. Pour l’imprimerie ce fut un coup de foudre. A peine avait-on pu apprendre son apparition, que l’exode commençait. La plus grande part des Mayençais se porta en Italie, à Rome, avec Arnold Pannartz, Conrad Sweynheym , Ulrich Hahn , Arnold Buckinck; à Venise, avec Jean de Spire, Vendelin de Spire, Christophe Valdarfer, Bernard Pictor (d’Augsbourg), Erhardt Ratdolt, Pierre Loslein; à Ferrare, avec André
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Fig. 8. — Signature d’Arnold Ther Hoernen , imprimeur de Mayence.