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CHAPITRE II

gulier mélange entre le profane et le sacré, les gens du Livre mettaient aussi bien en vente à leurs « fenestrès » le Décaméron de Boccace que les Heures de la Vierge immaculée, et les acheteurs trouvaient bon de prendre connaissance de l’un et de l’autre. Et puis la fin du xve siècle avait ses préférences littéraires, ses titres alléchants, ses frontispices tirant les yeux. Au commencement de notre siècle on a connu le titre double, Atala ou Venfant du Mystère , si particulier alors et si démodé à présent. Depuis nous avons eu les voyages : Voyages au pays des milliards , Voyages aux pays révolutionnaires , etc., etc. Au xve siècle et même dès le xive, une série de titres eurent les faveurs du public; il y eut d’abord les Débats ; Débat de la Dame et de VEscuyer (Paris, 1490, in-folio); le Débat de V Homme et de la Femme , de la Demoiselle et de la Bourgeoise , du Vin et de l'Eau, de VHiver et de VEsté , du Vieux et du Jeune; j’en passe, et des plus excentriques. N

Vinrent aussi des milliers de complaintes , sorte de lais en vers ou en prose, les blasons , pièces légères où l’on décrivait telle ou telle chose, les doctrinals , ne touchant en rien aux doctrines.

Et parmi les sujets les plus goûtés, entre la piété des uns et la gaieté des autres, les danses macabres s’étaient établies, établies solidement, montrant, suivant la hiérarchie des classes alors admise, la mort aux prises avec les grands de la terre, torturant également pape, empereur, connétable ou ménestrel, grimaçant à la jeunesse, à la majesté, à l’amour. Longtemps avant que l'imprimerie apparût, les danses des morts

menaient leur sarabande. Elles étaient un peu la consolation des chétifs contre leurs puissants maîtres, la revanche des Jacques contre le roi. On les voyait peintes, sculptées, enluminées, lorsque la gravure n’était point là pour en multiplier l’usage. Il y en avait à Dresde, à

Fig. 33. — Danse macabre dite de Vérard. Le Pape et l’Empereur. Il en existe un exemplaire peint à la Bibl. nat. Estampes Te. 8.

Leipzig, à Erfurt, à Berne, à Lucerne, à Rouen, à Amiens et à la Chaise-Dieu, de largement étalées aux murailles, de sombres, d’effrayantes. C’était la grande égalité humaine, qui tenta d’abord les Français, puis l’inimitable Holbein. La mort crie aux seigneurs, aux heureux du monde :

Et après quant vous serez morts 7

Tout ainsy que poures truans,

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