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CHAPITRE III

I il

genre de lettres, une édition de Virgile, en i5oi, puis un Horace , un Juvénal , un Martial , un Pétrarque la même année. Le Pétrarque est le plus ancien livre latin imprimé avec V italique. L’année suivante , en i5o2, il donna l’édition des Ter^e rime de Dante, et pour la première fois, il prenait comme marque typographique une ancre avec un dauphin enroulé1.

Son mariage avec la fille d’André Torresani d’Asoîa avait réuni entre ses mains deux maisons d’impression. Le fardeau devenait trop lourd pour que Manuce songeât désormais à publier lui-même. D’ailleurs les guerres ne lui laissaient aucun repos, et il s’en plaint amèrement dans ses préfaces. 11 attira donc chez lui des savants grecs, qui* surveillaient, chacun dans sa spécialité, les ouvrages en cours, et fonda un cénacle, l’Académie Aldine, où se trouvèrent réunis les plus grands noms de l’époque. Aide donne parfaitement l’idée d’un gros imprimeur de ces temps, tenant cour de gens célèbres au milieu des préoccupations du métier et des ennuis causés par les invasions. On conte qu’Erasme, passant à Venise, le vint trouver et, comme il ne s’était point fait annoncer, fut assez mal reçu par le puissant libraire. Toutefois, au nom du visiteur importun, Aide Manuce, un instant interdit, se leva en grande hâte et sut lui prouver quel cas il faisait des hommes de science.

La guerre finit par ruiner cette situation. En i5o5,

i.Tory, dans son Champjleury , explique ainsi la marque d’Alde et sa devise, qui était en grec le hâte toi lentement de Boileau. « L’ancre signifioit tardiveté et le dauphin hastiveté, qui estoit à dire qu’^n ses affaires faut estre modéré. »

Aide Manuce quitta Venise pour courir le monde, et à son retour il se trouvait un peu plus pauvre qu’au départ. André d’Asola, son beau-père, vint à son aide; mais le grand libraire était blessé à mort, et en dépit de

l’activité qu’il sut donner à son nouvel établissement, il alla en déclinant jusqu’à l’année i5i5, où il s’éteignit, laissant à son fils Paul une situation inextricable.

Il avait abandonné de

bonne heure l’illustration

pour s’attacher au côté

scientifique et utile de ses

publications ; d’ailleurs le

format choisi par lui ne

s’accommodait plus guère

Fig. 38. — Marque de Luc-Antoine des planches. Mais d’autres Junte de Venise, ... , . .

éditeurs employaient les artistes à l’ornementation du Livre. Luc-Antoine Junte, le plus célèbre d’entre eux , était tout à la fois imprimeur et graveur, ce qui montre péremptoirement l’étroite affinité de ces deux métiers à l’origine. En i5o8, Luc-Antoine Zonta , suivant le nom italien des Junte, donna dans le format grand in-40 un bréviaire romain avec 12 gravures en style lombardo-vénitien signées L.-A. (Luc-Antoine), d’une assez bonne allure. Le même artiste-éditeur tailla un portrait de Virgile en tête d’une édition du poète vers i5i5. Au surplus, Junte n’illustrait pas seul les livres sortis de

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