CHAPITRE III
gleterre se confine dans la Légende dorée , et d’autres publications d’assez minime intérêt, pour lesquelles on lui grave des planches sans valeur.
En France, au contraire, nous trouvons au commen-
Fig. 40. — ■ Planche tirée du Theuerdanck, représentant Maximilien et Marie de Bourgogne. Gravée sur bois d’après Schaüfelein.
cernent du xvie siècle un commerce énorme de librairie. Tous les éditeurs dont nous parlions au chapitre précédent étaient encore vivants, et ils se ressentaient des conquêtes françaises en Italie. La littérature dithyrambique inaugurée alors, et qui devait avoir son apogée sous Louis XIV, inspirait d’ailleurs assez mal les impri-
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meurs et les décorateurs du livre. Sans doute on menait
à la hâte la composition en texte et en gravures, car les grands n’aimaient pas à attendre ces sortes d’histoires. Le Vergier d’honneur , écrit par Octavien de Saint- Gelais et Andry de la Vigne, fut ainsi publié vers l’extrême fin du xve siècle et orné de vignettes hâtives, probablement pour le compte d’Antoine Vérard. Lors de l’avènement au trône de Louis XII , Claude de Seyssel, son maître des requêtes ordinaires, compose « les louenges du roy Louis XII », et bientôt après les traduit du latin en français pour le même Vérard, qui les imprime en i5o8.
Le goût de l’histoire des Gaules conduit les libraires à publier la Mer des Histoires , déjà éditée au xve siècle comme nous l’avons dit; Thielman Kerver met en œuvre le Compendium de Robert Gaguin, en i5oo, pour le compte de Durand Gerlier et de Jean Petit. La version française de cet ouvrage est donnée en 1 5 14, par Galliot du Pré, avec vignettes, et, sous le nom de Mirouer historial, passe chez Renaud Chaudière en i520, chez Nyverd et autres. Il en fut de même pour le Rosier historial , avec figures, en i522 et i528. Il faut compter aussi au nombre des ouvrages les plus répandus les Illustrations de la Gaule et Singularité \ de Troye , par Jean Le Maire de Belges, imprimées un peu partout à Paris et ornées. En i5i2, elles sont chez Geoffroy de Marnef, libraire; en 1 5 1 5 , chez Jean et Gilbert de Marnef, chez Régnault, chez Philippe Le Noir, etc., etc., toujours en ces caractères gothiques, qui prévalent en France au commencement du xvie siècle.
Nous donnons, d’après ce curieux livre de Jean Le
Fig. 41. — Vignette tirée des Illustrations de la Gaule et Singularité \ de Troye,
La reine Anne de Bretagne en Junon.
Maire, un charmant bois représentant la reine Anne de Bretagne en Junon, et nous n’aurions point grand’peine à voir dans cette œuvre remarquable l’esquisse d’un Bourdichon ou d’un Perréal. La tournure bien française de la figure ne laisse aucun doute sur son origine; tout au plus pourrait-on la croire inspirée de quelque Vierge du maître allemand, dit de 1466, par les accessoires et la pose même. Cette gravure se retrouve dans l’édition de i5i2, de Gilbert de Marnef, in-40 gothique; au revers sont les armes et la devise de Jean Le Maire de Belges.
Le temps qui s’écoula depuis la mort de Louis XI jusqu’à l’avènement de François Ier, c’est-à-dire de 1483 à 1 5 1 5 , fut, pour employer une vieille expression, l’âge d’or de l’imprimerie française et de l’illustration. Sous Charles VIII et Louis XII, les dessinateurs sur bois ne sont point encore touchés par les écoles voisines ; il n’y a chez eux ni influence italienne accentuée, ni procédés allemands. Ils font à leur guise ce qu’ils voient, et ils le font sans préoccupation étrangère avec leurs moyens et leurs pratiques. De plus, les rois ne les oubliaient pas, et Louis XII conservait aux imprimeurs de l’Université tous leurs droits et privilèges dans une ordonnance magnifique, oü l’art de la typographie était porté à une hauteur divine. Il leur restituait tous les avantages par eux perdus : « Pour la considéracion du grand bien, écrivait-il, qui est advenu en nostre royaume, au moyen de l’art et science d’impression, l’invention de laquelle semble estre plus divine que humaine, laquelle, grâce à Dieu, a esté inventée et trouvée de nostre temps, par le moyen et