‹ Le livre--l'illustration--la reliureChapitre 6 sur 145 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de papier ou de parchemin, péniblement imprimées à l’aide de planches xylographiques , c’est-à-dire de planches de bois, sur lesquelles un « tailleur d’images » avait laissé en relief les figures et les lettres du texte. Il fallait ainsi tracer à l’envers ces caractères pour qu’ils pussent se reproduire à l’endroit; il fallait de plus éviter les fautes, parce que la phrase une fois obtenue, bien ou mal, demeurait toujours. Ce sont sans aucun doute ces difficultés de corrections qui donnèrent l’idée du caractère mobile. Si le graveur s’était trompé d’une façon trop grossière, il devait arriver qu’on enlevait totalement la pièce fautive et qu’on lui en substituait une nouvelle en la collant ou en la liant. Cette explication vaut au moins la légende de Laurent de Coster de Harlem, qui, au dire d’Adrian Junius, son compatriote, aurait trouvé par hasard le secret des lettres séparées en jouant avec des enfants i. Et si la légende dont nous parlons renferme la moindre vérité, il faut la chercher dans le sens que nous indiquions plus haut, c’est-à-dire la correction d’une faute, et non dans je ne sais quel jeu innocent d’un marguillier de Harlem.

Quoi qu’il en soit de ces remarques sur lesquelles nous aurons occasion de revenir, il faut bien constater en passant, que la gravure sur bois en relief a seule donné idée de faire des planches xylographiques et d’en composer des volumes. Le caractère mobile, le point capital de l’imprimerie, le pivot de l’art du Livre, se devina peu à peu, au fur et à mesure des besoins, lorsqu’on eut occasion de corriger une inscription erronée; mais, en tout cas, on l’ignora au début. Sans doute

i. Adrian Junius, Batavia , 1 588.

même, pour varier les textes, trouva-t-on moyen de remplacer des phrases entières par d’autres phrases, tout en conservant les figures primitives, et la lumière se fit ainsi chez ces praticiens occupés de la fabrication et de la vente de leurs livres.

D’après Adrian Junius, Laurent Jansson de Costei c’est-à-dire le Trouveur, aurait publié un de ces célèbres spéculum fort à la mode alors, et dont le côté mystique exerçait une si grande séduction sur les gens du

xve siècle, le Spéculum humanœ salvationis. Ecrit avant le milieu du xive siècle, répandu par les manuscrits, en dépit de sa latinité fantaisiste et de sa prosodie, ce poème ascétique et indigeste avait tenté dès l’abord les xylographistes. Junius, on le voit, attribue à Laurent de Coster la première impression du spéculum, non plus l’impression purement xylographique des donats à composition fixe, mais celle déjà plus avancée en caractères mobiles. Pour dire vrai, ce livre eut au moins quatre éditions semblables par les gravures et le corps de lettres, mais différant par le texte. Il faut donc admettre la fonte déjà répandue, et l’imprimerie découverte, car la même police 1 ne pouvait convenir à plusieurs langues. D’un autre côté, les vignettes ne changeant pas indiquent assez la mobilité des caractères. Au rebours de ce qu’on peut constater dans des travaux postérieurs, les illustrations du spéculum ne sont pas des plus méchantes; elles ont le côté à la fois naïf

i. On appelle police des lettres les rapports de ces lettres entre elles dans une langue. Le français emploie plus d'a, d'e, de l, de m, que de x, de par exemple. Il faut donc, en français, plus de fonte d’un même caractère, qu’il ne faudrait en russe ou en polonais de la lettre correspondante.

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