CHAPITRE III
religion nouvelle, comme sa sœur Marguerite et sa belle-sœur Renée de Ferrare?
Quoi qu’il en soit, il se montra deux fois partisan résolu du célèbre Robert Estienne, beau-fils et associé de Simon de Golines, dont les travaux en érudition et en typographie prenaient de jour en jour plus d’importance. Robert Estienne avait eu le grand honneur d’être choisi parmi tous ses confrères par le roi François comme imprimeur spécial. Ce prince lui avait fait graver par Claude Gara mond , d’après les dessins calligraphiques d’Ange Vergèce , le premier tailleur de matrices de l’époque, un caractère grec spécial en trois grandeurs, dont on se servit en 1544 pour composer Y Histoire ecclésiastique d’Eusèbe. C’étaient là ces fameux types royaux, tyjpi regii, dont Estienne ne manquait pas d’indiquer l’emploi dans le titre de ses ouvrages ; ils donnèrent à penser et à écrire depuis que François Ier avait fondé l’Imprimerie royale. La vérité , c’est qu’Estienne gardait ces lettres dans son officine , pour les éditions du roi; on peut les voir encore à l’Imprimerie nationale de Paris où on les conserve.
Robert Estienne avait épousé la fille de Josse Bade d’Asch, Badins Ascensianus en latin, un des premiers typographes parisiens du temps; nous reproduisons la marque de Bade où se trouve un intérieur d’imprimerie. Nous reviendrons, dans un chapitre spécial, sur le fonctionnement de ces ateliers; il nous a paru bon,
Fig. 48. Robert Estienne, d’après la gravure de la
Chronologie Collée.
néanmoins, de mettre sous les yeux du lecteur une officine au temps de Robert Estienne et de Geoffroy Tory.
Pour ce qui est de la décoration du Livre, Robert
Estienne ne paraît
JL
point s’en être inquiété. L’essentiel pour lui, c’était la pureté des textes et des caractères, l’érudition et non pas l’art1. Aussi, a-t-il publié plusieurs ouvrages en latin et en grec, et entre autres le Thésaurus, gros dictionnaire latin paru en 1 532, puis une Bible avec des notes de Vatable, revues par Léon de Juda.
De là des colères !
Léon de Juda étant partisan de Zwingle, la Sorbonne accusa la Bible de sentir un peu le huguenot. François Ier défendit Estienne ; mais, quand ce prince fut mort, Estienne s’enfuit à Genève, où on le soupçonna d’avoir emporté les types royaux. La vérité, c’est qu’il avait simplement emporté les matrices.
i. Robert Estienne était le successeur de Conrad Neobar, nommé Imprimeur royal pour le grec en janvier 1 5 38. Il était le beau-frère de Michel Vascosan, marié aussi à une fille de Josse Bade.
Fig* 49* — Atelier de Josse Bade au commencement du xvie siècle.