CHAPITRE III
des Mémoires des antiquaires de France , t. XL IV).
Avec Holbein comme avec Geoffroy Tory, nous arrivons à l’apogée de l’illustration et de l’habileté merveilleuse du graveur. Si l’on s’en rapporte à des rapprochements, à des comparaisons, c’est Hans Lutzelburger qui tailla ces planches d’après les dessins du maître de Bâle; or, contrairement à ce qui arrive généralement, le traducteur s’est presque élevé à la hauteur de son modèle; le trait est la perfection même, il est précis et spirituel, simple et pourtant explicite.
Si l’on admet le travail de Lutzelburger, il faut aussi admettre qu’Holbein dessina ses bois avant i52Ô, date de la mort du graveur bâlois. Or c’est précisément avant i52Ô qu’Holbein habitait Bâle, et ce fut après qu’il voyagea.
Nous n’ajouterons rien aux communes louanges sur le livre de Treschel à Lyon; tout a été écrit d’Holbein, et nous ne saurions faire que des redites. Nous serions heureux pourtant que le lecteur essayât des comparaisons entre le François Ier de Tory et le Roi de la Danse; il y a un certain air de famille entre ces deux bois, ce qui est un singulier honneur pour Tory.
Au commencement du siècle, Bâle devait avoir une école de « formschneiders » travaillant pour l’exportation. Sans compter de nombreux produits employés à Lyon, il y eut aussi le trafic des clichés, des figures ayant déjà servi et vendues après. Parmi ces promenades de gravures, nous citerons plusieurs planches de la Nef des fous, de Brandt, cédées en i5eo, à Galliot du Pré, libraire à Paris, qui les intercala dans YEloge de
la Foliey d’Érasme. Il faut croire, d’ailleurs, que ces bois avaient une vie singulière et un gros succès, car Galliot du Pré fonde sur eux des espérances :
Va et cours selon tes fortunes,
Follie! simulant tes faces;
Mais quelques choses que tu fasses,
Rapporte force de pécunes.
Le règne de François Importa un grand coup à l’art national dans les illustrations. L’arrivée à sa cour d’artistes italiens de la décadence, de gens tels que le Rosso ou le Primatice, provoqua une révolution dans le goût; on s’habitua à considérer comme la distinction suprême les exiguïtés exagérées des personnages importés par ces artistes de par delà les monts; on vit dans leurs draperies contournées, dans leurs poses maniérées, je ne sais quelle beauté précieuse qui tenta les esprits préparés de la cour de France. Les figures toutes simples et naïves des vieux graveurs français prirent rang parmi les rebuts d’un autre âge, et l’on regarda avec mépris leurs compositions, que l’on qualifia « d’antiques ».
La manie des emblèmes et en général de tout ce qui touchait aux allégories, aux personnages mythologiques, s’accommoda très bien de ces inventions mièvres et bizarres. D’un autre côté, toute une classe d’artistes ou d’artisans, les illustrateurs du livre d’abord, puis les émailleurs, les fabricants de bijoux, s’emparèrent de ces modèles italiens dont le roi encombrait ses galeries, et qui couvraient à grands frais les murs de Fontainebleau. On comprend ce que des hommes