CHAPITRE PREMIER
tions du Rationarium rappellent très exactement les gravures du grand maître allemand, entre autres, celle de l’enfant Dieu, planche 12, qui est assez rapprochée par la tournure du Jésus enfant de Martin Schongauer; d’ailleurs, les figures principales ne laissent guère de doute à ce sujet. Mêmes ailes aux anges et aux aigles; mêmes coiffures des personnages, mêmes poses souvent1.
Par ce qui précède, on peut juger de la vogue extraordinaire de ces productions qui, dès l’origine, se répandirent dans toute l’Europe et fixèrent l’attention d’artistes excellents. Néanmoins les débuts en étaient pénibles. La lettre mobile employée, taillée en bois séparément, ne constituait pas une impression idéale. On comprend, d’ailleurs, quels frais pouvait entraîner la confection de ces caractères, qu’il fallait tenir un à un, sans réussir jamais à les rendre parfaitement uniformes. Le progrès était de substituer à ce procédé irrégulier, des lettres semblables, identiques, facilement produites et longtemps employées sans cassure. A la suite des essais de Laurent de Coster, les recherches durent porter sur ce point; mais comme l’invention était sienne et qu’il importait de ne point la divulguer pour n’en pas perdre le profit, il arriva qu’on tâtonna longtemps encore dans son atelier sans grand succès. Ici l’histoire s’embrouille un peu. Adrian Junius accuse positivement un des ouvriers de Laurent de Coster d’avoir volé les secrets de son maître et de
1. Consultera ce sujet G. Duplessis: De quelques estampes en /
bois de l’Ecole de Martin Schongauer. Extrait des Mémoires des Antiquaires de France , t. XLV. Les figures avaient paru dès i5o2 chez Sébastien Brandt.
s'être enfui à Mayence, où il fonda depuis une imprimerie. Suivant J unius, le caractère de me'tal avait été trouvé par le Hollandais, et le voleur nommé Jean en avait fait sa chose. Quel était ce Jean? Etait-il Jean Gaensfleisch dit Gutenberg, ou plutôt Jean Fust? Mais il n’y a guère apparence que Gutenberg, gentilhomme mayençais exilé de sa patrie, se soit jamais mis au service de l’inventeur hollandais. Quant à Fust, nous le verrons, il n’intervint dans l’association des imprimeurs de Mayence qu’à titre de bailleur de fonds, d’où l’on peut comprendre l’invraisemblance de son passage chez de Coster.
Aussi bien retrouvons-nous Gutenberg retiré à Strasbourg, où il poursuit ses recherches. C’était là une manière de déclassé, de noble ruiné, dont la science assez grande se portait tout entière vers les inventions. Sans doute, comme bien d’autres, il avait eu entre les mains un des ouvrages imprimés de Laurent de Coster, et l’idée lui était venue de s’approprier un procédé dans l’enfance. En 1439, il avait contracté société avec deux artisans de la ville de Strasbourg sous couleur de la fabrication des miroirs 3 ce qui peut d’ailleurs s’entendre de l’impression des spéculum, mot qui en latin signifiait la même chose. Ces hommes avaient besoin de s’entourer de précautions; l’imprimerie n’était encore qu’un moyen pratique de multiplier les manuscrits, de tromper un peu les naïfs, et la fortune était à qui se servait, sans rien dire, de cette invention. Ce que nous allons raconter prouvera et au delà cette tendance.
Une pièce de procédure, retrouvée en 1760 par