ACTE II, SCÈNE V
LB yAJOR. Est-ce que vous refuseriez?
Depuis longtemps je ne paye pluslesdeltes de mon fils.
LE MAJOR
M°ae la comtesse croit peut-être que je suis quoique fournisseur méconnu, (juclque usurier déguisé?... AI» ! je ne prête de Targont à personne.
MAD. DE VALPIN.
Je ne me perds dans aucune supposition semblable : je me borne à vous dire une seconde fois, monsieur, que, pour des raisons dont je ne dois de compte qu*à moi-même, j*ai renoncé à garantir les dépensesdeM.le comte de Landreuil.
LE MAJOR
Il est pourtant des engagemens qu'une mère estforcée d'acquiUer pour son fils; les dettes d'Iionneur sont de ce nombre.
MAD. DE VALPIN.
Monsieur veut sans doute parler des dettes de jeu?
LE MAJOR
Précisément!
MAD. DE VALPIN.
Je ne les appelle pa^ des dettes d'ijonneur, et je do îcs paye pas.
LE MAJOR
Madame ne payera donc pas ces dix mille francs?
MAD. DE VALPIN.
Eu aucune façon.
Alors, j'aurai le regret de vous dire, madame, que votre fils mourra demain.
MAD. DE VALPIN.
On le tuerait!
LE MAJOR
Oh! non, madame j mais les dettes d'honneur, quoi que vous en pensiez, sont des dettes qui s'acquittent, dans les quarante-huit heures, avec de Tor ou avec du sang. Votre fils se tuera, )e le connais, sM n'a pas demain ces dix mille francs à donner à celui «jui les lui a
i6 LB DVRR NOm.
gagnés au baccara... hier soir, à Tambassade d'Autriche. Oh! oui, il se tuera! j'en ferais autant à sa place!..
MAD. DE VALPIN, à ;)ar^
II m'épouvante !
LE MAJOR, à part.
Elle hésite!
MAD. DE VALPIN.
Eh bien ! monsieur, je Tcrrai mon fils aujourd'hui... il sait pourtant que mes revenus de cette année sont totalement épuisés... comment a-t-il pu vous envoyer chez moi?
LE MAJOR
Ce n'est pas lui, madame, qui m'envoie; je viens à son insu, de mon propre mouvement, pour le sauver... Dans une conversation amicale, dans une confidence intime, il m'a dit seulement que vous aviez beaucoup de diamans...
MAD. DE \KLPiJi, tourna7ît les yeux vers le petit meuble.
Des diamans...
LE MAJOR, à part, même jeu.
Ils sont la!
MAD. DE VALPIN.
J'en avais dans le temps... mais ils ont élé démontés... vendus... Si mon fils songe encore à ceux de sa tante dont il s'obstine à me croire en possession, il a tort... d'ailleurs, il n'y aurait maintenant aucun droit parce que... Mais il est inutile d'entrer avec vous, qui devez y rester étranger, dans le détail de ces aifaires de famille : pourvu que mon fils ait cesdix mille francs.
LE MAJOR
C'est loutce qu'il demande... Je cours lui porter la bonne nouvelle de mon heureuse intorvention.
MAD. DE VALPIN.
Je n'affirme pas que je lui donnerai ces dix mille francs... mais je verrai, je ferai tous mes efiforts...
LE MAJOR
Je me retire, madame; vous êtes prévenue, vousagiret avec votre tendresse de mère et la promptitude qu'exige la gravite des circonstances... Quoi qu'il ad-