SCENE VIII
MAURICE, seul.
Le dédain continue. Je ne suis pas encore pardonné. Je comprends la rancune de M"io de Valpin, j'ai plaidé contre elle... mais je ne m'attendais pas à tant de rigueur de la part de ma future belle-mère... Quant à sa fille, je vois dans la froideur qu'elle a affectée tantôt pour moi, nn peu de jalousie, mais j'y vois surtout l'influence de sa mère. Je serais désolé desupposer un« autre cause à celteréserveglacialedeClotilde.Jene voudrais pas qu'elle différât avec moi sur des sentimens, sur des questions de justice et d'humanité, notre mariage neseraitpas heureux; ah ! je crains fort!... C'est donc un bien grand crime de remplir un devoir de réparation envtrs une personne que l'on ne croit pas coupable? Je m'interroge, et je ne puis parvenir à me blâmer... Pauvre femme, elle avait déjà attiré mon attention le jour oiî je la vis pour la première fois chez Mme de Valpin; quelques tieures après, on l'arrêtait pour le vol des diamans. Cette femme, dont j'avais vu briller le sourire le matin, et dont je voyais couler les
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larmes !esoir,revenaitsanscesseàmonsouvenir...Jc me la rappelais vivement, comme on se souvient mieuxd'un astre dont on a vu, dans une même nuit le côté sombre et le côté lumineux. Je n'ai pu résister à un sentiment de pitié et d'admiration, quand elle est venue calme et belle se livrera la justice, sans Tappui d'un défenseur. Tant de résignation, tant de confiance dans l'équité des hommes ou dans celle du ciel, m'ont touché. J'ai senti un frémissement au cœur,et je me suis élancé à la barre; qu'ai-je dit pour convaincre, pour triompher? Le poète sait-il les sentiers mystérieux par où sa pensée a couru pour arriver au sommet de l'enthousiasme? De l'orgueil? n'importe! C'est beau, on peut se l'avouer, d'avoir rendu la considération, la vie, l'honneur à une femme! Que sera-t-elle devehue dans ce vaste Paris? Où sera-t-elle allée, sans appui, sans ressource?... Je ne pouvais plus rien pour elle; mon ministère de hasard était fini. J'aurais voulu encore lui dire... je n'avais plus rien à lui dire.,, (S' asseyant àxlroite.)^e pouvais-je pourtant m'informer du quartier oii elle allait demeurer? Il serait singulier que tout fût fini là... et pourquoi singulier? La vie n'est-elie pas pleine de ces accidens? c'est ce qui la rend si triste peut-être. Il y a des souvenirs charmans, des ravissemens inépuisables dans la mémoire et dans le cœur pour des êtres à peine entrevus. Ce sont les doux lantômes de ce monde si tristement réel. Et si on ne les revoit plus dans cette vie, c'est qu'il en est une autre où l'on doit les retrouver... (Se levant,) Elle s'appelle Henriette!.., Oh! je n^oublierai jamais ce nom.
UN DOMESTIQUE
Une dame désirerait vous parler.
MAURICE
Je recevrai cette dame... (Le domestique sort.)