SCENE VI Z
MAD. DE VALPIN, MAD. DE CHAMPVILLÏERS.
MAD, DE VALPIN, qut a ôté SOU chapeau et son camail, La conduite de M. Maurice, je le vois, vous afflige beaucoup ?
MAD. DE CHAMPVILLÏERS.
Elle me blesse à un point que vous ne pouvez concevoir.
MAD. DE VÀLPlN.
Je le conçois très-bien, au contraire, et si je n'ai pn$ dit tout ce que j'en pense, c'est pour ne pas froisser trop vivement voire fille, dont au fond je ne connais pas l'opinion sur M. Maurice.
MAD. DE CHAMPVILLÏERS.
Elle n'a aucun amour pour lui, je vous le déclare.
Que ne prenez-vous alors une forte résolution !
MAD. DE CHAMPVILLÏERS.
Ah! si je ne craignais les propos, les commentaires du monde!... Un mariage rompu... c'est grave... il en éloigne d'autres.
MAD. DE VALPIN.
Sans doute; mais vous n'êtes pas dans une position à regretter longtemps un parti corn nie celui de M. Maurice.
MAD. DE CHAMPVILLÏERS.
Tenez! ce nom m'irrite... l'affront que nous avons reçu, je ne l'oublierai jamais! nous outrager si publiquement!
MAD. DE VALPIN.
Opposez le mépris au mépris, et mélez-y surtout quelque habileté; faites dire, pour aller au-devant de ces propos du monde, dont vous n'avez pas tort de vou^ préoccuper, que vous aviez ai peu le projet de donner la main de votre fille à ce petit avocat philanthrope, que depuis un an votre parole était engagée ailleurs. Laissez courir le bruit d'une illustre alliance.
62 LE LIVRB NOIR.
MAD. DB CHÂMPVILLIER8.
Y croirn-t-on?
MAD. DE VALPIW. ^
N*avez-vous pas le droit d'aspirer à toutet?
MAD. DE CHAMPVILLIERS.
Nolrefortuneestassnzgrandt*, assez connue, il estvrai.
Et la réputation, la posilion politique de votre mari? Eh! mon Dieu! vous n'auriez pas besoin d'aller bien loin pour que le prétexte d'une haute alliance devint bien vite une vérité.
MAD. DE CHAMPVILLIERS.
Comment cela?
MAD. DE VALPIN.
Vous m'avez parlé avec franchise; voulez-vous, chère amie, que je réponde de même à cette preuve d'attachement?
MAD. DE CHAMPVILLIERS.
Parlez, chère comtesse.
MAD. DE VALPIN.
Mon Gis, dont la vie a été jusqu'ici, j'en conviens, fort agitée, a pris enfin le parti de se ranger. J'ai des preuves de la sincérité de sa conversion.
MAD. DE CHAMPVILLIERS, aVeC doulc.
On m'a pourtant assuré...
MAD. DE VALPIN.
Tout ce qu'on vous a assuré est vrai, dans le passé; mais son retour à une existence régulière n'est pas moins vrai aussi; et c'est l'essentiel! Mon fils n'est pas riche comme votre filie, mais il faut un titre à votre charmante Clotiide; voyons?...
MAD. DE CHAMPVILLIERS.
J'y pensais, mais...
Nous n'étions qu'amies, ne voulez-vous pas que nous devenions sœurs?
MÂD. DE CHAMPVILLIERS.
Je ne puis rien, vous le savez, sans le consentement de mon mari.
ACTB m, BCkHR VHÏ. 65
MÂD. DB VALPIN.
Je le déciderai.
MAD. De CHAMPVlLLIBaS.
Ni sans celui de ma fille.
MAD. DE VALPIPf.
C'est mon fils qui la décidera.
MAD. DE CHAMPVILLIERS, à part.
C'est acheter un titre un peu cher, mais enfin!
MAD. DE VALPIN, à part.
Ce sont des gens d'infiniment peu... mais, aprè« tout... (Haut,) Eh bien! chère amie?
MÂD. DE CHAMPVILLIERS.
Eh bien! chère comtesse... il était écrit là-haut que nous marierions nos enfans.
MAD. DE VALPIIV.
Oui, le ciel veut cette union...
Maurice paraît, elles le saluent et se retirent par la droite.