‹ Le livre noir, drame en cinq actes et six tableauxChapitre 49 sur 80 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

LE COMMIS, se levant.

Vous voulez avoir des renseignemens sur quelqu'un?

POINCELET.

Sur mon épouse. Figurez-vous, monsieur...

LE COMMIS

Je me figure.

POIÎS'CELET.

Déjà!

LE COMMIS

En vous voyant entrer.

POINCELET.

Alors, je suis à peu près sûr de trouver ici les renseignemens que je viens chercher.

LE COMMIS

Parlez !

POINCELET.

Vous devez savoir, monsieur, que ma femme abuse étrangement de mes revenus et de ma bonté de cequ'il m'est ton t-à fait impossible de rien prouver contre elle do bien grave pour arriver à une séparation légale. La justice ne demande pas mieux que de m'être agréable, mais elle veut voir, et je ne puis rien parvenir à lui faire voir. J'ai dû renoncer depuis longtempsà produire le flagrant délit, ce phénix des maris trompés. C'est Irès-beau, mais c'est inaccessible. A défaut de cette preuve au-dessus de mes moyens, il en est une dont la pensée m'a été suggérée par un mari absolument dans la même position que moi ; car je ne suis pas le seul...

LE COMMIS. Oh! très-certainement, non!

Monsieur est marié ?

LE COMMIS

Oui, monsieur.

POINCELET, lui donnani une poignée de main.

Or, ce mari, ce confrère m'a dit de me présenter ici, où je trouverais constatée par écrit toute la conduite ou toute l'inconduite de ma femme.

LE COMMIS

Permettez, monsieur : si votre femme n'a commis

qu'une légèreté, il est parfaitement inutile que vous TOUS livriez ici à aucune recherche, vous ne trouveriez rien ; vouscomprenerque si nous enregistrions à l'état d'essai toutes les irrégularités de ce genre, il faudrait deux bâtimens comme celui-ci pour contenir les procès-verbaux.

POINCELET.

C'est très-juste, monsieur, c'est infiniment juste; mais j'échappe personnellement à cette distinction. Je ne compte plus avec les amans de Josépha. Ainsi, communiquez-moi vite cette pièce,

LE COMMIS. Impossible, monsieur.

POINCELET.

Comment?

LE COMMIS

Impossible, vous dis-je, de vous communiquer le livre noir où se trouve la preuve que vous demandez... mais où se trouvent aussi les preuves d'autresdélits qui ne doivent être connus de personne. Le livre noir!

POINCELET.

On appelle donc cela le livre noir?

LE COMMIS

Oui, monsieur... {A part.) Il en a grande envie...

POINCELET.

Le livre noirî quel nom!... il fait frémir...

LE COMMIS

Il fait rire aussi quelquefois. Tenez, le voilà dans cette armoire de fer... (// montre l'a7^moire.) POINCELET, examinant.

Quoi ! c'est là qu'est ce fameux recueil.. .dans lequel ma femme occupe une place si distinguée? Oh ! si je le tenais... voyons, ne pourriez-vous pas?...

LE. COMMIS

Moi vendre les secrets de la police ? jamais...

POINCELET.

Pourtant...

LE COMMIS

Vous m'offririez mille écus que je ne vous laisserais pas ouvrir ce livre. .

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