SCENE II
MAURICE, HENRIETTE, ils sortent de gauche.
MAURICE, après avoir remis son chapeau au dômes tique ,
qui se retire ainsi que la femme de chambre.
Enfin, je puis vous appeler ma femme! mes vœux sont accomplis.
HENRIETTE
Que cette cérémonie du mariage, mon ami, est imposante dans son invariable simplicité î ce serment fait devant l'autel, éblouissant et silencieux, cet engagement : vous, de me défendre, de me protéger; moi, de vous obéir.
MAURICE
Vous n'avez pas attendu le mariage pour vous sou-
ineUrc à la parole un pou sévère du législateur. Je vous ai dit ce matin qu'il me plairait de vous voir venir à la cérémonie dans une mise modeste, et vous y êtes venue avec cette robe qui n'aura, certes, fait aucune envie aux pauvres dont nous avons été entourée à notre entrée à l'église.
HENRIETTE
D'abord mon intention était de ne pas me jeter dans les excès d'une toilette fastueuse; ensuite, mon ami, vous ignorez encore combien il est doux pour le cœur d'une femme de n'avoir de pensée, de volonté, que la pensée et la volonté de celui qu'elle aime. Ellea l'égoïsmo du sacrifice à un point que vous pouvez lui envier, mais que vous n'égalerez jmais. C'est donc moi qui vous remercie de m'avoir imposé la joie de me conformer à vos désirs.
MAURICE
Henriette, croyez-vous qu'il y ait au monde en ce moment quelqu'un de plus heureux que moi?
HENRIETTE
Je ne sais pas, mon ami...
Maurice.
Ah! vous en doutez? mais qui pourrait l'être davantage?... le supposer est un blasphème... (// pi^end la main d' Henriette t) Plus heureux que moi! — Qu'estce donc?
HENRIETTE. VotrO boUTSe.
MAURICE, pi^enant la bourse.
Vide ! J'y avais mis vingt louis tantôt en partant pour la cérémonie. Ah !... je comprends... les pauvres, n'est-ce pas?
HENRIETTE
Vous voyez bien, mon ami, que je suis plus heureuse que vous.
MAURICE
Vous avez raison... je ne suis que le bonheur; vous êtes le bonheur et le bienfait, Henriette.
HENRIETTE
Mon ami, nos invités vont venir.