‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 18 sur 91 · M®* DB V ALPIN · texte numérisé non relu

M®* DB V ALPIN

A-t-il répondu ?

HENRIETTE

Monsieur Maurice viendra ce matin.

M“* DE VALPIN.

Je vous remercie. (Henriette va se retirer, elle la rappelle . Mademoiselle Henrietlo T

HENRIETTE

Madame 1

1*' OE VALPIN.

Vous paraissez mieux vous perler, ce matin, être plus gaie...

HENRIETTE

J’ai reçu dos nouvelles d’Emma.

DE VALPIN.

J’en étais sûre !

HENRIETTE

Madame est bonne.

M°* UK VALPIN.

Fait elle toujours des progrès dans ce nouveau pensionnat?

HENRIETTE

Oui, madame. Elle a clé trois fois la première dans sa classe; son raatlPB de géographie est très-content, sa maîtresse de piano i l’adore; si vous voyiez, madame, le joli mouchoir qu’elle m’* 1 brodé !

M"* DI VALPIN.

Heureuse mère I

RBNItlRTH.

Oh ! oui, madame, bien heureuse.

M*® »B VALPIN.

Asseyez-vous un instant près de moi... (Henriette prend un tiége et se place près de M mt de L'alpin.) Puisque vous êtes plus calme aujourd’hui, voudriez vous ino dire sur quollo indication vous êtes venue, il y a quinze jours, vous présenter chez moi que* vous no connaissiez pas, dont vous n'avioz jamais entendu parler, peut-être ?

Henriette, péniblement .

J «vous dois plus d’une confidence, nuJamo; j'attendais qu’il vousplût de m interroger. L'histoiro de ma vie...

M** DR VALPIN.

Je no veux en savoir que co qu’il vous conviendra de ra’en dire, et uniquement pour vous prouver que je ne crains pas pour vous cot entretien tout amical. Vous avez désiré nuire désignée, ici, que sous votre nom de demoiselle, afin quo le nom de votre mari ne fût pas connu ; j’ai souscrit a désir, j’ai respecté un scrupule honorable.

HENRIETTE

Oh ! je vous en remercie encore une fois, je vous en remercierai toujours. Oui, c’est par un scrupule que vous venez d’apprécier avec tant de délicatesse, que jo n'ai pas osé garder le nom do mon mari en me plaçant dans les rangs de la domesticité.

M* u DB VALPIN.

Que celle expression...

HENRIETTE

Je n’eu rougis pas, madame; tout travail ennoblit lo cœur, et je n’ai jamais été plus intimement satisfaite que lo jour où j’ai pu mo dire, en me retirant fo-haut, dans la petite chambre meublée par vos bontés: Quo c’est bon pour le sommeil d’une mère d’avoir gagné lo paiD de sa fille ! Mais voici, madame, comment

me vint l’inspiration de me présenter cher tous, on plutôt comment elle vint li ma fille, car les anges ne visitent plus guère que le» enfants. Nous étions h Paris depuis six ans, ma fille et moi, Tirant de la petite pension que mon mari nous y allouait et nous faisait parvenir deux fois par an des colonies, lorsque.,. Mas j’ai oublié de vous dire, madame, que je suis de la Martinique.

*“• DR VALPIN.

De la Martinique même?

HENRIETTE

Oui, madame.

*■* DK VALPIN.

Je' tous demande' pardon do vous avoir interrompue... mais certains rapports que mon fils a eus avec une personne de cette colonie... des rapports d'intérêt...

■nVIURTTB.

Ah t monsieur de Valpin . . .

M*® DI VALPIN.

Non pas, monsieur de Valpin, je n'ai pas d'enfant de ce nom, mais un fils que j'ai do mon premier mari... Oui, j'ai un fils !... Poursuivez, je vous prie.

hrnrirtti, a pari.

Aidez moi, mon Dieu, aidez-moi I

li domestique, au fond, annonçant.

M. Maurice I (Henriette se lève, ra remettre ta chaîne à droite, au fond, et passe devant Maurice qu'elle salue, et sort d gauche.) Maurice , après avoir salué Henriette qu'it a regardée attentivement ; à part.

Je n’avais jamais vu celte jeune dame chez madame de Valpin. (Jt met son chapeau sur le canapé.)

acfcNn ra.

MAURICE, M** DE VALPIN.

M*® Di VAtTtr», fus o ru ce jeu de scène , m levant.

Vous regardiez ma nouvelle demoiselle de compagnie?

Oui, madame, ses manières distinguées m’ont frappé. Il n’y a pas longtemps qu’elle est chez vous?

«“• DR VALPIN.

Fort peu do temps en effet, j'en suis très-contente ; son caractère est simple, et malgré uno certaine exaltation dans lee idées, elle a le cœur plein do nobles sentiments. Jo la crois au-dessus delà condition modeste que la nécessite l’a sans doute obligée de prendre.

MAURICE

C'est aussi mon opinion, s’il m’est permis d’en avoir uno sur cette dame que j'ai a peine entrevue.

DK VALTI*.

Oh l vous, on le sait, vous ôtes porto h voir tout en beau dans l’humanité. Vous ôtes un philosophe, un réformateur, comme on dit dans le langage moderne, [/filant prendre deux lettres sur te guéridon et qu'elle lui remet.) Que direz vous pourtant do ces doux ériltres que mon aimable fils- m’a écrites ces jours derniers? Voyez!

mauricr, après avoir rapidement parcouru les deux lettres.

Votre fils était né aussi bon que les autres hommes; il a été mal dirigé. Ses passions, qui auraient tourne b l’avamagedc tous sous une main intelligente et ferme, sont devenues des vices dans la voie fausse où, par faiblesse, on les a laissé s’égarer. (Jt fui rend les lettres.)

m b# pr valpin.

Cest possible- mais comme il est trop tard pour modifier monsieur le comte de Landreuil, mon fils, je vous ai fait appeler, cher monsieur Maurice, pour vous dire que, fatiguée de ses deportements autant qu'indignée do lo voir aujourd'hui me demander encore des secours que je no pourrais lui accorder sans dépouiller les parents de mon second mari, feu monsieur de Valpin, mon intention ost de le déshériter.

Le déshériter !

MAURICE, M** PB VALPIN.

C'est mon déair formel, mon intention irrévocable.

MAURICE

La loi nouvelle ne se prêle pas à ces actes do violence, si communs, je lo sais, dans les anciens temps; elle croit au pardon, elle I* impose même.

M"* DR VALPIN.

Cest fort charitable de sa part; mais si jo ne déshérite pas mon Dis, il aura le droit après ma mort de s’emparer du peu do biens que j aurai sauvés de ses rapines, et ce» biens, jo vous le répète, proviennent du chef de monsieur do Valnin: ces débris d une grande fortune doivent aller h ses neveux.

MAURICR.

Pourquoi ne pas faire un partage qui concilierait h la fois vos devoirs eoven vos neveux et votre générosité pour votre fils?

M"* DE VALPIN.

Mais mon fils a déjà di>«ipé 1rs onze douzièmes de mes biens; voulez-vous qu»* jo le fasse encore participer au partage do cotte dernière et faible fraction ?

MAURICE

Il n’aura que cela après vous.

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