‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 46 sur 91 · HENRIETTE, MAURICE · texte numérisé non relu

HENRIETTE, MAURICE

Maurice, au fond.

A Frascati ! (/îetwanf près d'Henriette.) Le quatrième jour, madame, qu'arriva-t-il?

hbnrikttk, après un silence, fait un effort sur elle-mtme, tnais

s'arrête ; puis portant ses moins A sa figure comme pour cacher

sa honte , elle va pour sortir; Maurice l’arrête, et lui fait un

signe de supplication pour l'engager à continuer.

Mais tous voulez donc tout savoir?. . I.o quatrième jour, après un long évanouissement causé pas l'excès de la fatigue, du froid et de la faim, je m’éveillai dans uu appartement richement paré ; en outrant les yeux pour m’expliquer cette éblouissante illusion, je tombai dans un autre rêve ; des meubles d’ébène, des glaces, des tapis. J'appelai, des domestiques accoururent.

MAURICE

Poursuivez...

HENRIETTE

Monsieur, vous avez plus de courage que ma mémoire. El que voulez-vous que jo vous dise... On m’a dit que j’ctajs belle avec mon front brun et ma robe étincelaute , lorsque je l’étalais dans les loges de l'Opéra, lorsque mes yeux créoles jetaient leurs lueurs voilées sur mes admirateurs. Folle ! je me plaisais à dominer ces cris d’ivresse qui montaient à mes pieds comme un encens. Jo me plabaisàme précipiter dans une voiture de soie sur ce même pavé que j'avais réchauffé do mon corps.

MAC RICE

Après?

Henriette, pleurant.

Emma, ma fille, naquit à celte époque de ma vie. Fmma m’est restée comme un témoin outrageant du passe. Bientôt celui qui m'avait prise, celui qui m’avait volée au desespoir et à la faim, m'abandonna, revint, m'abandonna encore, me fit enfin passer par toutes les crises familières ii la vio des joueurs. maurick, spontanément.

Un joueur I

HENRIETTE

Le jour oii cet homme m'a vue h Frascati , j’y étais allée pour demander au père de ma fille l’argent qui devait nous faire vivre encore quelques semaines.

Maurice, avec force.

C’était un joueur!... Regardez-moi !... répondez-moi ' . . Avezvous revu votre... ce père de votre fille pendant le pim de temps que vous avez été dans la maison de madame do Valpin ? Répondez !

HENRIETTE

Une seulo fois... |

MAURICE

Eh bien, madame, c'est lui qui a volé...

HENRIETtE.

Taisez-vous !

Maurice.

Je saurai...

nFNRnrrrt.

Vous ne saurez rien I

MAimrci.

Cet homme avait raison... il est un endroit où l’on sait tout..* Mais achevez...

MRNRIKTTE.

Mais vous savez lo reste... Après trois mois d'abandon , de misères inouïes, j’entrai comme dame do compagnie chez madame do Valpin; vous savez l’accidMt mystérieux, terrible qui m’eu a fait sortir... Et maintenant repentez-vous de m’avoir défenduo et sauvée.

MAURICE

Moi, me repentir ! mais vous n'aviez pas seize ans ; mais vos fautes sont au monde. Réprobation au monde qui demande la vertu ii la faim... Vos malheurs sont un mauvais râvo; n'y croyez pas , jo n’y crois pas moi ! {Il lui prend la main.) Vous avez dfi bien souffrir?

HENRIETTE

Oh 1 oui.

Bien pleurer?

MAURICE

HENRIETTE

Surtout *ÿiand j'étais heureuse.

Voyez ! rien qu’à vous entendre...

HENRIETTE

C’est que vouj avez lo cœur bon, excellent

MAURICE

C’est que votre âme n’était pas déchue; elle était encore donsles climats que vous avez quittés et dont vous m’enchantiez tout à l’heure. L’âme no se vend pas, elle se donne; vous n’avez pas aimé. Si vous vous rappelez ma défense dans votre cause, si vous avez regardé mon visage quand je vous ai dit : Acquittée! Tenez! madame... quand votre innocenco a été proclamée, quand je vous tenais par la main pour vous faire traverser la salle du tribunal, j'ai aperçu un de mes jeunes confrères, un jeune homme don» lo cœur était sur les lèvres, et dont les lèvres murmuraient : Qu’ulle est louchante, qu’elle est béllo ! Je l’aime ; oh ! jo l'aime!

HENRIETTE

Oh ! qu’il cache bien celle passion, qu’il l'étouffe sous le respect qu’il so doit.

MAURICE

S’il est trop tard.

HENRIETTE

Mieux lui vaudrait mourir alors. Il ne sait donc pas que l’amour a le droit de demander compte du passé à une femme ?

MAURICE

Vous lui direz, comme à moi, tout ce passé.

HENRIETTE

Ah ! la minuto donnée à un autre revient toujours h la mémoire de celui à qui on Ta dérobée... Malheur à la femmo qui s'est oubliée, malheur à l’homme qui se souvient !

Oui , malheur à l'homme qui se souvient, lorsqu’il fait de la ronfidencu d'autrefois l'outrage d'aujourd'hui, et qui torture pour une faute qu'on lui a apprise dans une révélation qu’on nu lui devait pas.

HRNRIXTTE.

Que d'hommes n’oublient jamais!

MAURICE

Ceux-là n’étaient pas dignes de leur sort. Demande-t-on sans cesse k la statue qu’on admire, combien do coups de foudre l’ont frappée quand elle n’était qu'un vil rocher? Henriette, votre • beauté, vos souffrances, vos malheurs, votre jeunesse, m’ont inspiré pour vous le plus vif attachement.

HENRIETTE

Qu’osez- vous dire?

MAURICE

Dites-vous mémo un seul mot... jo puis être... je serai libre... je pub rompre sans déshonneur...

HENRIETTE

Mais que prétendez-vous donc taire ?

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