MARCELLE
Bonjour, chère amie...
Bonjour, Monsieur.
MAflCELI T. riint.
Je vous dérange... (A Fernand.) Esl-co que tu faisais ln cour à ma femme?
* FERNAND
Je ne suis pas un libertin, un débauché, un Héliogabalc.
MAnCfcLLY.
Qu’est-ce que tu me chantes?
FERRAND
Rien... rieo... (A part.) Oh! il me le paiera. (Il sort.)
MAHCKU.T, à part.
Elle m’appelle monsieur... il m'appelle lléliognbale ! ... Qu’cst-ce qu’il y a encore?... (Haut.) 11 n'est venu personne?..
CAMILLE, récftfmfflt.
Je ne sais pas.
marcei.lv, à part.
Il est venu quelqu'un... [Haut.) Ma chérie, j'ai fait monte: ton châle dans ta chambre.
CAMILLE
Ah ! [Elle reprend son sérieux.)
MARCELLT,
Et puisse t’ai apporté des Heurs...
MIDI A QUATORZE HEURES
CAMILLE
Des fleure P
MAdciuri
Oui, des violettes.»
CAMILLE
Des violettes de Parme ?
MARCET.LT.
Tout ce qu'il y a de plus Panne. [Il I* lu* présente.)
Camille, le regardant dans le* yeux.
Angèle sort tl ici...
MWiCVXir, troublé sans jaroir pourquoi.
Ahl... comment se porte-t-elle? (A port*) Je savais bien qu il était venu quelqu’un...
CAMILLE
Elle avait un bouquet tout pareil à celui-ci.
MARCELLT.
Ahl elle avait... Eh bien?...
CAMILLE
Vous avez donné sans doute un bouquet à madame de Périeux, et vous m'en donnez un autre pour calmer votre conscience...
MARCtU.T, à vart.
Oh ! décidément, je n*ai pas de chance...
Tu risî... J’ai deviné, n’est-ce pas?
MARCELLT.
Mais pas du tout., je n'ai pas donné de fleurs & Àng... A madame de Féricux..- Pourquoi lui donnerais-je des fleure... Elle ne m’en donne pas...
CAMILLE
Comment se fait-il donc qu’elle ait justement un bouquet tout pareil au mien?
MARCELLT.
Comment cela se fait? Est-ce que je sais, moi? J’ai acheté des violettes, elle a acheté des violettes... nous avons acheté tous deux des... Est-ce que je peux l’empôcher d’acheter des violettes ?
CAMILLE
Ah ! vous m’impatientez.
MARCELLT.
C’est toujours A recommencer... Tuas encore de vilaines idées ; comme ce matin, au sujet des Italiens.
CAMILLE
Ab! oui...
MARCELLT.
Eh bien, gros Mta, tu vas voir que rien no me coûte pour te rassurer... Ainsi, j’avais envie d’aller aux Italiens, j’en mourais d’envie...
CAMILLE
Et...
■ARCtLLY.
El cependant j’y ai renoncé.
CAMILLE
Ah!
MARCELLT.
Je n’ai pas loué de loge.
CAMILLE, éctotonZ.
Ahl c’est tout simple! je ne dois pas aller au théâtre puisque madame de Fé rieux n’y va pas.
MARCELLT.
Comment, elle n’y va pas?
CAMILLE
Madame de Féricux sera chez elle ce soir, et vous, Monsieur, tous sortirez sans doute pour quelque importante aflaire, quelque référé...
MARCELLT.
Mais pas du tout... pas du tout... Je ne sors pns... je reste
avec toi. , ,
Camille, étonnée.
Ah!...
MARCELLT.
Toute la soirée... ,
Camille, honteuse.
Vraiment?
Nous allons dîner ensemble en tète A tête, et après le dîner, tu me joueras du piano pendant que je lirai le journal., lu me mettras la Presse ca musique.
CAMILLE
Tu ne me quitteras pas?
■AflCELLY.
Non, je ne te quitterai pas avant demain matin.
EAMILLE.
Embrasso-roui-
MARCELLT.
A la bonne heure 1... (Vembi oAsanf.) Diable de petit ange, va. Camille.
Mais je ne demande pas mieux que de croire A ta fidélité, A ton amour.
MARCELLT.
Je le vois bien.— Enfin, c’est fini; nous allons passer une soirée charmante.
BCCXE XIII.
les Mines, GERMAIN et ANGÈLE.
angèle, en dehors.
C'est bon... c’eetbon...
camille, se levant tout à coup.
Monsieur!... c’est Angèle 1 ....
MARCELLT, embarrassé.
Oui... je crois que...
GERMAI», annonçant.
Madame de...
ancèle, entrant.
Mais c’est inutile.
««RM air, à part.
Ah ben, si on ne peut plus faire son outrage ici, ça n’est pas drôle. (71 «ort.)
ANGÊi.E, gaiment d JI0trcelly.
On vous trouve enfin... je ne vous lâche plus... et pour que nous ayons tout le temps de parler chicane, je m invite A dîner... (à Camille.) VeuX-lu?
ner... (à Camille.) VeuX-lu?
CAMILLE
Comment donc?
marcillv, d part.
Ale...
camille, d part.
Voilà pourquoi il voulait rester.
• angèle, dtant son chapeau.
Je vous donne ma soirée, tant pis pour vous.;.’
MARCELLT, JOU<M»l l’aplomb.
C’est... une charmante surprise.
CAMILLE, bat.
Une surprise? vraiment?
MARCELLT.
Sans doute!
ANGÈLE
A propos, vous ne sortez pas?
MARCELLT.
Mais...
Camille, avec intention.
Non, non.... nous iw sortons pas.... mon mari m’a sacrifié aussi toute sa soirée.
MARCELLT.
Mais, ma chère, ce n’est pas un sacriflcc... au contraire. Camille, regardant Angèle.
Je vous crois.
MARCELLT, à part.
Eh bien, ça va être gai pour moi... (Angèle a tiré un ouvrage de tapisserie d un petit oofjrtl.)
• CAMILLE
Tu as changé ta coifture?
angele, rionZ.
Oui... pour plaire à ton mari.
marcellt, de plus en plut embarrassé, à vart.
Ses plaisanteries tombent bien... (Haut.) Madame ., croyez que ce n’élail pas... assurément, si je devais... si je pouvais... mais quand on a... comme moi, une...
aeicèlk, riant.
C’est parfaitement clair... (A Camille.) Mes laines sont détestables... oü donc achètes-tu les tiennes?
CAMILLE
Au Père de famille, rue Dauphine.
ANGÈLE
U y a toujours beaucoup de monde, je crois, il faut attendre...
Camille, appuyant en regardant son mari.
Ohl... en y allant à cinq heures on n’attend pas...
ANGÈLE
Je profiterai du conseil dès demain.
CAMILLE, à port.
C’est un rendez-vous ! quelle effronterie I marcellt, à part.
Si j’ai le malheur d’être dehors demain à cinq heures, je suis un homme perdu.
Camille, a son mars.
A quoi pftaaex-vous donc?
MIDI A QUATORZE HEURES
■Micetir.
Je... je ne sais pas.
Je le sais moi.
marcelly, à part.
C'est une impasse, ma parole d'honneur. (// remonte la scène et se heurte contre le guéridon qui oc upe le milieu de la scene. Il répété.) C'est une impasse.
ANsèr I s regardant.
Décidément, j'ai un remords.
CAMILLE
Un remords?
ueiu.
U me semble que je suis de trop.
CAMILLE
Par exemple.
ANGÈLE
Vous vous étiez peut-être promis de passer cette soirée tous «es deux «Mils, ol une amie qui tombe au beau milieu d’un tête à télé, c’est quelquefois agréable comme une averse dans une partie de campagno.
CAMILLE
Quel enfantillage I
• MAncti.LV, d part.
Oh ! une idée ! {Haut.) Mon Dieu, madame, vous n'étes pas do trop, et tenez, pour vous le prouver (il embrase- Camille) voilà... (A part.) C'est do mauvais goût, mais ma foi! la paix à tout prix... (Eml&assant de nouveau sa femme.) Vous voyez que vous ne nous gênez pas.
arg & i . r , cassant ta laine.
Celle laine est atroce !
CAMILLE
Tu es peut-être trop vive...
makcelly, d part.
Camille se calme! {Haut.) Croyez-moi, madame, remariezvous bien vite... c’est si bon d'être deux, quand on s'aime comme nous. (Il presse Camille contre . son cœur.)
Camille, bas.
Est-ce que vous voulez la rendre jalouse?
MAnr.ELLY, d part.
Ab! quand je vous dis que c'est une impasse... changeons la conversation... (Haut.) Camille, tu n’as pas montré ton cachemire à ton amie ?
ANGBLB.
Mais non, est-il joli?
Trts-joli ! Vous allez le voir.
ANGÈLE
J’en meurs d’envie.
marcfllt, oafment.
Nous allons parler toilettes. chiffons... (Sport.) J’ai en une excellente niée... («oui .) Va chercher ton cache.. .mire... fjVou- Wr «“P P° r *' rigard de Camille.) Ah I flclltro, je crois que j ai fait une bêtise.
CAMILLE, arec intention.
Mon cachemire est dans ma chambre, n’est-ce pus? mabcblly, à part.
J'ai deviné! (Haut.) Oui, mais ne te dérange pas, je vais te cncrcbcr. •
CAMILLE
Vous savez bien que je ne le souffrirai pas.
MARCELLY.
Pourquoi?... Ah !... Je vais appeler Germain, (fl sonne.)
Asicfei.K, riant.
Ah ! mon Dieu ! mais celte chambre est donc au bout du inonde...
CAMILLE
Mais non, et je ne sais pourquoi monsieur fait tant de bruiU.. germain, entrant.
Monsieur a sonné?
CAMILLE
Non.
CRI1MAIX.
Alors, donc c’est madamo?
CAMILLE
On n’a pas besoin de vous.
germain, à part.
Ça m’étonnait aussi .. oli! ça ne peut pas aller comme ça... fil sort. — Camille se dirige vers la gauche.)
MAKCELLY.
lu tiens donc?
CAMILLE, 6a.t.
Monsieur, je serai le plus longtemps possible..? (Elle entre d gaucln .)
MCFIVK ÜIV.
MARCBLLY, ANGÈLE assise, puis CAMILLE.
HAiiCELLY, à part.
C’est à so manger les poings jusqu’au coude... (Angèle fait un mouvement.) Pourvu du moins qu’elle ne quitte pas sa place.
; [En ce moment, Angele laisse tomberons pelote de laine qui roule jusnuau milieu du théâtre.— A part.) Allons, bon, bête de lair.c, va! (Il fait un pas pour la ramasser, puis regarde avec inquiétude
du eâté de la chambre de Camille et s'arrête. Angèle te lève et vient ramasser le peloton de laine.)
AXGÈI K, souriant.
Merci !
MARCELLT.
| Pardon, je...
ancèlr, debout et continuant.
Monsieur Marcelly... trouvez-vous ces Ocure-là de bon goût? (Elle s'approche un peu.)
MARCELLY, s'éloignant en regardant derrière lui.
I Oui... oui... d’un goût exquis. (A part.) Va t-en donc à ta place.
anc île, faisant un pas vers lui,.
J'ai envie de défaire ce fond là.
marcelly, même jeu.
Ah! vous auriez tort.
angêi.b, qui est arrivée fris du piano .
Tiens, Camille a la partition de la Daine de Piquo.
MARCELLY.
! Oui.
ANofcLt, feuilletant la partition.
I Ce n’est pis arrangé pour le piano.
MARCELLY.
Non. (Il passe de l'autre câtè.)
ANGÈLE
Mais si...
MARCELLY.
Ali!
angèle, revenant avec la partition.
Tenez, voyez plutôt...
marcelly, virement.
Ali! oui... oui... oui... je confondais avec une autre... (Il va gagner encore le côté opposé, mais voyant qu Angèle le suit il revient sur ses pas et va a la cheminée; — Angèle retourne seule au piano.)
MARCELLY.
Ouf!... ( Pendant ce chassez croisé. Angèle a laissé tomber son bouquet de violettes; — il se trouve aux pieds de Marcelly.)
MARCELLY.
C’est Camille, enfin ! (Dans «on trouble il se chauffe à la cheminée où il n’y a pas de feu , — Angel* debout au piano déchiffre d’une main un passage de la partition. Camille, parait et /,•* o^serve un instant : elle tient y un mouchoir d la main et, avant de descendre, elle essuie furtivement une larme. ) Voilà le grand in. quisiteur!
angèle, cAon/onnanf.
La... la... la,., cet air est ravissant.
Camille, ironiquement.
N'est -ce pus? (Elle ca d Marcelly "ti se chauffe toujours obstinément.) Mon ami! si vous avcsfroiu, on fera du leu...
MARCELLY, lr Oubli.
Hein, non... il y en a assez... {S'a/jcretixml qu’il n’y en a nas — A part.) Allons! bon I je ne sais plus ce que je fais. 7 Camille, fctiA <u*c ironie.
tous vous êtes trop éloignés l’un de l’autre, cc n’est adroit. ‘ P* 13
* marcelly, se confinant.
Comment?... tu crois.,.
Camille, fut montrant le bouquet qui est d ses pieds Et ce bouquet à vos pieds.
, . MARCELLY.
Un bouquet !
Camille, bas.
On vous l’a rendu sans doute pour vous punir d’avoir dit nue vous ni aimiez. 11 l ue
marcelly, éclatant.
Ah . cesl trop fort à la fin! (Angèle qui pianollait t oui ours *# retourne e'onnee) J
Je n'y tiens plus, j’éclate I
Que signifie?
Cela signifie !
Monsieur 1...
ANGÈLE, descendant.
MARCELLT, Criant.
CAMILLE, bas.
1111)1 A QlMTOKZE U Elit FS.
marcillt, criant de plus m plue.
Tant pis, madame, in feu eciaux poudres 1 ancêls.
Mais qu’y a-t-il donc?
MAMCSU.T, de même.
Il y a, madame, que je tous fais la cour, que je vous aime... cl que vous m'adorez... que tout à l'heure... j’étais à vos pieds ou que vous étiez aux miens, je ne sais plus au juste... il y a que vous trompez votre amie pour moi, et que moi, je irunipe ma femme pour vous... et je n’en veux pour preuve que la Daiue de pique, les Italiens, te Père de famille et la violette de Parme.
ANciut.
Comment? Camille, il se pourrait?
CAMILLE
ün tel scandale 1 ah l c’est atlrcuxl