LE H\JOH
Je n’oserais pas vous démentir.
DUMOULTV.
C'est l’ami intimo de monsieur le comte de Landreuil, autre chevalier d’industrie sur lequel j’ai des noies que je conserve.
Vous connaissez monsieur le comte de Landreuil ?
DUMOULIN
Beaucoup... beaucoup trop pour lui.
le livre mn.
Ah!
LR MAJOR.
DUMOULIN
J’ai aussi l'honneur de vous connaître.
LE MAJOR
L’honneur est partagé... Ah! tous connaissez lo baron de Krapack.
DUMOULIN
Voua êtes le baron de Krapack, no major Martingale.
LE MAJOR
Vous dites?
DUMOULIN
Major Martingale...
LR MAJOR.
Je ne chercherai pas h le nier.
DUMOULIN
Pourquoi tous présenter devant moi arec ces faux favoris et ces déguisements?
LE MAJOR
Voici pourquoi. Aujourd’hui je ne dois rien h la police, nos comptes sont à jour... Toici pour le présent, mais vous comprenez, monsieur, qu’il faut que je me crée un avenir? Si j'étais parvenu à tromper votre ceil si fin et si pénétrant, je n’aurais plus eu rion h redouter avec raison du regard des gens que vous semez sur toutes les routes de France, et en outre sous un autre nom que lo mien, j’aurais obtenu id sans difficulté des passeports...
DUMOULIN
Dans quel but ces passe-poris?
LR MAJOR.
Dans le but de voyager.
DUMOULIN
En Provence?
LR MAJOR.
Non, pas encore... plus tard, je ne dis pas. Pour le moment, je compte aller prendre les eaux de Bade.
DUMOULIN
Cest la seule chose que vous ne prendriez pas à Bade. Major î
LR MAJOR.
Plaît-il?
DUMOUUM.
Ne partes pas pour les eau.
LR MAJOR.
Mais ma santé?
DUMOULIN
Je vous en prio... je vous l'ordonne.
LS MAJOR
Je cède i cette dernière prière.
DUMOULIN
Vous alloz renoncer, entendez-vous? aux filouteries subalternes, aux petites iuUrigues de poche... Avez-vous travaillé dans la politique?
LS MAJOR
Jamais.
DUMOULIN
Vous y réussiriez.
LR MAJOR.
J’ai trop de franchise.
DUMOULIN
Avez-vous l'oreille fine?
LR MAJOR.
J'entends mémo ce qu'on ne me dit pas.
DUMOULIN
A merveille I Je vais vous employer dans la politique étrangère.
LS MAJOR
Légions étrangères... politique étrangère... je nVn sortirai donc pas? Ah ! jo devine ce que vous voulez faire do moi... parlons le cœur sur la main... vous voulez faire de moi... un mouchard...
dumoulin.
Un espion politique.
LR MAJOR.
Ah! charmant!... Eh bien je refuse... non, parole d’honneur... ▼oyez-vous... ma conscience...
DUMOULIN
Votre conscience aura mille francs par mois.
LR MAJOR.
Il faut bien faire quelque chose pour son pays... vous ailes me compter un trimestre d’avance.
DUMOULIN
Venez, mais vous no jouerez plus...
LR MAJOR.
Alors, vous me donnerez un semestre^.
DUMOULIN
J'ai dit un trimestre...
Un semestre...
LR MAJOR.
DUMOULIN
Mais vous ne jouerez plus... sinon, gare la justice...
LR MAJOR.
Foi de Martingale! Maintenant que j’ai l’honnenr d’être dans la politique étrangère...
dumoulin. (Il tonne. — Ah commis qui paraît.)
Je no donnerai plus d’audience aujourd’hui. Si monsieur Maurice se présentait, vous lui diriez que je ne puis le recevoir que demain. [Au major.) Venez, monsieur Danglemire.
LR major, au commit, lui prenant la main.
Nous en sommes ! [lit sortent.)
a crans vu.
LE COMMIS
Encore un qui vient d'ôtre enrôlé dans la grande milice... Peul on so rendre aiosi pour do l'or?... Mon provincial ne peut tarder... lo moment est favorable... C'est lui.
B C Zi II A* VZXX.
LE COMMIS. POINCELET, un tac d'écus qu'il porte tout ton habit.
P0INCEL1T.
Donnant, donnant... Montrez moi le livre noir.
LR COMMIS.
Un peu plus de mystère, monsieur Poincelet. (fl va vert Tar- - moire , qu’il outre, et en prend un grand livre noir qu'il remet à Poincelet, qui , de ton côté, lui donne le tac d’argent, qu’il pote sur le bureau, puis après dans un tiroir. Revenant à Poincelet.) Vous savez nos couditions ? je dois être près de vous...
POINCRLET.
Soit I (// parcourt le livre.)
lr commis, avec inquiétude.
Ne vous arrêtez pas... cherchez ce qui vous est personnel.
POINCRLET.
C’est aussi ce que je fais...
lr commis, monfrarU C endroit où Poincelet est arrêté.
Les hommes et les choses de l’epoque que vous parcourez n’existent plus.
POINCELET, lisant.
• Aygue-Mare, baron du sainl-Empire, chef d’une société de vieuz émigrés. »
LR COMMIS.
Cette société a cessé d’exister à la restauration.
POINCELET, lisant.
» Ils passent leurs soirées, depuis 1802, à imaginer deB machines infernales. Us soûl vingt-huit, sur lesquels il faut déduire | qualorze affiliés do la police, qui s’y sont introduits ; ces gons-lè ne valent nas les frais de suspicion qu’ils coûtent. » A charge à la police! Mais c’en très amusant. Ce livre n’est pas si diable qu’il est noir. (CWtiuujnf de lire.) « Burgh, étranger qui imiie parfaitement la voix et l'altitude de Napoléon ; il se dit échappé de Sainto-Hélène, et organise une réaction dans lo quartier des étudiants. 11 touche ses fonds de la police; mais comme en qualité d’étranger cet homme est suspect, on le fait surveiller par un faut dauphin, qu’il surveille lui-même À son tour. Les doux prétendants s'espionnent » (Parlant.) Ce livre est décidément trèsintéressant.
lr commis, toujours arec inquiétude.
Arrivez vite à ce qui concerne votre femme.
poincelet, posant le livre sur le bureau et feuilletant.
C’est mon uniaue désir... M’y voici!... Je vois des noms de femmes qui semblent annoncer... (Zisonf.) • Camille, b seize ans enlevée, à dix-huit ans marquise, è vingt ans... morte à Bicètre.
LR COMMIS.
Passons.
POINCRLBT.
Passons vite. (£isanf.) «Caliste, vendue par sa mère b un Vnglais, échangée ensuite contre un cheval arabe : aujourd’hui dame do soirée à Frascati. Baronne...»
LR COMMIS.
Vous ne trouvez pas... voyons... votre femme s'appelle?
POINCELET.
Josépha.
lr commis, fournatif plusieurs feuillets.
HENRIETTE
Je ne sais pas, mon ami...
Ah! tous en doutez? mais qui pourrait l'être davanlago ?... le supposer est un blasphème. [Il prend la main d'Henriette.) Plus heureux que moi ! •— Qu’est-ce doue?
HENRIETTE
Votre bourse.
Maurice, prenant la bonne.
Vide ! J'y avais mis vingt louis tantôt en partant pour la céré* monte. AU!... je comprends... les pauvres, n’ost-ce pas?
UENRIHITE.
Vous voyez bien , mon ami , que jo suis plus heureuse que vous.
MAURICE
Vous avez raison... je ne suis quolo bonheur; vous ôtes le bonheur et lo bienfait, Henriette.
HENRIETTE
Mon ami, cos invités vont venir.
MAURICB.
Tout est prêt pour bien les recevoir. Notre soiréo sera simple.
iienrieite, passant à droite.
Elle sera charmante. [Elle s'assied sur le canapé.) m iurice, debout près delle.
Nos amis seront indulgents; un jeune ménage n’a pas encore une très-grande expérience.
HENRIETTE
Mon piano est excellent.
Vous jouerez, mais qui chantera T
HENRIETTE
Moi, mon ami.
MAURICE
Vous!... j'ignorais... vous no m'avez pas dit quo vous saviez chanter.
Henriette.
N'allez pas croire que jo suis une Malibran ou une Grisi 1
MAURICE
Heureusement! vous auriez trop d’admirateurs. C'est embarrassant pour un mari.
HENRIETTE
Jaloux ! voyons, voulez-vous que ce soir je chante faux ?
MAURICE
Oh! non... devant cent peisounes.
Henriette, sc levant et passant à gauche.
Vous avez invité cent personnes?
MAURICB.
Nos salons peuvent en contenir lo double.
HENRIETTE
Jo tremble maintenant de me trouver devant tout ce monde... je me scus gauche d’avance. Vous ne me quitterez pas, mon ami, vous répondrez souvent pour moi... vous me le promettez?... Si vous mo voyez embarrassée, venez vite a mon ■ecoursl...
Adorable et bonnol... Pourqooi n’avez-vous pas quelques dé* fonts?...
le domestique, annonçant.
Monsieur Poincelet !