‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableauxChapitre 5 sur 67 · LB DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

LB DOMESTIQUE

Votre chapeau?

porcelet.

Je n’en ai pas.

LB MAJOR

C’est monsieur Poincelet , mon bourguignon ? comme il est effaré.

LE DOMESTIQCB.

Votro chapeau, vous dis-je! on n’entre pas ici sans laisser son chapeau.

PORCELET

Lorsqu’on en a un , mais puisque je n’en ai point... demandez-moi autre chose, mon habit, ma cravate, mon...

le major, au domestique.

Jo réponds do monsieur, laissez entrer.

LE DÜKESTlQUp.

Passez alors.

PORCEtBT.

Ah! monsieur lo Major, mon désordre vous explique tout... je l’ai vu.

le major.

Vous l’avez vu ?

PORCELET

Comme je vous vois.

LR MAJOR.

Mais qui ?

PORCELET

L’homme que jo poursuis.

LE MAJOR

Vous poursuivez un homme?

porcelet.

J’en ai poursuivi déjà deux; lui, c’est le troisième*

LE MAJOR

Qui, lui?

PORCELET

L’amant de Josépha.

LB MAJOR

Josépha?

PORCELET

C’est lo nom do ma femme.

LE MAJOR

Une intrigue?

PORCELET

Criminelle. Ohî mais cette fois, ce ne sera pas comme à Dijon. Jo lo liens, il est ici*

lb major.

Vous n'en ôtes donc pas à votre promier malheur en ce genre?

porcelet.

J’en al eu trois déjà ; lo premier à Dijon, ma ville natale... oui, je le tiens, je saurai...

A Dijon, disiez-vous?

PORCELET

Figurez-vous quo lo médecin do la ville, un jeune homme fort distingué du reste , m’enlève Josépha et l’ommèno à Mâcon. Ma vengeance les suit de près. J’arrive à Mâcon, c’était un dimanche, je trouvo Josephs h la promenade au bras de son amant.

LB MAJOR

Le médecin?

PORCELET

Du tout l ce n’était plus le médecin, mais un officier dugénio d’une tournure parfaite. J’agis cette fois avec prudence. Je me contiens, jo mo cache, je les poursuis dans l’ombre afin do les surprendra sans qu'ils puissent nier le fait; ils entrent dans un hôtel, je cours aussitôt chercher mes témoins, je reviens... ils s’étalent déjà envolés. Oh! mais cette fois, ce ne sera pas comme à Dijon ni commo à Mâcon... J’apprends au bout de quelques jours de vaines recherches quo Josépha et son amant sont à Paris. J’y cours. Je me présente chez mon député, M. do Champviilicrs, ancien juge au tribunal, logé dans la Cité; il m’invite à déjeuner, je n’accepte pas, jo sors do chez lui et jo commence à errer dans Paris. J'errais depuis un grand mois dans la capitale des beaux-arts et do la civilisation sans avoir rencontré mes fugitifs, lorsque hier, en sortant de l’Opéra, je crois voir s’élancer dans uno voiture une jambe et uno bottine de ma connaissance. J'approche... la voiture part commo un éclair... c’était Josépha... ello n’était pû9 seule.

LB MAJOR

Ello était avec l’officier du génie ?

POINCELET.

Du tout, co n’était plus l’officier, ello était avec l’clégant jenne homme que je viens devoir passer devant lo café où j’aehovais de savourer ma demi-tasse... jo nn mo suis pas mfimo donné lo temps de prendre mon chapeau... j'ai bondi, j’ai couru... mais comme je no m’étais pas donné non plus le temps de payer ma

demi-tasse... le garçon, l’impitoyable garçon m’a poursuivi in’a } retenu cinq minutes dans la rue, retard fatal qui ne m’a pas permis de m’attacher aux pas de mon onnemi... oh! mais..

LE MAJOR

Poiut d’emportement, monsieur Poncelet, pas de duel.

PONCELET

Un duel!... fi!... c’cst bon pour les braves!... j'ai d’antro armes...

L'assassinat î

POINCELET.

Oh! non, j’ai dos armes plus puissantes, les armes do la justice, une balance.

LB MAJOR

Un procès en adultère?

POINCELET.

Voilà mon rôvo ; mais que la réalisation en est difficile avec une femme comme la mienne!

LB MAJOR

Vous l’aimez encore peut-être?

Moi ?... jo no l’ai jamais aimée. Je l'épousai, quoique jeune et jolie, parce qu’elle possédait dix mille francs et quo j’étais loin de les avoir. Mais un an après mou oncle mourut et me laissa deux cent mille francs. Ce fut mon tour à être riche. Ma femiuo ; prit alors sa revanche. Elle se mil à dépenser quinze mille francs par an pour sa toilette, sous prétexte qu’elle en avait apporté | dix mille dans le ménage. Jugez si en allant do ce pas, unhoimuo j doit être vite ruiné. Jo me plaignis, on no m’écouta pas... jo | parlai de me séparer, on me dit que pour obtenir la séparation en justice, il (allait avoir quelque grave sujet de plainte, comme si jo n’en avais pas eu! Jo souffrais horriblement. Enfin Dieu eut pitié do moi, ma femme sc conduisit mal. Josépha eut uu amant.

LR MAJOR.

Le médecin ?

POINCELET.

Lo médecin d’abord, puis l’officier du génie... enfin elle a pour amant aujourd’hui je ne sais quelle profession... vous comprenez qu’un procès on adultère mo sauve. On nous séparera... je serai condamné à faire une pension alimentaire à Josépha, et ma fortune est assurée pour toujours.

LB MAJOR

Faites-le donc ce procès.

POINCELET.

Je tous lo répète, voilà le difficile... la loi veut des preuves do l’adultère, et les preuves que vous savez. Or Josépha est si mobile, si légère, si insaisissable que lorsque je suis sur lo n uni de la surprendre dans les conditions que la loi exige... crac ! elle a déjà un autre amant. Jo pars pour voir un dénouement et je : n’arrive jamais qu’à un premier chapitro... jo crois cependant : que cetto fois je louche à mon flagrant délit. Mon jeune honmio est ici... je le découvrirai... je m'attacherai à lui, et, selon toutes les probabilités, il ira chez Josépha en sortant. Il y a beaucoup de commissaires do police dans cette honorabio maison ; j’en ai retenu deux pour mon compte. Ils m’accompagneront... et, au petit jour, descente, procès-vorbal, arrestation, enfin, procès en adultère.

LE MAJOR

Savez-vous le nom du jeune homme imprudent que vous venez chercher ici ?

POINCELET.

Non; mais j'ai ses traits là... Je le trouverai, soyez-on sûr... Un beau jeune homme, bien fait, élégant, plus jeune que lo médecin do Dijon, et infiniment supérieur, sous tous les rapports, h lufiicier du génie do Mâcon. Oh ! Josépha a du goût; il no faut pas que la colère m’aveugle au point de no pas en convenir. j

LE MAJOR

En attendant, voulez-vous quo nous allions concerter et | mettre à exécution lo fameux coup que m’enseigna en Gièce lor J ; Byron, mon ami, mon compagnon d’armes, ce coup qui vous a déjà (ait gagner douze cents francs, ot qui doit yous en foire gagner ce soir six mille d’embléo?

POINCELET.

Si jo lo veux? mais de toute mon Amo! Sijo suis ici, moi qui par goût et par habitude me suis toujours tenu éloigne des maisons comme celle où nous sommes, c’est que i’ai voulu voir si lo , vieux proverbe : « Malheureux en femmes, heureux au jeu, » était vrai ou non.

LE MAJOR

Il sera vrai pour vous.

POINCELET.

Allons, monsieur lo Major; mais que je mo souvienne bien du

rôle quo j‘ai à jouer dans cette partie, à laquelle, jo lo confesse, jo ne comprends rien, si co n'est quo vous la gagnez toujours.

Cela no vous sufllt-il pas ?

POINCELET.

Sans doute; nous disons donc, répétez-le-moi, jo vous prie, car ma tète est un peu troublée... Vous serez assis près du banuicr aumoment ou il se disposera à faire tourner le cylindre 0 la roulette?

LB MAJOR

Très-bien ; et vous, monsieur Poincelet, vous serez placé visà-vis du banquier. Vous mo regarderez fixement, comme hier. poincelet, faisant un jeu de physionomie.

Ainsi, n'csl-ce pas ?

LB MAJOR

Non! c’est trop d’affectation. Vous pensez toujours à votre femme. C’est beaucoup mieux de cetto manière : si je fermn ■ l’œil droit, vous mettrez votre or sur la rouge et vous goi gnerez.

POINCELET.

Si, au contraire, vous fermez l’œil gauche, jo mettrai sur la noire, et jo gagnerai pareillement.

LE MAJOR

A merveille!

POINCELET.

Dans les deux cas, jo dois gagner ; seulement, il faut que je remarque avec la plus grande attention quel est l’œil que vous fermez.

LE MAJOR

Six mille francs valent bien cotte peine. Venez, maintenant.

Josépha, je saurai le nom de vo;;e troisième séducteur, et si je vous surprends ensemble...

LP. MAJOR

Venez, la fortune vous traitera mieux que les amours. ( Ils entrent dans le salon.)

S CS NC vi.

HENRIETTE, les Domestiques.

Henriette, à fa porte de l'antichambre.

Dois-je aller plus loin? Je n’ose pas.

le domestique, allant au-devant d’elle.

Entrez, madame, ne craignez rien.

HENRIETTE

Où suis-je, mon Dieu?

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