‹ Le livre (volume 2)Chapitre 2 sur 107 · PORTRAIT DE PIERRE CORNEILLE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE PIERRE CORNEILLE

~ * Faits nationaux qui ont figuré au Tro-

ition de 1 878 mentionne, sous les n" 263 ; de Pierre Corneille. Le premier est :s Le Brun et qui appartient au comte attribué à Philippe de Champaigne, de Rouen. C'est celui que nous avons lais encore été reproduit, croyons-nous.

: Brun représente Corneille en buste de trois quarts à droite, tête nue, longue perruque, costume noir et petit col blanc. La toile mesure o*",6o de hauteur sur o",5o de largeur.

Le portrait de Philippe de Champaigne est à peu près des mêmes dimensions [o^iÔô de haut sur o"",5o de large) et Corneille, en perruque et rabat, est représenté aussi en buste et de trois quarts, la tête tournée vers l'épaule droite.

Ces deux portraits sont absolument différents, et cependant incontestables, tous deux. Si, dans le premier tableau, Corneille est plus jeune et peut-être déjà un peu idéalisé, dans le second les traits plus accentués

a LE LIVRE

d^une façon toute particulière même, offrent des accents caractéristiques indiscutables, a Cest bien là une véritable figure rouennaise », avonsnous entendu dire un jour par un visiteur du musée de Rouen et cette remarque, pour être triviale, n^en était pas moins absolument juste.

Or il est à remarquer que, de préférence à tous les portraits de Corneille connus, c'est celui de Le Brun qui a été adopté et reproduit le plus grand nombre de fois par les artistes de talent aussi bien que par les graveurs les plus médiocres.

Après avoir mis hors de pair les portraits gravés de Ficquet et de Thomassin, deux chefs-d'œuvre, et celui de Michel Lasne (1644) — « le plus rare et le moins connu », dit M. Emile Picot dans la préface de sa Biographie cornélienne — et qui tous trois reproduisent les traits de Corneille sous le même aspect que celui de Le Brun, on peut citer rapidement les gravures de Gaucher, de Choffard, de Birrell, d'Ingouf, de Macret, de Bertonnier, de Simonet, de Taurel, de Meurillon, de Scriven, de Goulu, de Delvaux, de Forstell, de Duflos, de Dequevauviller, de Wedgwood, d'Hopwood, de Devrits, de Droyer, de Walker, de Reville, de Brevièr^, etc., etc., jusqu'au portrait en couleur d'Alix et au portrait édité en Russie, dont le nom de graveur nous est inconnu et dont la légende consiste en ce seul mot : RObPHElA

On peut encore ajouter à cette nomenclature^ aussi incomplète que présentée quelque peu péle-méle, les vignettes de Scriven et d'Ingout d'après Rigaud, celles de J.-B. Compagnie d'après le dessin de Bonneville, de Landon d'après Masne, de Mehn, de Dequevauviller, de Jamont, de Couché, d'Ethiou, de Delaistre, d'Adam d'après Devéria; celles de Lecœur et de Soliman diaprés Frillery qui, toutes encore, reproduisent, dans des dimensions différentes et parfois avec des entourages bien bizarres, le type de Le Brun.

Bien plus même, parmi les bizarreries étrangères ou non, c^est encore le portrait de Le Brun qui est le type préféré. L'une de ces vignettes, gravée par Chapman, représente un « Peters Corneille » au pointillé, rajeuni et enguirlandé d'un large col de riche dentelle, — un Mazarin à cheveux blancs au premier abord, — mais en réalité c'est encore là une reproduction infidèle — mais une reproduction du portrait peint par Le Brun.

Dans rimagerie même, c'est encore le type de Le Brun qui est reproduit le plus grand nombre de fois.

Ainsi il y a un minuscule grand Corneille en pied de Desenne et Pourvoyeur et un Caffieri enluminé d'un manteau rouge qui ferait honneur aux productions d'Epinal.

La statue de Caffieri — gravée par Linjée et lithographiée par Beaunis, la statue de Laitié (Salon de i838, gravée par Bein et par Bernard!), celle de Cortot (Salon de 1822, gravée par Revoil) et jusqu'au

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(.V.uscr d* Rouer]

UN PORTRAIT DE PIERRE CORNEILLE j

superbe bronze de David d^ Angers érigé à Rouen, reproduisent toujours le Corneille de Le Brun.

Tout récemment nous avons vu un des plus habiles statuaires de récole contemporaine adopter encore ce type, en cherchant même à le rajeunir un peu et à lui donner un caractère de distinction par trop moderne; tel était du moins Tavis de quelques critiques, sur le marbre de Falguière représentant Corneille assis, et destiné, croyons-nous, au grand vestibule de la Comédie-Française.

La vignette de Gigoux, gravée par Lévy pour la Normandie de Jules Janin, et celle de Meissonier, gravée par Lestude-Lacour, reproduisent encore le Corneille de Le Brun, et c^est évidemment en s^en inspirant, mais en le vieillissant considérablement, que Gérôme a composé ce délicieux intérieur spirituellement intitulé : Une Collaboration^ et qui n^est pas une des toiles les moins heureuses de Téminent artiste.

Enfin à d^autres époques et presque partout, dans le médaillon délicatement gravé par Saint-Aubin diaprés Caffieri, aussi bien que dans le bois de Wattier, attaqués d'un burin brutal et ignorant, c'est encore, c'est toujours ce même type de Corneille qui est adopté et que reproduit encore le buste des galeries historiques de Versailles.

Il existe cependant quelques portraits de Corneille absolument différents de celui de Le Brun et quelques-uns d'entre eux ont aussi une valeur artistique qui les rend indiscutables.

Celui signé de Bernard Picart et daté de 171 5, celui gravé par Dupin, celui édité chez Crépy — au Lion d'argent — représentent tous trois, un Corneille en perruque et rabat, incontestablement plus jeune que celui du musée de Rouen, mais dont le type rapproche beaucoup de ce dernier.

Les portraits gravés par Desrochers et Petit reproduisent aussi ce type avec perruque et ample manteau ramené sur la poitrine. Mais la tête est vue de face et, quoique plus jeune, rappelle plutôt le portrait du musée de Rouen que celui de Le Brun.

Le portrait gravé par Cossin d'après Sicre est d'assez grande dimension, c'est un portrait d'apparat. Corneille est couvert d'un riche manteau et de fastueuses colonnades meublent le lointain.

Dans le médaillon gravé par Lubin et qui n'est que la reproduction retournée et un peu simplifiée du:précédent on a reproduit presque exactement le type du tableau attribué à Philippe de Champaigne.

Mais indépendamment'de ces deux portraits il existe un troisième type de Corneille bien particulier. Nous voulons parler de celui gravé par « S. F. Cars filius d. Sans la légende et les armoiries il faudrait une perspicacité remarquable pour reconnaître dans cette vignette le même personnage que celui peint par Le Brun. Or le même type, mais d'une exécution merveilleuse, se retrouve dans le grand ponrait ovale signé

« A. Paittet ad vivum delin., i663, Guillelmus Vallet sculp. > Dans le grand frontispice du Théâtre de Corneille, des»mé et gravé d'ailleurs par les mêmes artistes, le buste, que couronnent d'élégantes renommées, offre une ressemblance absolue avec ce ponrait ovale dont le caractère est indiscutable et pone bien te cachet de son époque.

Avec la gravure de Michel Lasne, ce serait le portrait de Paillet — qui nous représente un Corneille plus jeune que celui du musée de Rouen — et celui attribué à Philippe de Champaigne qui, suivant nous, devraient être consultés le plus volontiers par les artistes. II s'en dégage un caraaère de ressemblance très personnel et qui ne sent nullement la convention. Ces portraits sont bien de leur époque, et si celui de Le Brun a séduit davantage les artistes de tous temps, c'est que l'œuvre est conçue avec un sentiment quelque peu décoratif qui devait les charmer en même temps qu'elle leur offrait un type de visage dont les traits réguliers, mais énergiquement accentués, répondent bien à l'idée qu'on se fait du grand Corneille.

Le portrait du musée de Rouen, dont la reproduction accompagne ces lignes, est peu connu. Il mérite cependant de l'être, croyons-nous.

M. Emile Picot, malgré les précieux renseignements fournis par M. Béraldi, a hésité, — ce que nous comprenons d'ailleurs parfaitement, tant la tâche est vaste et effrayante — à publier une Iconographie de Corneille.

Mais un jour ou l'autre un collectionneur entreprendra cette publication, et voilà pourquoi il nous a paru utile de graver le portrait de Pierre Corneille anribué à Philippe de Champaigne et appartenant au musée de Rouen, et d'apporter ainsi une modeste pierre pour la c tion d'un monument qu'on élèvera cenalnement un jour.

JULSS AOELINE.

UR l'historique des salons romantiques, où se brassaient les succès de la nouvelle école , on serait réduit à peu d'échappées si les vignettes et les lithographies ne fournissaient certains renseignements de détail. M"w Menessier-Nodîer , qui a écrit un livre intime sur son père, a négligé de rendre le mouvement des fameuses soirées de l'Arsenal ; là pourtant passèrent les célébrités du romantisme, les étoiles poétiques qui pointaient, les astres qui ne demandaient qu'à briller. • L'allumeur* était un fin compère, une sorte de bonhomme lettré, philosophe, à qui la fiction historique ne déplaisait pas et qui, voilant prudemment sa pensée, consentait facilement à devenir le père de cette jeunesse ardente. Condamné à une vie difficile par son peu de fortune, Charles Nodier ouvrit de tout cœur ses bras aux nouveaux venus, certain que ceux-ci, à l'occasion, lui rendraient la monnaie de sa pièce.

C'est de la politique de vieillard bien portant que de donner des fêtes aux jeunes. De même qu'Enfantin qui, dans les dernières années de sa vie, reçut

dans ses salons les jeunes femmes et les jeunes hommes qui marquaient, Nodier ouTrit k deux battants les portes de l'Arsenfll, Dans cet endroit, plein de souvctnirs tûstoriqaes, on fil des lectures, on joua, on dansa, on se livra à de chaudes discnssicMis que semblait écouter le maître du logis, rêveur, et dont Tony Johannot a laissé une vivante eau-forte.

(C'ipTj* anc (épia d'Engtilc Delacroîi).

Quelles sont ces femmes emportées dans un galop « vertigineux •? Quels sont ces jeunes hommes dont la petite dimension de l'estampe n'a pas permis au graveur de marquer suffisamment les traits? Jules Janin excepté, je ne trouve qu'un perfonnage bien en vue Paul Foucher, alors très remuant, très myope, très crépu, à qui le journalisme du temps attribuait nombre de bizarre-

CENACLES ROMANTIQUES 7

ries. « Paul Foucher, dit un rédacteur de V Artiste, est célèbre surtout par la manière dont il danse le galop. Il parle volontiers de ses ouvrages, les explique et les récite presque à ceux qui ne les ont pas lus. Il a une manière de regarder les femmes et de leur parler en décrivant un arc qui appelle sur lui les yeux de l'assemblée ^ »

Sur la myopie de Thomme les histoires plaisantes ne tarissaient pas. Paul Foucher entre dans un salon, orné d'une grande copie de la Vénus nue du Titien. — Mademoiselle votre fille...? dit-il à la maîtresse de la maison. Beau portrait de famille, très ressemblant; je vous en Êiis mon compliment.

J'ai trouvé, dans les cartons de M. Pierret, un dessin à la sépia d'Eugène Delacroix, xeprésentant l'allure habituelle de ce nouveau petit Poinsinet; c'est dire qu'on n'entrevoyait dans le monde ni dans les ateliers le bon Paul Foucher sous un jour bien sérieux '•

On regrette que M™« Victor Hugo n'en ait pas dit plus sur les soirées de la place Royale. Elle s'est étendue avec raison sur la grande bataille livrée à la Comédie française par les partisans à'Hernani; mais les discussions esthétiques de i83o^ les imprécations et les violences qu'appelaient bénévolement sur leurs tètes des adversaires âgés, ne sont peut-être pas suffisamment développées.

« Avec impunité les Hugo font des vers! »

s'écriait également en vers le vieux Népomucène Lemercier, un novateur de jadis pourtant, mais qui, ulcéré d'être mis à l'écart par les néophytes de la nouvelle école, traitait de criminelle la prosodie romantique et eût certainement envoyé sans remords ses sectateurs au bagne.

Népomucène Lemercier, c'est le vieux Barbé-Marbois, le conventionnel déporté à la Guyane, et qui, devenu pair de France sous Louis- Philippe , condamnait sans pitié les accusés d'avril.

Si les poètes de l'Empire se permettaient de telles violences vis-à-vis de leurs adversaires, on admettra la réciprocité des Jeune- France dont l'un , à la représentation d^Hernani, criait à un spectateur hostile : — Je vais t'enfoncer le sifflet dans la gorge avec ce poignard l

Mot mémorable et gai. Il est fâcheux qu'aucun acteur du temps n'en ait recueilli du même ordre. Aux salons romantiques il manqua un observateur sérieux et discret, un La Bruyère teinté de Mérimée, non pas répulsif à l'exubérance de la jeunesse, mais qui, impassible, eût écouté sans s'y mêler les discussions littéraires des divers groupes, qui eût regardé les relations entre les jeunes hommes et les jeunes femmes de l'époque.

On était jeune, on s'aimait, je ne le nie point; mais les morsures à la peau et au cœur, les regards fatals, les désespérances de damnés inscrits dans les œuvres

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