‹ Le livre (volume 2)Chapitre 45 sur 107 · CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

CHARLES NODIER

AUTRUR DRAHATIQUE

IL semble qu'il y ait peu à apprendre à la génération actuelle sur Charles Nodier ; polygraphe fécond, il a fourni le thème de nombreux articles et la critique a étudié tour à tour le naturaliste, le poète, le linguiste, le romancier, le moraliste, l'écrivain à tout faire de la librairie, le journaliste, le bibliographe, l'humoriste, le bibliothécaire, l'académicien, celui que les caricaturistes nous représentent lisant sans cesse, feuilletant toujours, assis sur une pile d'in-folio.

On l'appelait « le bon Nodier a, de I même qu'on disait » le bon Ducis, le bon

Andrieux » ; mais « ils étaient tous bons à cette époque », a fait spirituellement remarquer Henry Monnier, qui n'admettait qu'avec quelque réserve cette « bonté » entre écrivains.

Un homme qui débute en 1798 par une Dissertation sur l'usage des antennes dans les insectes, qui donne de nouveaux gages aux sciences naturelles par la publication d'aat Bibliographie entomologique { rSoi j et qui change tout à coup de voie en livrant au public le Peintre de Sal^-

bourgj Journal des émotions cTun cœur souffrant (r8o3), est déjà quelque peu inquiétant, surtout s'il ajoute à son bagage les Essais d^un jeune barde pour les faire suivre des Questions de littérature légale (1802).

Je ne voudrais pas faire de catalogue ; encore faut-il noter le volume des Pensées de Shakespeare y publié en 1801 à Besançon ; la traduction de Bertram{i&2i)y d'après le révérend père Mathurin\ It Jean S bogar, publié en 1820. On croit que Nodier est voué désormais au roman, à la poésie, au théâtre ; le voilà qui apparaît avec le Dictionnaire des onomatopées françaises; puis il entreprend en 1820, avec ses amis Taylor et Cailleux, la lourde publication des Voyages pittoresques et romantiques dans V ancienne France. Mêlé aux luttes du journalisme, Nodier trouve encore le temps d'étudier l'Éloquence révolutionnaire qui est la trame du dernier Banquet des Girondins (i833) et au milieu de ces diverses études se glisse le livre humoristique du Roi de Bohême et de ses sept châteaux.

C'est là, moins la flamme et le génie, un cerveau à la Diderot, c'est-àdire un cerveau d'écrivain besogneux servi par des facultés intellectuelles multiples, qui enrichissent rarement leurs auteurs. Si ces études ne sont pas faites à coups de ciseaux, si la pensée a cherché son moule, si une déplorable /acz/iï^ ne forme pas le fonds de ces livres, que de lectures diverses, de méditations, de volte-faces et de soubresauts intérieurs pour passer d'un sujet à un autre et combien le public, dérouté par cette polygraphie, préfère les écrivains médiocres qui, toute leur vie, suivent la même route plane, sans cahots et sans secousses !

Dans cet ordre d'idées de tels êtres ne sont appréciés que par leurs pairs ; ceux-là seuls se rendent compte du labeur qui a présidé à une telle multiplicité de travaux ; aussi l'œuvre de Nodier fut-elle étudiée dans ses diverses parties et on aurait aujourd'hui une idée quasi complète de l'écrivain si son théâtre n'avait pas été passé sous silence.

C'est pourtant dans l'œuvre dramatique de Nodier que sort des limbes le gnome du romantisme. Quelque timidement qu'il jette le gant, la préface de Bertram ^ doit compter dans la série des nombreux manifestes qui devaient suivre.

Il est inutile d'analyser ce « Bertram exalté par le crime, orgueilleux de l'assassinat, cruel envers tous les hommes », cette « âme de fer » touchée par la douce voix d'une femme; il vaut mieux relater la déclaration des droits des penseurs faite en 1821. « On est tombé depuis peu, disaient les traducteurs du Bertram^ dans une grossière erreur en rapportant arbitrairement au genre romantique toutes les productions que le genre classique aurait désa'Tbiiées ».

Le drame d'ailleurs ne fut pas joué et si d'autres Bertram se glissè-

I. Berlram ou le château de Saint- Aldobr and ^ tragédie en cinq actes, tradaite librement de l'anglais da révérend père Mathurin, par MM. Taylor et Ch. Nodier. Paris, Gide-Ladvocat, i8ai. ln-8*.

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