CRÉBILLON LE TRAGIQUE
B mérite ni la réputation des auteurs ne se mesurent au prix qu'on met à leurs œuvres. Le Cid ou les Oraisons fia^ bres de Bossuet sont aussi bons à lire sur du papier moderne que dans les éditions de luxe où on les a lus d^abord.
Pourtant le public lettré et celui des amateurs se sont habitués à considérer comme des reliques précieuses les exemplaires du temps, qu^ils habillent d^or et de maroquin, qu'ils se disputent avec acharnement, et qu'ils enferment sous des vitrines comme des objets d'art. Il y a de cela plusieurs bonnes raisons qu'il n'y a pas lieu d'examiner ici. Ces exemplaires du temps ont d'ailleurs une physionomie ^i generis qui les recommande; et puis ils ne sont pas communs. Ce qui n'est pas commun est agréable à posséder. On y met de l'amour-proprc; on s'associe, eo quelque sorte, à la gloire de l'auteur, et on témoigne à autrui de l'estime qu'on en fait par les IV. 3o
aj4 LE LIVRE #
frais que vous occasionne cette estime, ce qui est un relief du goût qu^on a ou qu^on prétend avoir. Cela s^est étendu aux produits de tous les arts. Il y a maintenant une religion artistique et des saints de Part qui sont Tobjet d^une dévotion attendrie.
Mais si Ton s^est mis à recueillir avec un soin attentif les épaves de notre littérature ancienne, le sort de quelques-uns de ceux qui Tout le plus honorée est fait pour exciter Pétonnement. Il y a des exclusions qu^on ne comprend pas. Le goût et Famour des livres ont des fantaisies singulières. Il n^ a pas de règle absolue ; cependant on peut en général estimer le cas qu^on fait d^un écrivain diaprés le prix auquel on achète les éditions originales de ses œuvres. Il ne s^agit pas, bien entendu, de ceux qui ont à peu près disparu de la circulation. Ceux-là ne sont que rares, et on en opère le sauvetage coûte que coûte. Il s^agit des grands écrivains de la langue. Nous n^en voulons citer que trois, qui ont été illustres à divers titres et dont le discrédit actuel est complet. Ce sont Ronsard, Jean-Baptiste Rousseau et Crébillon le tragique, celui qu^on appelait, à la fin du règne de Louis XIV, FEschyle français.
Ce qui est arrivé à Ronsard est vraiment extraordinaire. Durant la seconde moitié du xvi* siècle et jusqu^en i623, date de la dernière édition de ses œuvres (2 vol. in-folio), car elles n^ont pas été rééditées depuis, il est le premier des poètes français. On le compare à Homère. Ce n'est pas un poète de la. famille d^Homère; c^est un lyrique élevé, d'un talent flexible et rude. Il a contribué, autant que n^importe qui parmi ses contemporains, plus que Montaigne, à tirer la langue française de cette crise de la Renaissance où, entre un passé qui n^est plus et un avenir qui n'est pas encore, elle oscille incertaine, parlant grec et latin. Ronsard ne Va pas sortie de Timpasse où elle sMtait engagée. Il manque de goût, de mesure, de guides. On ne crée pas une langue : elle se crée elle-même. Mais il lui a donné du ressort. Il a emprunté aux lyriques de Pantiquité des rythmes qui subsistent, que Victor Hugo a repris, qu^il doit à Ronsard. Ronsard est le seul de nos écrivains français que Victor Hugo ait imité, qu^il ait essayé, sans succès pour Ronsard, mais non sans profit pour lui-même, de remettre au jour. Un oubli complet suit immédiatement la gloire éphémère de Ronsard. Ce fut Pécole précieuse, celle du temps de Louis XIII, très antérieure à Phôtel de Rambouillet, qui le détrôna avant que Malherbe et Boileau Tachevassent. Il avait encore du crédit après la mort de Malherbe. On lit dans leXXXl^ des Entretiens de Balzac : — « Dans notre dernier Entretien, il fut parlé de celui que M. le président de Thou et Scévole de Sainte-Marthe ont mis à côté d'Homère, vis-à-vis de Virgile, et je ne sais combien de toises au-dessus de tous les autres poètes grecs, latins et italiens. » Balzac constate quHl reste à Ronsard des partisans, mais qu'il a contre lui la cour et l'Académie. Ce n'est pas un poète entier ; c'est le commencement et la matière
CREBILLON LE TRAGIQUE 93s
d^un poète. Balzac ne sait pas que Ronsard n^avait pas de langue et a servi à former celle que parle Balzac, qui écrit ailleurs, dans une de ses Lettres familières y à Chapelain : — « Il faudrait que M. de Malherbe, M. de Grasse (Godeau) et vous fussiez de petits poètes, si celui-là peut passer pour grand. » L'arrêt de Balzac, confirmé par Boileau, est resté acquis jusqu'à nos jours. L'étude des origines de notre littérature n'a pas remis Ronsard en possession de sa vieille renommée. Néanmoins elle lui a fait une place considérable dans l'histoire littéraire. On peut consulter à cet égard l'ouvrage de M. Gaudard : Ronsard considéré comme imitateur d'Homère et de Pindare (Metz, 1854, in-8»). Les amateurs sont venus au secours de la critique. La première édition un peu complète de ses œuvres (6 vol. in-4", Paris, chez Gabriel Buon, 1567) vaut couramment 2 à 3,000 francs.
Malherbe paraît en i63o (i'* édition). De i63o, date de la réimpression grossière faite en petit format de la grande édition de 1623, jusqu'en 1857, où M. Prosper Blanchemain publia le premier volume de celle à laquelle il a travaillé une quinzaine d'années, — elle contient huit volumes et a été terminée chez Franck en 1867, — deux cent vingtsept ans se sont écoulés. Ronsard ne sera pas beaucoup lu désormais; cependant il a repris son rang dans les lettres nationales, les lettrés le connaîtront, et il aura une place distinguée dans les bibliothèques d'élite.
Le sort de Jean-Baptiste Rousseau n'est pas si avantageux. Il a joui, au xvin* siècle, sinon d'une gloire égale à celle de Ronsard, car il y avait d'autres poètes à côté de lui, et Voltaire emplissait à lui seul la scène^ au moins de celle du plus grand poète lyrique qui eût encore paru en France. C'était Pindare. Si quelqu'un avait le droit de compter sur la postérité, c'était lui. Il avait pris la peine de lui écrire :
Déesse des héros, qu*jidorent en idée Tant dMlIustres amants dont Tardeur hasardée Ne consacre qu^à toi ses vœux et ses efforts; Toi qu'ils ne verront point, que nul n'a jamais vue. Et dont pour les vivants la faveur suspendue Ne s'accorde qu'aux morts...
Voltaire, à qui Jean-Baptiste Rousseau lut à Bruxelles le manuscrit de son Ode à la Postérité, écrivait qu'il avait bien peur qu'elle n'allât point à son adresse. C'est Voltaire qui a eu raison. Jean-Baptiste Rousseau a conservé quelques adeptes. On ne le lit plus, on ne le réimprime plus. Il est inconnu du public; les premières éditions de ses œuvres n'ont point de valeur vénale. Ceci ne serait rien : les écrivains du xviii* siècle ne sont pas encore entrés au Panthéon. Des amateurs comme ceux-ci disent : Mais il a disparu de la circulation ; il est négligé de la critique. Il n'existe
a)(S LE LIVRE
plus. Les lyriques du xix« siècle, Victor Hugo, Lamartine, Alfred de Musset et d'autres, ont illustré un genre resté pauvre. S'ils n'étaient point là, Jean-Baptiste Rousseau serait le premier de nos poètes lyriques.
Il est vrai que Crébillon père est un exemple plus étrange de Tinstabilité du goût. Ici les mœurs et la mode ont une part égale de responsabilité. On ne joue guère plus les poètes tragiques. On n'écrit plus de tragédies. Le genre tragique est sorti des mœurs. Quoi qu'il en pense, le xix« siècle n'est pas si tragique que les temps antérieurs. La peur et la mort violente y ont un rôle plus restreint. On ne vit plus dans l'appréhension et la terreur comme jadis. Le drame lugubre, l'incertitude de la vie du lendemain, les yeux terribles de la Fortune étaient l'état normal. La crainte de la Fortune, d'une destinée sans cesse menaçante, tenaient les âmes dans une situation douloureuse. La scène était un écho des sentiments qui régnaient dans chaque conscience. Il en était encore ainsi du temps de Crébillon. Le xvii* siècle, qui, à la distance oti nous sommes, nous apparaît volontiers comme une époque fleurie oii le génie de Pascal, de Corneille, de[Bossuet, de Molière alternait avec la gloire militaire, fut, pour la plupart de ceux qui eurent à en porter le poids, un enfer de tous les jours. Les guerres civiles, les guerres religieuses, les luttes de peuple à peuple, la famine, le désastre, en un mot, sous toutes les formes, l'emplissent en entier. Crébillon a passé sa jeunesse dans cette atmosphère viciée. Louis XIV menaçait de finir comme il avait commencé. On était au fort de la guerre de la succession d'Espagne. Les tragédies de Crébillon, celles qui l'ont illustré, ont été jouées entre deux batailles perdues, couronnées par la misère et la ruine imminente de la France. Atrée et Thyeste est de 1707 ; Electre y de 1709, l'année où à Versailles le roi mangeait du pain d'avoine; Rhadatniste est de 171 1 : leur succès est contemporain d'écroulements comme on n'en avait pas vus depuis la Réforme. L'orage fini, Crébillon tombe : on ne l'a pas remarqué. Sa puissance tragique ne survit pas à la guerre de la Succession.
La Régence qui lui succède est une comédie; et jusqu'aux nouveaux temps dramatiques de la Révolution et de l'Empire, on ne jouera que la comédie et on ne fera que des comédies. Mais alors on reprendra Crébillon, qui ne sera pas seulement joué, mais dont on fera quinze ou vingt éditions en quelques années.
De nos jours, on ne lit pas plus qu'on ne représente ses pièces. Il semble tout à fait mort. On n'en a pas fait une édition depuis la Restauration, c'est-à-dire depuis le moment où les souvenirs tragiques de la période antérieure ont disparu et produit une détente générale des nerfs. Mais, dira-t-on, on lit les tragédies de Corneille et de Racine. Oui, parce qu'elles sont l'œuvre de noms consacrés. Les joue-t-on?Non, et si on les joue, elles ennuient le public; et sans le respect classique qui les
CREBILLON LE TRAGIQUE si7
couvre, la salle de la Comédie- Française serait vide, le soir où on re-
présente encore Phèdre ou Polyeucte,
Crébillon a un désavantage sur elles : il composait ses pièces de mémoire et ne les écrivait ; en d'autres termes, il les écrivait après les avoir faites. Cette méthode a nui à son style. La perfection littéraire lui manque. Il n'est point, correct ; il est raboteux. C'est ce qui donnait à Voltaire un prétexte contre Crébillon.
« On m'ose préférer Crébillon le barbare. » Corneille et Racine, qu'on joue peu, sont toujours lus. Ils le doivent à leur supériorité littéraire. Crébillon ne l'a pas ; ce qui, nous venons le remarquer, tient à sa méthode de composition. Ce n'était pas non plus un écrivain, un lettré, un moraliste. Il n'a qu'une corde, k tragédie ; et il le sent lui-même, quand il écrit, en s'adressant au dieu du Permesse :
Tu m'as donné pour tout mérite Le cruel et morne talent De hurler dans la tragédie.
Il a la forme, le génie dramatique. Il n'est pas instruit; la fréquentation de la société polie n'a pas adouci les angles de son caractère, élargi son imagination, donné à sa parole la flexibilité et la douceur de ceux qui vivent avec tout le monde. Cela tient à son humeur noire. Il emploie des moyens inconnus à la tragédie moderne. A propos de la coupe de sang d^Atrée et Thyeste, un Anglais qui assistait à la première représention s'écrie : Transeat a me calix iste ! Crébillon vivait seul, ne répondait pas aux lettres qu'il recevait. Quand on lui demandait pourquoi il vivait de préférence avec des animaux, car il avait une collection de chiens et de corbeaux qu'il appelait ses conjurés, il répondait : — « J'aime les animaux depuis que je connais trop bien les hommes. » Naturellement, il manquait aussi de tact. Dans son Catilina (1748), il fallut retrancher les six vers suivants, qu'on aurait pu croire dirigés contre M™ de Pompadour. Probus dit à Fulvie :
Vous n^aimàtes jamais; votre cœur insolent
Tend bien moins à Tamour qu'à subjuguer l'amant ;
Qu'on vous fasse régner^ tout vous paraîtra juste;
Et vous mépriseriez l'amant le plus auguste.
S'il ne sacrifiait au pouvoir de vos yeux
Son honneur, ses devoirs, la justice et les dieux.
Voilà pourquoi Crébillon le tragique, celui qui était, au commencement du xvin* siècle, l'Eschyle français, n'est pas lu et n'a pas trouvé grâce devant les amateurs qui couvrent d'or une édition originale d'une bluette de Marivaux, et ne connaissent pas les premières éditions àî^Atrée
et ThyesiCy à"* Electre et de Rhadamiste. Comme il est le troisième de nos auteurs tragiques après Corneille et Racine, et avant Voltaire, il y aura pourtant lieu de revenir là-dessus et de lui faire une place, ne fût-ce que dans les bibliothèques théâtrales.
L^histoire des éditions originales de Crébillon est encore à peu près un mystère. On n'en cite pas d'édition collective avant celle de ijSo. (2 vol. in-4*), imprimée au Louvre par ordre de Louis XV. De ijSo à la Révolution, il y en a quelques-unes, trois ou quatre. Depuis lors, elles vont en se multipliant jusqu'à la fin delà Restauration. Il y en a au moins une vingtaine. D'autre part, Crébillon tient la scène plusieurs mois de chaque année, surtout au lendemain de la Terreur. Il figure dans le projet de bibliothèque militaire formé par Napoléon, projet qui ne fut pas mis à exécution. Puis, brusquement, il disparaît du théâtre; on cesse de l'éditer et de le lire. A partir de l'édition Lefèvre (1828, 2 vol. in-S®), on n'en entend plus parler. Est-ce l'avènement de l'école romantique qui l'a chassé à la fois du théâtre et des bibliothèques? Oui et non. Il est constant que l'avènement de l'école romantique atteignit d'une manière inopinée presque toute l'ancienne littérature. Au théâtre, elle demeure au répertoire, mais on ne la joue plus; dans le public qui ne va pas au théâtre, surtout dans le public de province, on la croirait morte. Sous la monarchie de Juillet, on ne joue presque plus les classiques ; on ne joue plus Crébillon du tout. Les autres genres classiques, il est vrai, ne sont pas plus heureux. L'imprimerie cesse de les reproduire, parce que les éditeurs n'en vendent plus.
Mais si Crébillon n'a pas été réimprimé depuis 1828, les éditions précédentes de ses œuvres ne trouvent pas un meilleur accueil dans les ventes publiques. Il y en a plusieurs qui sont d'un grand luxe, quelquesunes ornées de gravures de maîtres, qui suffiraient, ce semble, à leur conserver un prix élevé. Elles n'en ont pas. Brunet se contente de mentionner l'édition de ijSo; ses continuateurs sont muets sur le compte de Crébillon. Les grands catalogues que publient certains marchands de livres anciens ne font pas mention de Crébillon. Il a pourtant un rang trop distingué au théâtre pour n'être pas quelque jour l'objet d'un retour de fortune. Quoi qu'il en puisse être, il n'est pas inutile de rappeler les dates des neuf tragédies dont il est l'auteur: i^ Idoménée (27 décembre 1705); 2* Atrée et Thyeste (14 mars 1707); 3*» Electre (14 décembre 1709); 4® Rhadamiste et Zénobie (23 janvier 1711); 5^ Xerxès (7 février 1714) ; 6® Sémiramis (ioavrili7i7) ; 7® Pyrrhus (2g avril 1726); 8» Catilina (i2 décembre 1748) ; 9» le Triumvirat ou la Mort de Cicéron (25 décembre 1754). Quérard nomme les éditions originales suivantes, qu'il n'a pas vues et qu'il ne décrit pas : Catilinaj cinq actes en vers (Paris, Prault, 1749, in-12); Electre, cinq actes en vers (Paris, Hibou, 1709, in-12); Idoménée (Paris^ Lebreton, 1706, in-12); Pyrrhus^
CREBILLON LE TRAGIQUE ajp
cinq aaes en vers (Paris, Coustelier, 1826, in-8<^); Rhadamiste et Zénch bie (Paris, Ribou, 1711, în-12); Sémiramis (Paris, Ribou, 1717, în-12); le Triumvirat ou la Mort de Cicérone cinq actes en vers (Paris, 1753 ou 1754, în-12). Atrée et Thyeste et Xerxès sont absents de cette nomenclature. Il n^indique aucune collection coUeaive avant celle de 1750. Il y en a cependant plusieurs. Le volume que nous allons décrire, et qui appartient à la bibliothèque de FUniversité, en est une et nVst sans doute pas la première. Il mérite d'être signalé, parce qu'il contient diverses indications inconnues aux bibliographes. Le titre porte : les Œuvres de M, de Crébillon, à Paris, che\ Pierre Ribou, à la descente du Pont'Neuf, à Pimage Saint-Louis, 171 ly in^i2. Il n'y a que le titre d'imprimé à nouveau. Le volume est composé de pièces imprimées à part, dont chacune a une pagination propre. Ces pièces sont : Idoménée, avec le même titre que ci-dessus et la date de 171 1. Le chiffre de l'édition n^est pas indiqué; on y trouve une dédicace en vers à Monseigneur le duc, reproduite dans les éditions collectives de plus tard. La pièce a soixante-six pages et deux pages pour le privilège, il fr^e et Thyeste, tragédie par M. de Crébillon. Le prix est de vingt sols. Le titre est le même que plus haut, la date 1709. Il y a une préface, la prose comme celle des éditions subséquentes, cinquante-sept pages de texte et trois pages pour le privilège. Electre^ tragédie par M. de Crébillon. Le prix est de vingt sols. Même titre, date de 1709, préface en prose, soixante-treize pages de texte et trois pages de privilège. Rhadamiste et Zénobie, tragédie par M. de Crébillon; seconde édition. Le prix est de vingt sols. Même titre^ date de 171 1, soixante pages de texte et trois pages de privilège.
Une autre édition collective, dont nous avons un exemplaire sous les yeux, offre une pagination continue, sans titre général néanmoins, ni privilège. Le volume commence par la préface en vers à M. le duc. Le titre, qui remplace le titre commun, est : Idoménée, tragédie (il n'y a pas de nom d'auteur), à Paris, che\ la veuve Pierre Ribou, libraire de V Académie royale de musique, quay des Augustins, à la descente du Pont'Neuf, à l'image Saint-Louis, 171 9. Le volume, de format in-f 2, a quatre cent quinze pages, et, outre Idoménée, renïtrmQ Atrée et Thyeste, Electre, Rhadamiste et Zénobie. Chaque pièce n'a qu'un faux-titre, sauf Idoménée, qui vient en premier lieu et porte l'adresse du libraire. On a ajouté à ce volume l'édition originale de Sémiramis, tragédie par M. de Crébillon. Le prix est de vingt sols. A Paris, chez Pierre Ribou, 171 7. Cette édition de Sémiramis a quatre-vingt-onze pages de texte, non compris quatre feuillets préliminaires. Ces deux éditions collectives, l'une factice, à laquelle on n'a pris la peine que de joindre un titre neuf; l'autre, non factice, mais sans titre commun, sont-elles les premières des Œuvres de Crébillon? Il est difficile de le savoir; celle de 17 19 est d'ailleurs incomplète, car elle ne contient ni Xerxès, donné en 17 14, ni
Sémiramis, donnée en 1717, quoiqu'elle pone en léte la date de 1719. Maintenant, dans Tintervalle de 171g à 1750, il y en a-t-il d'autres? C'est plus que probable. Si on faisait le dépouillement des caulogues du temps, dont il existe un grand nombre, on les trouverait sans doute. Elles doivent être médiocres. On les aura données au public qui suivait les représentations de Crébillon, au fur et à mesure des bcsoios, sans aspirer à en faire des éditions destinées aux bibliothèques. Dans tous les cas, c'est un point qui reste à éclaircir.
Puissent les renseignements qui précèdent engager quelqu'un à faire les recherches nécessaires! Tels qu'ils sont, ils jettent déjà un certain jour sur les premières éditions partielles ou collectives des œuvres dramatiques d'un homme que son génie, quoique défectueux et s'étani exercé dans un genre aujourd'hui mort, maintiendra au premier rang parmi ceux qui ont fondé l'an dramatique en France.
A PROPOS DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE (Troll kitm ÎDfdiie* de Voluin. — Un erratum à l'édition de Bencbot.)
la fin de lySi, Voltaire habitait Colmar.
Récemment échappé aux tracasseries de son ci-devant ami le roi de Prusse, et, h la suite de quelques allées et venues daas les principautés allemandes, il était rentré en France par l'Alsace, où il avait cru devoir Taire halte; car, ayant encouru la disgrâce de Louis XV, dont un ordre formel lui interdisait te séjour de Paris, il sentait, comme le remarque son très savant et très consciencieux biographe, M. G. Desnoiresterres, ■ qu'il ne fallait pas trop dépasser la frontière t.
> Las des hospitalités, même royales, l'auteur de la Henriade, qui, bien qu'âgé de soixante ans, avait pour ainsi dire vécu jusque-lfa sans gîte propre, éprouvait alors le besoin du chez-soi > 11 voulait donc visiter, en Alsace, certaine propriété, sur laquelle le duc de Wurtemberg lui avait constitué par hypothèque une rente viagère, et où il pensait trouver peut-être à s'établir convenablement.
Chemin faisant, d'ailleurs, après sa sortie de Prusse, pour complaire à la duchesse de Saxe-Gotha, dont il avait été l'hôte très fSté, il s'était engagé à écrire les Annales de l'Empire