‹ Le livre (volume 2)Chapitre 71 sur 107 · VOUS QUI AVEZ ÉTÉ LA MUSE, LA FEMME ET LA MERE · texte numérisé non relu

VOUS QUI AVEZ ÉTÉ LA MUSE, LA FEMME ET LA MERE

AVEC LES TROIS BEAUTÉS LA GRACE, l'amour ET LA VERTU;

A VOUS QUE j'ai aimée, QUE j'aIME ET QUE j'AIMERAI.

Sans doute cette dédicace porta bonheur à mon livre, car il se vendit presque autant qu'un mauvais livre; il fut discuté et traduit parce que cette question de l'âme, qui n'est qu'un jeu d'enfants pour les fiers à bras de la philosophie contemporaine, sera toujours réternelle question.

ji(5 LE LIVRE

£t après ce livre, rien : je jetai ma plume au vent. Je me perdis de plus en plus sous la forêt ténébreuse dans la sérénité des horizons voilés. Après tous les orages, la douceur de vivre vous vient au moment de mourir; on se recueille dans la paresse des méditations, on juge sa vie avec sévérité, même si on ne condamne pas les passions qui ont troublé l'âme dans les voluptés corporelles. Je Tai dit déjà, c'est que de tous les livres, le livre de la vie est le plus difficile à faire.

Mais celui*lk comme les autres est si vite oublié ! Nous sommes comme les feuilles des arbres que le vent d'hiver disperse et que la neige ensevelit. Quand les feuilles poussent à l'arbre de la vie, l'homme tout glorieux s'imagine qu'il portera les beaux panaches de ses branches par delà les siècles ; mais il faut en rabattre, compères. Tous ces romans et toutes ces poésies qui ont distrait ou passionné les oisifs du siècle s'en iront où vont les roses d'antan. Rien n'est plus drôle à voir que le plumet flamboyant de tant de poètes et de romanciers qui s'imaginent avoir trouvé l'adresse de la postérité. Simple afifaire de mode, compères; vous avez beau pâlir ou rougir sur votre papier, les nouveaux venus vous renverront à messire d'Urfé et à M'^* Scudéry, qui n'étaient pas plus bêtes que vous.

Vieux habits, vieux galons.

Tout passe, il faut écrire cent mille romans pour en trouver un ouvert dans une bibliothèque comme Daphnis et Chloéy Manon Lescaut, Paul et Virginie, Je ne parle pas des vivants.

Ce sera miraculeux s'il reste cept volumes, cent volumes du xix* siècle qui a compté cinq cents célébrités. Sapho est toujours glorieuse parce qu'on ne possède pas cent vers de Sapho. Nous commençons à ne plus admirer que par ouï dire des chefs-d'œuvre de l'antiquité. Que nous revient-il du moyen âge ? Le siècle de Louis XIV laisse en chemin beaucoup de ses chefs-d'œuvre. Voltaire serait bien étonné de voir qu'on ne réimprime que ses contes, lui qui ne croyait qu'à son poème épique et à ses tragédies. Jean-Jacques n'est plus qu'un citoyen de Genève. On dit que Diderot est un dieu, mais on ne le lit pas. Le théâtre, par le génie ou par le caprice d'un grand comédien, redonne la vie à des fantômes ; mais Molière a tué le passé et l'avenir. Qui n'a vu Lamartine soleil et George Sand soleil : deux clairs de lune dans un beau ciel. Balzac a encore son église, mais ses grands prêtres et ses enfants de chœur cachent l'autel en le profanant. Qui donc chante Déranger ? Chateaubriand n'a plus qu'une paiole d'outre-tombe. C'étaient pourtant de grandes figures celles-là. Mais il y a encore celle de Victor Hugo qui domine tout son siècle littéraire, comme Ronsard domine la Renaissance ^.

I. Il ne faut pat pourtant jeter le manche après la cognée dans cette forêt toute chantante encore du SIX* siècle. Pourquoi ne pas croire au lendemain de tant d'œuyres qui nous ont charmés : celles des deux Dumas, de Sandeaa, de Mérimée, d'Emile Augier, d'Octave Feuillet ? Ne relira-c-on pas toujours les beaux vers d'Alfred de Musset, de Théophile Gautier, d'Alfred de Vigny?

La Renaissance et le Romantisme, voilà deux grandes, époques de l'esprit français, parce qu'un grand souffle de vie y répand l'éternelle jeunesse. Boileau aura beau rire de la Renaissance, un autre Boileau aura beau se moquer du romantisme, tous ceux qui auront vécu dans la foi de ces deux périodes de miracles poétiques garderont le rayon des beaux soleils d'avril. Qui ne donnerait toute la philosophie de Victor Cousin et de son cousinage, toute la rhétorique des professeurs des collèges de France et de la Sorbonne, depuis Guizot, l'austère, jusqu'à Charles Blanc, le prudhomme, en passant par Villemain, l'impeccable, pour dix strophes d'Alfred de Musset ou un sonnet de Théophile Gautier? L'esprit humain n'aime pas les moissons; c'est assez pour lui de cueillir une rose ou de respirer un bouquet de violettes.

Arsène Houssave.

P.-S. — J'oubliais un livre, le meilleur. Celui-là a pour titre : Henry Houtsaye. C'est mieux encore de faire des hommes que des volumes.

JAMET LE JEUNE

(CINgUIÊME ET DERNIER ARTICLE).

A dernière question à laquelle j'ai promis de répondre est celle-ci : Que connaît-on et que nous reste-t-il de ces livres si recherché! des curieux pour avoir été' annotés par notre fantasque bibliomane ?

La réponse, une réponse très ample et très savante, a été donnée par M. Brunet dans l'un des plus piquants articles de ses Fantaisies bibliographiques {1864, in-ia, p. 25i à 168), qui se trouve résumé à la fin de l'avant -propos de la réimpression du Maranjakiniana. Ce travail a vivement excité la curiosité des bibliophiles et de n sçavans à qui appartient lajurisdiction livresque ». Je pense qu'on me saura gré d'y ajouter ici des informations nouvelles. Mes propres recherches m'ont foit découvrir un assez grand nombre de volumes qui ne s'étaient pas révélés à notre éminent bibliographe. Le résumé de ces recherches, en complétant l'habile travail de restitution de M. G. Brunet, achèvera de donner la vraie physionomie de cette bibliothèque de curieux,

j Je suivrai, comme mon prédécesseur, l'ordre des divisions bibliogra- :phiques.

JAMET LE JEUNE J19

t» OUVRAGES DE THÉOLOGIE.

— Theologia naturalisa sive liber creaturarum... aut, Raymond Sebunde ; Milan, J.-J. Liguano, i5i7, in- 12 goth.

— De hodierno statu grœccœ ecclesice epistola, auth. Th. Smith. Oxonii, 1876, in-S».

— Lettre de M. François de Neufchâteau à Tabbé Drouas, à Toccasion des bruits répandus contre le séminaire de Toul; 1773, in-8®, 56 pp.

— Lettre de B. Ismaél-Ben- Abraham, juif converti, à l'abbé d'Hauteville, sur un livre intitulé « la Religion prouvée par les Faits ». Paris, 1772, in- 12.

— Abrégé de la vie admirable de saint François-Xavier, ensemble l'abrégé delà vie de B. Stanislas, par le P. Est. Binet. Rouen, i638, in-12.

— Vie abrégée de la bienheureuse mère de Chantai. Paris, 1759, in-12.

— Vie de sainte Frémiot de Chantai; 1768, in-12.

— Panégyrique de sainte Jeanne de Chantai, 1772, in-8".

— Recueil de cantiques spirituels choisis dans divers autheurs approuvez..., divisé en trois parties qui correspondent aux trois estats de la vie purgative, illuminative et unitive, par J.^A.-P. Paris, lôSg, in-8'.

— Le Cavalier (fragment de la Cour sainte, par le P. N. Caussin). Paris, 1640, in-8®.

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