LES RELIURES PEINTES
lEN avant que la mode fût à ces élégantes couvertures si délicatement coloriées que nous voyons apparaître chaque jour aux vitrines des libraires, j'avais eu une idée.
Cette idée, c'était celle-ci.
Un volume broché est tout aussi séduisant, sinon plus qu'un volume relié. Je n'ai jamais compris les amateurs qui adoptent une seule et unique couleur pour leurs reliures, et je trouve souverainement fastidieux des rayons chargés de volumes d'une aussi monotone coloration. Ne serait-il donc^pas possible de conserver aux bibliothèques remplies de volumes reliés, un aspect plus séduisant et plus gai. 11 est des amateurs, et j'en connais bon nombre, qui ont agréablement introduit, au milieu des maroquins du Levant et des chagrins polis, de délicieux cartonnages en cuir japonais. Avec une seule inscription et un chiffre doré, adroitement jetés, ces reliures modernes sont d'un effet déliciçux.
Mais tout cela rentre encore dans une gamme sombre, et c'est précisément cet aspect éclatant des couvertures brochées que je voulais introduire.
Les bibliophiles, je le sais, conservent les couvertures imprimées, mais à rintérieur du volume comme un double feuillet de garde tout
5)o LE LIVRE
simplement. Ne serait-il pas plus séduisant et plus gai de juxtaposer aux reliures en cuir sombre^ de délicieux cartonnages, dans le gmre, par exemple, de cduî que l'habile éditeur du lii^mr a troarë 'pçmrT Eventail? Peut-on rérer rien de plus coquet et de plus pimpant que ce délîcieiix fond de satin bleu pâle sur lequel s'épasiouissent des amours, des flenirs et des bijoux? Ce cartonoiage est \rsk fac-similé — à plissienrs exemplaires — de» charmantes compositions de Paul Avril.
Pourquoi ne conserverait-on pas de même les petites merveilles qoe Vierge, Sahib, Ferdinanduset tant d'autres ont prodiguées aox charmants voloanes édités chaque jour?
Pourquoi, sur une reliure de parchemin blanc, par exemple, ne gouacherait-on pas une agréable répétition de ces ravissantes compositions? Pourquoi, sur le dos légèrement convexe du volume, une petite figurine délicatement touchée, spirituelle interprétation d'un des principaux personnages de l'ouvrage, ne détacherait-elle pas une silhouette caractéristique entourée de quelques attributs discrètement groupés?
Et le genre admis, combien pourraient être amusantes même les reliures des traités scientifiques réputés les plus arides ! Je n'insiste pas. Mais quelles ébouriffantes compositions architecturales on pourrait édifier sur les in-folio de Piranèse! Quel merveilleux Gargantua, quel superbe Pantagruel on peindrait sur un Rabelais ! Quelle franche silhouette de cathédrale on enlèverait en vigueur sur un ciel empourpré, pour la Notre-Dume de Paris, de Victor Hugo.
Quel que soit le caractère de l'ouvrage, avec du temps et de Fhabileté on se créerait une collection d'exemplaires reliés véritablement uniques.
Or, rien de nouveau sous le soleil, cette idée nouvelle n'en était pas une et l'idée première des reliures peintes appartient à un historien de l'époque romantique.
Elle appartient au fils d'un conseiller au présidial de Rodez, elle appartient à l'historien MonteiH.
On sait qu'Alexis Momeil a laissé de nombreux ouvrages, tels que De l'Existence des hommes célèbres dans les Républiques (ijgg) et une Histoire des Français de divers États qui fut l'objet d'un grand nombre d'éloges et de critiques. Les éloges toutefois ont prévalu, puisque PÀcadémie partagea le prix Gobert entre Augustin Thierry et Monteil •.
Mais à l'occasion de la vente de sa bibliothèque, cet historien français — qui fut un novateur — puisque VHistoire Bataille ne lui paraissant pas suffisante, il voulut faire l'histoire du génie, des travaux, des mœurs, des habitudes, des citoyens, état par état, métier par métier; cet historien^ qui mourut pauvre enfin, a fait paraître encore deux