Ké à Rodez en 1769, mort à Cely (Seine-et-Marne) en
a. V. Biog. générale. F. Didot, 1863. — T. XXXVI, col. 169-170.
LES REllURES PEINTES' 5)i
volumes intitulés Traité de matériaux, manuscrits de divers genres d'^histoire, par Amans-Alexis Monteil, auteur de VHistoire des Français de divers Etats,
Ce traité, qui forme deux volumes in-octavo et a eu deux éditions (i835 et i836), est précédé d'une introduction qui commence ainsi :
« Il y a au jardin des Tuileries un banc sur lequel depuis bien des années je m'assois ordinairement, c'est le quatrième de la grande allée à droite lorsqu'on va du Palais aux Champs-Elysées... »
Or, un beau jour, A. Monteil trouva son banc occupé par deux jeunes gens qui se désolaient — du moins l'auteur l'assure — parce qu'on ne s'était pas encore préoccupé suffisamment de la conservation des manuscrits, « Si on publiait un ouvrage sur ce sujet, je l'achèterais, dit Tun. — Moi aussi , dit Pautre. — Tout le monde l'achèterait ! » achevèrent-ils d^un commun accord. Un auteur ne sait pas résister à d'aussi pressantes sollicitations; aussi Monteil se mit-il à publier son ouvrage qui n'est, d'ailleurs, qu'un catalogue volumineux et détaillé de tout ce qu'il avait recueilli pour publier son Histoire des Français, et il termine ainsi sa préface :
« Jusqu'ici on avait détruit comme inutiles les feuilles détachées de manuscrits souvent très rares, souvent même très anciens; Varchéogra" phie comme la nature ne doit rien perdre, et quant à moi qui, dans le classement de toute ma collection ou ailleurs, ai ramassé un grand nombre de ces fragments, j'en ai fait trois gros volumes d'un Excerpta fortvarié qui, depuis le vu" siècle jusqu'au xix», offre comme les piquantes éphémérides de ce long espace de temps. »
Ce Traité de matériaux, manuscrits est orné de deux planches lithographiées — l'une d'après un dessin de J. Rozier, l'autre d'après un dessin de F. de Fontannois — dont il nous a paru utile de faire un croquis.
L'une de ces planches représente un ouvrage en deux volumes, l'autre un ouvrage en trois tomes, et les deux ouvrages sont ainsi désignés :
Prônes sur V Evangile de saint Mathieu. Manuscrit autographe du XVII* siècle, 2 vol. in-4*, reliure peinte. — Prix : 60 frartcs.
Excerpta membranea, a seculo vu* usque ad seculum xix«, collecta ab Amantio Alexi Monteil, 3 vol. in-folio. — Reliure peinte figurant une roche granitique couronnée d'une antique forteresse flanquée de deux tours, — Prix : 5oo francs.
Cette collection de manuscrits fut en effet vendue à la salle Silvestre, le 26 novembre 1 83 5, et c'est à l'occasion de cette vente que ces deux volumes furent publiés.
Sur les Prônes sur V Évangile, l'auteur ne donne que peu de renseignements; il n'en donne même pas. Mais il s'étend plus longuement sur VExcerpta qui contient 623 pièces variées, dessins, miniatures, plan-r,
manuscrits, cartes, musique, etc., etc. « J'enseigne ici, dit-il, à tout ramasser, à ne rien laisser perdre », et il commence bravement sa description : « LA Première tour ou tome I" renferme... »
Alexis Monteil, quelques pages plus loin, avait expliqué ainsi son idée de reliure :
■ Maintenant, dit-il, je dirai un mot, deux s'il le faut, sur la nouvelle forme de reliure que j'ai fait donner à ces manuscrits. Je deman*
'F.iCr.:,iL^r'..i/-
HlOD*cril en irolt volumci. (CoUcotion Hootïil, iSjj.)
derai d'abord aux bibliothécaires et aux hommes de lettres qui ont de grandes bibliothèques, si ces longues files de volumes à dos dorés, d'une hauteur uniforme, ne leur rendent pas, lorsqu'ils veulent se passer de chiffres et de répertoires, les livres difficiles à distinguer? Eh bien, je crois avoir trouvé un genre de reliure qui, outre qu'elle variera l'aspect des rayons, facilitera, pour la mémoire, le souvenir de la place matérielle des livres.
« J'ai fait peindre sur les dos plats des deux volumes {Prônes sur l'Evangile), qui semblent n'en faire qu'un, un bonnet carré, symbole de
LES RELIUKES PEINTES )}]
la chaire ecclésiastique, se partageant en deux moitiés, une pour chaque volume.
1 h'Excerpta est, comme son titre Pannonce, composé de fragments de mélanges de différentes matières ; j'ai fait peindre sur le dos de SCS trois volumes, qui semblent de même n'en faire qu'un seul, une for-
sJ.JjCJim. Ij^ f-^U/et.illt.
MiniucrJl en deux toIudici. (Collnnion HonUil, iSjj.)
teresse assise sur une roche de granit d'une espèce que les naturalistes nomment poudingue! >
Jusque-là tout va bien, et on peut, dans une sage mesure, être d'accord avec l'inventeur des reliures peintes; mais on peut hésiter à le suivre lorsqu'il ajoute :
« Du reste, i! n'est pas absolument nécessaire que les peintures du dos aient rapport au contenu du livre (!) ; ainsi on peut relier un ouvrage en plusieurs volumes, sous la forme d'une maison se décomposant en fenêtres, une pour chaque voIumel\). Mon relieur, M. Isabeau, qui a déjà imaginé de placer la représentation d'une colonne sur le dos d'un livre,
peut réunir ses colonnes, et en tenant compte des entre-eolotmements, donner à un ouvrage la forme d'un péristyle ou d'un temple antique, ou d'une bourse. Oo peut aussi figurer des allées d'arbres [I), des ineubles{!!j et toute sorte d'objets (!!!) >
Heureusement Alexis Monteil termine en expliquant que* cène nou< velle décoration de livres, employée seulement quelquefois et avec goût, divcrsiBeraît la face uo peu monotone de nos belles bibliothèques. Je dois enfin, dit-il, à l'habileté et au désintéressement de M. Isabeau, ainsi qu'à l'amitié de Frédéric de Fontannois qui sait, lorsqu'il le ftut, être peintre aussi bien qu'imitateur paléographe, d'avoir parfaitement exécuté mon idée de reliure peinte. »
Celte idée de reliure ne devait être dans la pensée de son auteur qu'un moyen mnémotechnique pour trouver rapidement un volume. Aussi les spécimens que nous reproduisons sont-ils fort bizarres. La même idée, reprise au point de vue décoratif et au point de vue ariistique, donnerait évidemment de tout autres résultats.
Il y a là toute une série de travaux qui seraient un agréable passetemps pour les bibliophiles anistes qui voudraient décorer eux-mêmes leurs reliures... et il y a peut-être toute une industrie à créer pour reproduire sur le parchemin ou sur l'étoffe à l'aide d'impressions en couleur ou de fac-similés retouchés au pinceau, les aquarelles prestement enlevées des meilleurs artistes de notre temps.
JtJLEs Adeline.
Rouen, iSRi.