DE QUELQUES AFFICHES DE THÉÂTRE
le se rattache évidemment au livre et, lart, la réclame est unie au théâtre par des qu'elle est une condition rigoureusement 3n existence, cet article, que nous aurions image, ne semblera peut-Stre pas déplacé
en admettant que celte chronique rétrotre ici considérée comme un hors-d'oeuvre, si elle est trop dépourvue d'intérêt pour attacher l'esprit, elle est du moins trop courte pour le fatiguer et, au besoin, ce sera notre encuse.
Dans le domaine ondoyant et divers de Thalie et de Melpomène — comme ailleurs — les traditions se perdent ou se transforment et, certes, le genre de réclame dont nous exhumons plus bas — exempli gratta — quelques échantillons est aujourd'hui bien tombé en désuétude. Mais, il y a quelque vingt ans, l'une des préoccupations constantes des directeurs de spectacle, en province, sinon leur étude principale était de chercher aus pièces composant leur répertoire les titres et surtout les soustitres qu'ils jugeaient les plus propres à piquer vivement la curiosité du public Et peut-être ces modestes ancêtres de l'illustre Barnum n'avaient-ils pas tort, surtout si le public est bien, comme l'a dit quelque part Bestif de la Bretonne ; ■ Un grand corps qui résume en son chef les têtes de tous les animaux créés ; tètes d'ours et têtes de linottes, têtes de dogues, de brebis, de tigres, d» moineaux francs, de rhinocéros et d'insectes, d'ânes — surtout, celles-ci en étonnante majorité ! — Tout cela, campé devant une ceuvre d'art, grogne, beugle, aboie, bourdonne, siffle, rugit, et l'écho de ce formidable concert est ce qu'on appelle l'opinion. ■
Bing! — il est bien entendu que sur cette définition hardie, mais para- IV. 45
doxale de Topinion publique, nous laissons à Rostif, cet excentrique à toute vapeur dont les œuvres ont eu, de nos jours, un si vif regain de succès, l'entière responsabilité de la sienne. Dieu nous garde de professer à l'égard du ^public en général, de cette corporation si nombreuse et si estimable dont nous fiEiisons d'ailleurs partie, ces doctrines irrévérencieuses.
Malgré ses préjugés si absurdes et toujours si difficiles à vaincre parce qu'il y entre beaucoup de superstition et que la foi est, en général, d'autant plus intolérante qu'elle est plus vive, nous croyons fermement, au contraire, à l'intelligence du public et à sa compétence relative en littérature comme en matière d'art, à son goût plus sûr et plus délicat qu'il ne le pense peut-être lui-même.
Dernièrement, dans un compte rendu dramatique du journal le XIX* Siècle, M. Sarcey constatait une fois de plus cette vérité incontestable qu'aux représentations gratuites et notamment au Théâtre-Français, Corneille, Racine, Molière étaient toujours vivement applaudis aux plus beaux endroits.
Mais fermons cette parenthèse et revenons à nos vieilles affiches dont nous aurons soin de n'offrir ici que la fleur.
En 1837, on lisait sur une affiche à Maubeuge :
Le jugement de Salomon
ou
Venfant coupé en morceaux par autorité de justice.
Vers la même époque à Valenciennes, on jouait : i« une comédie
Le mort vivant
ou
Les héritiers dupés.
et 2® un mélodrame.
Pour ce dernier, l'affiche portait :
Robert chef de brigands ou La caverne du Crime.
Nota, — Les rôles de voleurs seront remplis par des amateurs de la ville* — Vu la longueur du spectacle, on commencera à six heures précises Monde\ou non.
A Carcassonne, le chef-d'œuvre lyrique de Meyerbeer fut annoncé ainsi ;
Robert le Diable ou Le jeune homme qui se débat entre le vice et la vertu.
Un jour, de son côté le directeur du théâtre de Châteauroux fît placarder
l'affiche suivante :
Zaïre et Orosmanb
ou
Le Grand Turc victime d'un quiproquoj
Tragédie en cinq actes par M. de Voltaire.
DE QUELQUES AFFICHES DE THEATRE }jj
Enfin, SOUS la Restauration, en 1824, à Saint-Omer, il y avait un directeur, puffiste assurément des plus distingués et qui, pour l'époque, aurait pu servir de modèle à tous ses confrères. Un soir, il s'avança vers la rampe et après avoir fait les trois saluts réglementaires, notre homme improvisa d'une voîx émue la petite allocution suivante :
Messieurs, mesdames et mesdemoiselles.
Des engagements d'hoaneur m'obligent à porter dans quelques jours, sur d'autres rivages, ma troupe ec mes pas. M^s, avant de partir, i'aurai l'honneur d'offrir à la belle ville de Saînt-Omer une représentation extraordinaire composée de :
Le serpent réchauffe dans le sein d'une honnête famille. Comédie en cinq actes et en fort beaux vers de feu Poquelin Molière.
Opéra-comique en trois actes d'Eugène Scribe et de Boiëldieu. Compositeur français.
Il ne manquait au programme que le boniment si connu : La musique devant nuire à l'exécution de ce charmant opéra, elle sera remplacée par un dialogue vif et animé.
Quoi qu'il en soit, le digne imprésario tint parole. Tartufe et la Dame Blanche furent représentés quelques jours après devant une salle comble.
Ch. Collet.
RENSEIGNEMENTS ET MISCELLANEES