‹ Le livre (volume 2)Chapitre 87 sur 107 · I. Lettre inédite · texte numérisé non relu

I. Lettre inédite

VOLTAIRE ET NEAULME jji

chambre du roi, vétéran et surnuméraire, que j'avais des pensions, qu'on perd ses pensions et son bien en gardant un. vain titre.

6» Comment pouvez-vous dire que j'inserrerai votre ouvrage dans les Annales de V Empire ! tandis que depuis deux mois ces annales qui se débitent à Bàlc en Suisse portent expressément que j'y ai inserré tout ce qui m'a paru convenable de ce que contenait mon ancien manuscrit. J'ai donc inséré il y a près d'un an ce que vous dites que j'inserrerai.

^• Ce fut au mois de mai 1763 que je commençai ces Annales de l'Empire à Gotha, avec le secours de cet ancien manuscrit, que M"« la duchesse de Saxe-Gotha possède. C'est à M"« la duchesse de Gotha que ces Annales sont dédiées, et c'est à la tête du premier volume de ces Annales que je désavoue et que je condamne votre édition de la prétendue histoire universelle, qui ne pouvait que me perdre et me déshonprer.

8» Je vous avertis encore que cet ancien manuscrit de Tannée 1740 dont il y a malheureusement trop de copies, n^est point digne de voir le jour, qu'il y a une grande différence entre des études qu^on fait pour son propre usage et un livre auquel on a donné la dernière main et qu'un libraire qui imprimerait ce manuscrit tel qu'il est ferait une très grande sottise.

On ne peut, je crois, vous parler plus vrai et plus net, et je vous répète encore avec la même vérité et la même douleur que vous avez rempli d'amertumes les derniers jours de ma vie, en faisant sans me consulter votre édition aussi fautive que condamnable.

9<* Je sais fort bien que ce n'est pas dans l'intention de me nuire, mais dans celle de gagner de l'argent que vous avez fait cette malheureuse démarche. Mais vous devez avoir gagné très peu et vous m'avez nui beaucoup. Je ne vous veux point de mal, il y a des gens qui m'en ont fait davantage à qui je pardonne. Si vous avez quelque humanité, vous devez assurément me plaindre et vous repentir. Je n'en suis pas moins votre serviteur et prêt à vous rendre service.

Voltaire.

Dans ces intervalles une nouvelle édition corrigée et augmentée parut à Genève, ^t bien que l'éditeur annonçât dans les gazettes que Voltaire luimême avait corrigé et augmenté cette édition, Voltaire ne s'en contenta pas, car l'éditeur Philibert avait imité l'exemple de Neaulme et avait fait paraître cette édition sans même le consulter. M. Vernet, professeur d'histoire à Geaèye^ corrigea quelques fautes grossières après lui en avoir donné avis. Voltaire lui ayait bien envoyé un petit article concernant l'évaluation des monnaies sous Charlemagne, mais cet article arriva trop tard et l'éditeur n'avait pas demandé son autorisation pour la publication. 1 outefois l'édition était aussi défectueuse et aussi pleine de fautes que celle de Neaulme, de sorte que Voltaire se vit obligé d'envoyer à Neaulme la déclaration suivante, datée de Colmar i3 mars 1754 (inédite).

Je déclare oue je suis encore plus mécontent de l'édition de Philibert de Genève^ que je ne Pai été des autres. Il annonce dans les gazettes son édition corrigée et augmentée par moi, et il l'avoit faite sans me consulter. M. Vernet, pro* fesseur d'histoire à Genève, a eu la bonté à la vérité de corriger quelques fautes grossières, à ce qu'il m'a mandé t et j'ai envolé seulement, il y a huit jours, un petit article concernant l'évaluation des monnaies sous Charlemagne, parce que cette erreur pouvait très aisément avoir échappé à M. Vernet. Je n'ai donc pas la moindre part à cette édition de Genève, je désavoue toutes celles qu'on a faites et qu'on fera, je ne me mêle en aucune manière de cet ouvrage. Les errata que j^ai envoie aux libraires de Dresde et de la Haye ne regardent presque que les fautes d'impression. Je ne leur ai rendu ce petit service qu'afîn que leur édition fût un peu moins mauvaise ; protes-

Ifs LE LIVKE

tant toujour* que penonne n'a Imprimé mon véritable manuicrit, et quiconque le hasardera de l'imprimer nat me consulter ne pourra dooiier qu'un très mauvais ouvrage que je serai le premier à condamner.

M. Jean Neaulme peut faire mettre cet article dam tous lei journaux. Il verra par cette déclaration que s'il s'était adreisc à moi, je lui aurais rendu plus de service que (on prétendu gâtant homme qui lui s vendu trois cents florins un mauvais manuscrit qui ne lui appartenait pas; que je lui aursia donné pour rien de meilleura manuscrits qui m'appartiennent et qu'il vaut mieux recevoir mes bienfaits que de faire de mauvais marchés.

A Colinar.

VOLTAIKB.

Probablement les lettres de Neaulme à Voltaire se rapportant à l'Abrégé se trouveront encore quelque part. Sans doute la publication de ces lettres serait une contribution intéressante k la biographie de Voltaire et à l'histoire de la librairie.

Louis-D. Petit, Conaerratear k la BibUoihtqoe de itJDivenntt.

Page 1