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j(Sa LE LIVRE
basse 'condition', aux miettes de repas qu^un étudiant avide de lecture laissait tomber entre les feuillets des livres, aux annotations dont des plaisants ou des esprits chagrins couvraient les marges pour invectiver les malheureux auteurs qui, pleins de confiance, appelaient naïvement le lecteur « leur ami ».
Car tel est le fâcheux aspect des livres très lus de cabinets de lecture, qui peut se résumer : i* en graisse au bas des pages; 2® en détritus de repas économiques; 3® en graffiti ou inscriptions au crayon.
De ces déshonneurs qui s^attaquent aux livres de i83o, un habile restaurateur de livres a facilement raison ; il lui est presque impossible de tenter la guérison de la maladie la plus invétérée, celle des cachets de cabinets de lecture, aussi lamentable pour le bibliophile que Test pour un naturaliste un emplâtre de poix sur le tronc d^un arbre exotique.
Habituellement le cachet s^étale dans toute sa noirceur sur le titre des ouvrages romantiques; par là le libraire entendait marquer sa propriété. Imaginez un majestueux monument sur la muraille duquel une municipalité a fait inscrire en gros caractères une inscription pour en écarter les gens grossiers, qui ne se plaisent à satisfaire leurs actes malséants qu'à Tombre d'une belle façade.
Le cachet de cabinet de lecture, composé d'une encre grasse entourée parfois d'une auréole huileuse débordante, a résisté énergiquement jusqu'ici aux agents chimiques; on peut l'atténuer et le remède est pis que le mal, le faire disparaître, jamais : tous les caustiques connus sont impuissants à en enlever les traces.
Une source de chagrins pour le bibliophile. Avoir payé i,5oo francs l'édition prînceps in-octavo de Notre-Dame de Paris ou le Spectacle dans un fauteuil d'Alfred de Musset, posséder ces livres avec toutes leurs marges, et ne pouvoir faire disparaître des titres le cachet qui s'y étale effrontément est un de ces soucis que le bibliophile a essayé de supporter pendant sa vie, mais qu'il emporte avec lui dans la tombe.
J'ai trouvé pourtant un palliatif à ce fâcheux état de choses, et, désireux d'enlever toute trace de regrets aux amis des livres, je m'empresse de leur en faire part.
Ils sont, je le crois, victimes d'une idée fausse. Si les bibliophiles veulent bien suivre mon raisonnement et y entrer, ils reconnaîtront que les livres romantiques de leurs bibliothèques recouvreront une sorte de virginité et seront dignes de figurer à côté des belles éditions des siècles antérieurs.
J'estime même que, loin de chercher à affaiblir par une restauration mal entendue ces cachets, les amis des livres se plairont dès lors à les voir bien marqués, noirs, suffisamment gras et entrant profondément dans la pâte du papier.
En première ligne le cachet apparaît comme une date. Il marque une