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BIBLIOGRAPHIE MODBRNB
Gorrespandanoes étrangèroB : Angleterre. — Belgique. — Italie,
ûiiesUoiui dm propriété littéraire : Lee œuvres pasthumee au point de vue légal et critiquée du décret de l'an III, par F. Woavs.
Comptes rendue aualytlqnefl des p^Uioatioiui nonrelles.
Oneetions du Jour : La Princesse de Bagdad par Alexandre Dumas fils : AaxAXD d'Abtois.
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partie de ces fragments manuscrits, lors de visites successives à Pexéditeur Poulet-Malassis, lequel, on se le rappelle, avait réuni dans son cabinet de la rue de Grenelle la plus intéressante série de documents originaux relatifs à son fantaisiste camarade d^exil.
Dans le Catalogue de la bibliothèque, portraits, dessins, autographes d^ Auguste Poulet-Malassis, dont la vente fut faite par le libraire Baur le !•' juillet 1878 et trois jours suivants, on retrouve sous la rubrique Autographes une mention détaillée des manuscrits de Baudelaire, en quinze lots différents, formant, pour la plupan, des recueils factices, revêtus d^élégants cartonnages de toile.
Je ne parlerai point de la Correspondance, toute relative aux ouvrages de Baudelaire et dont la teneur fournit les plus précieux renseignements sur sa vie littéraire de i85o à 1866. Je veux ici circonscrire ces notes sur quelques pièces originales et principalement sur deux projets de préface destinée aux Fleurs du Mal, sans égarer pour le moment les lecteurs du Livre dans les étranges révélations que je pourrais mettre au jour^ à Taide des feuillets inédits que je tiens sous la main. Voici donc, pour mémoire, avec autant de concision que possible, Pexposé des faits bibliographiques qui se rattachent à la publication des Fleurs du Mal.
Ces poésies, qui resteront le chef-d^œuvre de Baudelaire, furent écrites en partie de 1845 à i855 et publiées séparément dans plusieurs journaux et revues, avec annonce de publication intégrale dont on retrouve les titres variés sur la couverture de quelques magazines. Tour à tour le pQète flotta entre ces différents titres : Les Lesbiennes, le Cathéchisme de la flemme aimée et les Limbes*, Ce ne fut qu^après Finsertion de plusieurs de ses pièces dans le numéro de juin i855 de la Revue des Deux Mondes que l'auteur se décida à opter pour ce titre : Les Fleurs du Mal, qui flamboyait en tête de ses extraits dans la revue de Buloz, où Baudelaire ne devait plus jamais collaborer.
Les Fleurs du Mal furent enfin publiées vers la fin dû mois de juin 1857, chez Poulet-Malassis^ que Baudelaire appelait plaisamment, par allusion à sa marque typographique, « Coco mal petxrhé ». L'édition était tirée à mille exemplaires, plua dix sur papier vetgé de Hollande. Ce livre fut accueilli avec enthousiasme par ce publicdélicat, mais, hélas ! trop restreint, qui sut reconnaître dès l'origine le tempérament génial du fantastique poète. l^$ fragments déjà parus dansles journaux avaient
I. Sur la couvertare da Salon de 184/;, noua lisons l'annonce des poésies de Baudelaire soua ce titre : Les Lesbiennes, et plat loin : Le Catéchisme de la Femme aimée. D'autre part, un numéro du Magasin des Familles fait suivre l'insertion du Châtiment de, f Orgueil et du Fin des honnêtes gens de cette mention : « Ces deux morceaux inédits sont lires d'un, livre intitulé : hes Limbes, qui paraîtra trèt prochainement, et qui est destiné &. représenter les agitations et les mélancolies de la jeunesse moderne. ■ ' "
BAUDELAIRE INCOKKU 67
excité une singulière curiosité ; on fut frappé de Paudace du débutant, de Pallure splendide de ses vers, et les sots, qu^on ne brave jamais en vain en affichant une puissante originalité, les sots crièrent à Timmoralité jusqu^à attirer Pattention du parquet. Le bruit d^une saisie des Fleurs du Mal courut bientôt dans Paris :
(c Vite, cachez, mais cachez bien toute Pédition, écrivait Baudelaire à Malassis dans un billet daté du 11 juillet 1857. Vous devez avoir neuf cents exemplaires en feuilles. Il y en avait encore cent chez L... ; ces messieurs ont paru fort étonnés que je voulusse en sauver cinquante. Je les ai mis en lieu sûr et j^ai signé un reçu. Restent donc cinquante pour nourrir le cerbère Justice. Je viens de voir L... et V...; ils ont poussé la platitude jusqu^à faire la remise de librairie à u M. Pinspecteur de la presse » pour le séduire I!! »
La saisie eut lieu en effet, mais pour ainsi dire fictivement, au grand scandale des vrais amis de. la littérature, et le 21 août 1857, Baudelaire, Poulet-Malassis et de Broise comparaissaient devant la sixième chambre correctionnelle sous la prévention d^ofTense à la morale religieuse et d^outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs; « te premier pour avoir publié un ouvrage intitulé : Les Fleurs du Mal, dont il est Pauteur, Poulet-Malassis en Pimprimant et de Broise en le mettant en vente. »
M. Dupaty présidait et M'Chaix d^Est-Ange fils présentait la défense de Baudelaire. Le tribunal, sur les réquisitions de Pavocat impérial Pinard, rendit le jugement suivant^ que je me permettrai de citer ici en entier comme une pièce peu connue et digne d^étre conservée :
« En ce qui touche le délit d'offense à la morale religieuse :
c Attendu que la prévention n'est pas établie, renvoie les prévenus des finâ des poursuites;
« Eln ce qui touche la prévention d'offenses à la morale publique et aux bonnes mœurs :
ff Attendu que Perreur du poète, dans le but qu'il voulait atteindre et dans la route qu'il a suivie, quelque effort de style qu'il ait pu faire, quel que soit U blâme qui précède ou qui suit ses peintures, ne saurait détruire l'effet funeste des tableaux qu'il présente au lecteur, et qui, dans les pièces incriminées, conduisent nécessairement à Pexcitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur;
a Attendu que Baudelaire, Poulet-Malassis et Debroise ont commis le délit d'outrage à la morale pubhque et aux bonnes mœurs, savoir : Baudelaire en publiant, Malassis et Debroise en publiant, vendant et mettant en vente à Paris et à Alençon Pouvrage intitulé : Les Fleurs du Mal, lequel contient des passages et expressions obscènes et immorales;
< Que lesdits passages sont contenus dans les pièces portant les n®« 20. 3o, 39, 80, 81 et 87 du recueil;
« Vu Part. 8 de la loi du 17 mai 1819, l'art. a6 de la loi du 26 mai 1819;
a Vu également l'art. 463 du code pénal;
« Condamne Baudelaire à 3oo fr* d'amende ;
« Poulet-Malassis et Debroise, chacun à 100 fr. d'amende;
« Ordonne la suppression des pièces portant les n" ao, 3o, 39, 80. 81 et 8du recueil ;
■ Et condamne les prévenus solidairement aux frais. ■
Les six pièces condamnées portaient ces titres : Lesbos, Femmes damnées, le Létké, A celle qui est trop gaie, les Bijoux et les Métamor-
phoses du Vampire. Après la condamnation, deux cents exemplaires qui éuient conservés en réserve furent modifiés conformément au jugement.
Pour Baudelaire, ce procès ne fut jamais qu^un malentendu. « Vous vous attendiez à être acquiné ? lui disait son ami Asselineau au sonir de l'audience. — Acquiné! qu'est-ce à dire ? reprit le poète; je m'attendais qu'on me ferait réparation d'honneur, s
Les plus grands critiques plaidèrent pour Baudelaire dans des anicles remarquables. J. Barbey d'Aurevilly au Pays, Edouard Thierry au Moniteur, lui consacrèrent de brillants feuilletons, et Emile Deschamps,