‹ Le livre (volume 3)Chapitre 23 sur 103 · SI QVI8 ILLVM EX EADEM AVFERRE TENTA · texte numérisé non relu

SI QVI8 ILLVM EX EADEM AVFERRE TENTA

YERIT lYDICIYM CYM DEO ET SANCTO MEDARDO

Il résulte de cette inscription qu'un abbé nommé Numidius a &it écrire le volume et qu'il l'a offert à la basilique de Saint-Médard. La seule grande église de l'époque mérovingienne qui ait été dédiée à saint Médard est le monastère de Soissons. Or nous savons par un autre document que Numidius a gouverné l'abbaye de Saint-Médard de Soissons sous le règne de Childebert III, c'està-dire à la fin du vu* siècle. Nous avons donc, dans le manuscrit de Bruxelles, un exemple authentique du genre d^écriture et d'enluminure qu'on employait alors pour l'exécution des livres de luxe dans le nord de la Gaule.

M. Delisle donne quelques détails sur l'histoire de ce manuscrit et en indique le contenu. Il est d'avis qu'on peut, à l'aide de ce manuscrit, attribuer en toute sécurité à saint Césaire plusieurs homélies que, sur la foi de copies beaucoup moins anciennes, les éditeurs et les bibliographes modernes ont parfois rangées parmi les productions de saint Augustin, de saint Eucher et de Fauste.

M. Delisle fait connaître aussi que les héritiers de M. Çhambry, sur la bienveillante indication de M. Etienne Charavay, ont remis, pour être réintégrées dans les collections de l'Institut, huit pièces originales dont plusieurs sont très importantes, et notamment une lettre de Descartes au P. Mersenne. ■

(Extrait de la séance du 4 mars,) — Deux manuscrits provenant de Charles V sont mis sous les yeux de l'Académie par M. L. Delisle. Le premier est une traduction des Météorologiques d'Aristote, par Mathieu Le Villain. Cet écrit, qui atteste la préoccupation des lettrés du xm* siècle en ce qui touche le philosophe stagyrlte, remonte, selon toute probabilité, à une époque voisine du règne de saint Louis. Le mouvement d'idées que les travaux de Nicolas Oresme révélèrent plus tard avec un éclat nouveau était donc antérieur au règne de Charles V. Il paraît certain que Mathieu Le Villain a eu à sa disposition une version latine faite en partie sur le grec, en partie sur une traduction arabe. La traduction française s'arrête avant la fin du livre III. L'inventaire des livres de Charles V mentionne deux exemplaires des Météorologiques, L'un des deux, tombé entre les mains du duc de Bedford, a disparu ; l'autre, celui dont il s'agit, et qui appartient aujourd'hui à la bibliothèque royale de Bruxelles, est un pré* cieux volume avec frontispice, initiales et rinceaux exécutés soigneusement.

CHRONIQUE DU LIVRE laj

L'inventaire royal mentionne aussi, à côté du magnifique bréviaire exposé actuellement à la bibliothèque dans la galerie Mazarine, un bréviaire plus petit, d'un beau vélin, d'une parfaite écriture, d'un grand prix. Ce petit bréviaire semblait perdu; M. Delisle vient de le reconnaître dans l'exemplaire que possède M. Blancard, archiviste des Bouches-du-Rhône. C'est un bréviaire franciscain, exécuté au xrv* siècle, pour la reine Jeanne d'Évreux, comme l'attestent les armoiries qui le décorent. Il contient un calendrier, un psautier, deux propres, etc. Treize cents lettres armoriées; de magnifiques initiales à longs rinceaux d'un goût exquis ; cent quatorze tableaux représentant des scènes du Nouveau et de l'Ancien Testament font de ce précieux volume une rare collection des chefsd'œuvre de la peinture française au moyen âge.

— On prépare en ce moment le catalogue de la belle bibliothèque laissée par Michel Chasles, le membre de l'Institut si durement exploité par le faussaire Vrain Lucas.

Cette bibliothèque, fort riche en ouvrages historiques et en manuscrits, provoquera certainement de brillantes enchères, car, en dépit de la légende qui s'est attachée à son nom, Chasles était un paléographe des plus distingués et l'un des trois ou quatre érudits de ce siècle.

Les livres de Michel Chasles sont au nombre d'environ 4,000, représentant 2,000 ouvrages environ, — sans compter les manuscrits.

— Il y a peu de temps, racontait dernièrement un des chroniqueurs de VÉyénement^ je visitais la plus riche bibliothèque dé province, j'ai nommé celle de Tours. Il m'est revenu alors à la mémoire un article d'un grand journal, article paru il y a plusieurs années, dans lequel on racontait comment les livres les plus rares de cette bibliothèque avaient échappé à la rapacité de l'ennemi, lors de la dernière guerre.

Cet épisode de l'invasion donne une idée de l'esprit pratique en toute chose du peuple que nous appelions autrefois nos voisins d'outre-Rhin ; il fait honneur à un de nos concitoyens.

D'après nos renseignements, voici le fait dans toute son exactitude :

Au commencement de l'année 1870, un Allemand, se disant professeur d'une grande université d'Allemagne, arrivait à Tours, se présentait à la bibliothèque, où il était reçu cordialement par le conservateur, qui s'empressait de montrer les richesses confiées à sa garde. De la salle de lecture on passait dans celle du premier étage, où sont soigneusement gardés les manuscrits les plus anciens, quantité d'incunables, des collections historiques nombreuses.

L'Allemand ne cessait de s'extasier sur tout ce qu'on lui montrait, prenait des notes, plaisantait un peu sur la provenance de la Bible de Mayence, enlevée par Custine. Il feuilletait souvent aussi un manuscrit richement relié, provevenant de Chanteloup, attribué au duc de Choiseul. Cet Essai sur l'armée prussienne contient des renseignements sur la création, l'organisation des différentes armes, des régiments ; comprend en plus des gravures fort bien faites, représentant les uniformes divers de l'état-major et des corps de troupes. Il se termine par une appréciation sur les causes de la grandeur de l'armée de Frédéric II, en signale en même temps les défauts, les vices.

Après mille remerciements, l'Allemand quitte son cicérone, qui le prie de

ia8 LE LIVRE

mettre son nom sur Talbum où les visiteurs ont l'habitude de signer après avoir admiré ce que contient cette bibliothèque, qui peut rivaliser certainement avec celles de la capitale.

Il signe : Ch. A..., professeur à la faculté de ***, et promet de revenir bientôt.

La guerre éclate ; la Providence s'étant mise du côté opposé au nôtre, Tinvasion marchant à grands pas, le bibliothécaire pense à son visiteur d'il y a quelques mois, prévoit un danger pour les manuscrits, pour tout ce qu'il y a de précieux dans l'administration qui lui est confiée et que toutes les compagnies d'assurance ne pourraient payer. Il demande à la municipalité ce qu'il faut faire. On lui parle des exigences du vainqueur ; on décide que le tout sera porté dans les caves de Rochecorbon ; on pourra agir alors suivant les circonstances.

Le modeste employé se révolte à la pensée que tant de monuments précieux de l'esprit humain pourront être perdus par l'humidité, livrés à un ennemi exigeant. Il court à la préfecture, obtient de Crémieux l'autorisation de les emporter dans le Midi. Tours allait être occupé ; il n'y avait pas de temps à perdre. Il part avec son précieux trésor, arrive à Bordeaux, où il ne se croit pas encore en sûreté, va jusqu'à Biarritz, bien décidé à passer en Espagne si l'ennemi approche.

L'armée prussienne arrive à Tours. Immédiatement une compagnie s'installe à la bibliothèque ; l'officier réclame les ouvrages les plus importants, tous portés sur une liste préparée à l'avance.

Devant l'impossibilité matérielle, malgré les menaces d'impositions extraordinaires, la compagnie est bien obligée de battre en retraite. C'est comme cela que la bibliothèque de Tours possède aujourd'hui les Heures d'Anne de Bretagne, celle de Charles V, V Évangéliaire dit de Saint-Martin (viii* siècle), la Bible de Charles le Chauve, Térence et Tive-Live, annotés par le cardinal La Balue (xv. siècle), la Bible de Mayence (1462), la première imprimée; 2,000 manuscrits et 5oo incunables et ce fameux manuscrit du duc de Choiseul, plus des collections inappréciables.

Si tout cela avait été mis dans les caves de Rochecorbon, il est probable que les bibliothèques allemandes seraient enrichies actuellement des trésors que j'ai admirés il y a quelques jours et qu'avait signalés le nommé A...

On a cru grandement récompenser le bibliothécaire en lui donnant une indemnité n'atteignant pas dix louis, en le décorant des palmes académiques. — On ne pouvait faire mieux, paraît-il.

Nous connaissons beaucoup de romanciers, de journalistes, d'académiciens et de savants dont le nom est inscrit sur les contrôles de la Légion d'honneur. Si nous pouvions les interroger, nous avons la certitude que tous répondraient qu'ils seraient fiers d'avoir pour collègue un homme qui a rendu un si grand service non seulement à sa ville, mais à la France intelligente, à laquelle il a conservé des œuvres beaucoup plus importantes que celles des écrivains du grand siècle et de quelques-uns de nos confrères.

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Paris, QB An : 40 fr. ProTinoe, un An : 42 fr.

Le numéro vendu séparément : 5 francs.

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DEUXIÈME ANNÉE

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