Tome douzième — i
A Bruxelles (sans autre mention).
Entre Tannée 1825 et l'année 1827 il avait paru en France une édition des Mémoires en langue française, composée de sept volumes in- 12, avec cette indication : Paris^ ches[ Tournachon^MoUn, Mais ce qu'on sait peu aujourd'hui, et ce qui importe de savoir si on est amateur d'éditions véritables, c'est que cette publication entreprise par M. Aubert de Vitry n'est pas autre chose qu'une retraduction en français de la traduction faite en allemand, à Leipzig, par M. de SchUtz ! Tout lecteur et tout amateur ne devront donc jamais accorder la moindre estime à l'édition de Paris, datée de 182 5- 182 7, sous l'enseigne Tournachon-Molin <.
Les éditions parues depuis en français, soit à Paris, chez Paulin (4 volumes in-12), imprimerie Béthune et Pion, 1848, soit à Bruxelles (6 volumes in-12), chez Rosez, soit dernièrement à Paris, chez les frères Garnier, peuvent être lues avec confiance, car elles ont été la jfîdèle copie, pour le texte du moins,
I. Voici le titre de cette édition il éviter : Mémoires du Vénitien J. Casanova de Seingalt, extraits de ses manuscrits originaux publiés en Allemagne par G. de Schûti et tradaits : les trois premiers Tolomes par M. Jung, les sept autres par Aubert de Vitry. (10 vol. in-xs.)
Voici, do reste, le relevé des titres des éditions successivement produites, soit en France, soit en Belgique.
Mémoires sur les cinquante dernières années du xviii' siècle par Jacques Casanova de Seingalt, publiés ttaprès les manuscrits originaux de l'auteur. Tomes I et II, Paris, 1830. Imprimerie Cosson. (Cette édition en est demeurée à ces deux premiers volumes seulement.)
Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt écrits par lui-même. (Édition originale, la seule complète, dit l'éditeur.) Paris, i833-i837. 10 volumes in- 8**. Paulin, éditeur.
Mémoires (idem). Bruxelles, 1833. J. D. Méline. xo volumes in-x8. Édition incomplète.
Mémoires (idem). Nouvelle édition publiée par PauHn en 4 volumes in-12. Paris, 1843. Imprimerie Béthune et Pion .
Mémoires (idem). Bruxelles. J. Rosez, x86o et 1863.6 volumes in-iaet 1871 6 vol. in-8°.
Mémoires (idem). Paris, Gamier frères. 8 vol. in-8<*(i879) ^t m-i^ (1880), avec table analytique.
de rédition en français préparée sur le manuscrit autographe par le professeur Jean Laforgue et publiée à Leipzig, à Paris et à Bruxelles, par les soins de la maison Brockaus'.
Tels sont les détails, les informations, les renseignements que nous avions à donner sur l'authenticité de la composition des Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt. Ils sont précis et formels. On ne saurait donc désormais évoquer des assertions aussi erronées que celles de l'auteur ou des auteurs des Supercheries littéraires dévoilées^ qui, sans plus de cérémonie, disent f qu'il est bien certain que Casanova n'est pas l'auteur de ces Mémoires ». « A qui, ajoutent-ils ingénument, faut-il les attribuer? » Il ne faut plus aussi penser à Stendhal comme ayant eu la main à cet ouvrage. Le très érudit bibliophile Jacob a bien voulu dire qu'il reconnaissait à chaque page Tesprit, le caractère, les idées et le style du maître homme qui fut l'auteur de Rouge et JVoir, de la Chartreuse de Parme^ et des Promenades dans Rome. A quoi on lui peut répondre que, par cette reconnaissance, il a fait fort grand honneur à Casanova d'abord et quelque honneur aussi au professeur Jean Laforgue, mais qu'en somme, cette fois, il s'est trompé, sinon pour le jugement qu'il porte sur l'œuvre, du moins pour la personne de l'auteur a laquelle il l'attribue.
Beaucoup de choses seront encore à dire sur l'emploi littéraire des dernières années de l'étonnant aventurier». Un séjour sur le territoire de Dux avec l'appui et l'autorisation du possesseur actuel de cette seigneurie permettrait à un érudit doué de beaucoup de patience d'avoir le dernier mot sur l'historique de la composition des Mémoires qui y furent écrits. Il n'y a pas de doute à avoir sur la diversité et la quantité de documents épistolaires, qui s'y trouvent présentement encore, concernant la personne de Casanova et les occupations de son esprit, pendant cette dernière période de sa vie. Les témoignages abondent de la part des visiteurs qui, chaque année, séjournant à Tœpliz pour y prendre les eaux, font une excursion à Dux. Plusieurs de ces visiteurs ont rendu compte de leurs impressions et souvenirs. Un article de M. Lucian Herbert, publié par la. Nouvelle Presse libre de Vienne, le lo juin 1868, la lettre d'un correspondant de la Galette d*Augsbourg^ voyageant en Bohême en 1875, contiennent d'amples détails sur les manuscrits et correspondances de Casanova conservés à Dux. Mais ce que ces narrateurs nous disent ne satisfait pas pleinement la curiosité d'autrui, car ils écrivent et racontent en voyageurs qui passent et non en chercheurs expansifs. Nous-même, avant ces deux intéressants correspondants, à l'époque où, revenu de Venise en France, nous avions donné suite aux recherches que nous avions commencées, nous-même, disons-nous, avions reçu de curieux
I. M. Henri-Edouard Brockaus fait toutefois cette obseryatioa dans ton ouvrage déjà cité : a L'édition de Bruxelles désignée «la seule complète » est la reproduction de celle de Leipzig, mais incomplète. Elle peut être appelée plus complète en ce sens que les personnalités historiques désignées par des initiales dans l'édition originale sont désignées en toutes lettres. »
3. Nous publierons, dans un article supplémentaire spécial, l'indication bibliographique des divers ouvrages de Casanova, autres que les Mémoires : la plupart sont d'une extrême rareté.
témoignages. Nous les rappelons ici avec d'autant plus de plaisir que Toccasion est bonne pour grandement remercier l'obligeant témoin. M. le prince Clary- Aldringhen, possesseur de la seigneurie de Tœpliz, se trouvait alors en son domaine. Tœpliz est le lieu le plus proche de Dux. Les relations personnelles qu'il nous avait été donné d'avoir avec le prince et sa famille pendant de longues et heureuses années à Venise nous avaient permis de le prier de seconder notre curiosité. Pendant qu'il était si près du château de Dux, nous lui avions donc adressé^ sous forme familière, quelques interrogations qui nous avaient valu d'intéressantes réponses. C'était chose d'autant plus piquante d'avoir ces détails par M. le prince Edmond Clary que M. le prince Charles-Joseph, son grandpére, et la princesse sa grand'mère, née de Ligne, avaient fort connu messer Casanova, leur voisin, lequel les visitait souvent, les entretenait de ses compositions, les divertissait par ses récits et ses lectures, faisait partie, en un mot, de la compagnie qui se réunissait à Tœpliz, le plus souvent possible, et surtout pendant les séjours qu'y faisait M. le prince de Ligne. Ce fut piquant, disonsnous, de recevoir de Tœpliz le témoignage suivant de M. le prince Edmond Clary, en date du 11 août 1868 :
Cher monsieur Baschet,
Dès que je me suis persuadé par votre lettre du 3i juillet que « votre humeur serait très contrariée 9, si votre désir d'apprendre quelque chose de nouveau sur ce coquin de Casanova n'était pas satisfait, je pris la résolution de faire des recherches à Dux, sur les manuscrits tant désirés. Ce n'est que le 8 qu'il m'a été possible de faire cette course, et ce n'est qu'aujourd'hui que je parviens à vous mander le résultat de mes recherches. On m'a ouvert, en effet, un grand tiroir rempli de manuscrits de Casanova et de lettres reçues par lui, mais tout cela est dans un désordre inexprimable. Le premier manuscrit sur lequel j'ai mis la main était dédié à ma grand'mère Clary, née Ligne et contient des « réflexions sur la Révolution française ». Je suis resté deux heures dans cette bibliothèque, et ai parcouru superficiellement, bien entendu, tout le contenu du tiroir. Les lettres sont sûrement d'un grand intérêt, mais je n'ai pas eu le temps d'en lire beaucoup. Je me suis borné ensuite à chercher une suite aux Afémotre5 (dont je n'ai rien trouvé) et à me mettre au fait de tous les ouvrages de l'auteur. Les feuilles de différents cahiers étaient tellement mêlées entre elles que c'était fort difficile d'y mettre de l'ordre. Il y aune foule de feuilles détachées, de brouillons et d'extraits. En fait de plus grands ouvrages, j'ai trouvé plusieurs manuscrits qui ont rapport à un livre qui a dû être imprimé, VIcosameron, puis un Rêve : Dieu et Moi. C'est une conversation entre Casanova et le bon Dieu sur des sujets religieux. « Un Essai sur la matière créée ou non créée. » Une histoire de mon existence, ce qui a moins l'air d'un fournal, qu'une de ses excursions favorites dans la métaphysique et la philosophie. En fait d'ouvrages historiques, il y en a plusieurs sur la Pologne. 11 y a un catalogue raisonné delà Bibliothèque, puis beaucoup de poésies, drames, etc., une tragi-comédie en trois actes, qui porte le titre de : « le Polémoscope » et est dédiée aussi à ma grand'mère. Voilà tout ce que je puis vous dire pour le moment, sur ma première recherche. J'espère avoir encore le temps de retourner à Dux, mais je ne puis pas vous le promettre pour le moment, puisque toute ma famille est en train de se réunir ici et que le 20, je dois partir pour la diète de Prague qui me retiendra au moins trois sdnaines. En attendant que je puisse le faire, je vous envoie deux photographies du château de Dux que vous avez désiré avoir. L'une est prise du côté du jardin, l'autre du côté de la ville. Dans la dernière, on ne peut pas distinguer dans la cour une très belle fontaine en bronze que le duc de Friedland a fait couler de canons pris aux Suédois et qu'il a ornée d'une inscription... Croyez moi votre très dévoué. E. Clary.
Le récit donné par le correspondant de la Galette d'Augsbourg sous le titre de : Bœhmische Wanderungen^ à la date du 26 juin 1875, est plus circon- II. 19
ÈiS LE LIVRE
staDcié encore que ia lettre si particulièrement obligeante de M. le prince Clary. L'auteur s'étend fort sur le détail de la correspondance conservée, et si, comme il est h croire, il n'en eiagère pas l'importance et le volume, on se peut prendre d'étonnement que quelque curieux bien avise n'en ait point déjà tiré parti. Le Journal officiel français et, par suite, le Journal des Débats, puisant à la source de la Galette d'Augsbourg, ont résumé, à l'époque oîi elle fut publiée, l'intéressante communication du correspondant voyageur en Bohême.
Il est évident qu'un cboiz serait à faire parmi tant de pièces indiquées dont, sans doute, un grand nombre n'est que fatras et inutilités. Mais, nous le répétons, il y aurait un travail nouveau à produire concernant la personne et les oeuvres de Jacques Casanova de Seingalt. Deux conditions, pour que ce travail soit mené à bien, sont indispensables : la première, c'est l'admission à consulter . le manuscrit autographe des Mémoiret dans la maison Brockaus k Leipzig, ainsi que les divers autres écrits inédits qui y sont conservés ; la seconde, c'est un séjour à Dui, en Bohême, avec installation dans la bibliothèque du château, avec communication sans réserve de tous les papiers et correspondances laissés par l'aventurier que ses Mémoires seuls ont rendu célèbre.
Armand Baschbt.
De la For£t du Banel, aux Ardennes, Décembre 1880.
CB n'est point sans émotion que j'évoque les souvenirs de mes premiers rapports avec les