‹ Le livre (volume 3)Chapitre 48 sur 103 · II · texte numérisé non relu

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1708, avait même paru avec un commentaire composé par im protestant français, Antoine Motteux ou Le Motteux, qui n'hésite pas à déclarer que le V^ livre « est la plus belle partie de tout Touvrage ». César de Missy, traducteur du commentaire de Le Motteux en français, pour la grande édition du Rabelais de Le Duchat (Amsterdam, Frédéric Bemardj 1 741 , 3 vol. in 4^*), ne partageait pas, il est vrai, le sentiment de son compatriote, protestant comme lui : « Il y en a, dit-il, qui doutent beaucoup que le V* livre soit de Rabelais. Je ne me charge point de faire valoir leurs raisons, mais je ne puis m'empêcher de reconnoître qu'ils ne me paroissent jamais plus forts, que lorsqu'ils soutiennent que le cinquième livre est inférieur aux quatre autres, quoiqu'au reste il ait bien son mérite. Il faudroit entendre làdessus l'illustre M. de Moivre (protestant français réfugié en Angleterre, à la révocation de redit de Nantes), qui, avec son génie transcendant pour les mathématiques, a un goût très vif pour les grandes beautez de Corneille, de Molière, de La Fontaine, de Rabelais, et qui est bien éloigné de regarder le V* livre comme le plus beau. » Ce n'était pas M. de Moivre, le mathématicien, qu'il eût fallu consulter sur cette question de littérature, mais bien les illustres rabelaisiens, qui, comme le docte médecin Guy-Patin, ou bien Huet, évêque d'Avranches, avaient fait des œuvres de Rabelais l'étude et les délices de toute leur vie.

L'exemple du savant Huet avait été suivi religieusement, à cet égard, par plus d'un respectable savant ecclésiastique, qui pardonnait à Rabelais ses audaces de satire et ses incongruités de langage, en faveur de sa lumineuse raison et de son merveilleux esprit. L'Église catholique elle-même était indulgente pour ce grand philosophe évangélique, car on avait placé son buste dans la cour d'honneur du palais épiscopal de Paris : < Le portrait, dit Jean Bernier dans son Véritable Rabelais réformé (1697), ^^^ qu'on voyoit il n'y a pas encore longtemps en la cour de l'archevêché de Paris et qui a disparu on ne sait comment ni pourquoi, étoit un buste de plâtre. » Il y eut, au milieu du xviii* siècle, deux abbés qui publièrent simultanément, en 1752, une édition de Rabelais, avec notices et commentaires. L'abbé de Marsy eut l'idée d'éclaircir et d'alléger, pour ainsi dire, les œuvres de son auteur favori, en supprimant dans le texte courant les passages obscurs ou inutiles, qu'il rejetait au bas des pages, sans supprimer un seul mot de l'original. Voici son opinion sur l'authenticité du V* livre : « En général, dit-il, toutes les éditions qu'on a faites de ce livre sont pleines de variations; ce qui prouve que Rabelais n'y a point mis la dernière main et que les éditeurs ne l'ont rédigé que sur les matériaux qu'ils ont trouvés parmi ses papiers. C'est ce qui a fait croire, quoique fort mal à propos, que ce dernier livre n'étoit point de Rabelais, comme le médecin Louis Guyon a eu l'audace de l'avancer. Ainsi on ne sauroit douter que ce livre ne soit de Rabelais, au moins pour le fond. Il est probable, et l'on aperçoit même, en le lisant avec attention, que les premiers éditeurs de cette quatrième partie du Pantagruel^ trouvant le manuscrit de Rabelais fort en désordre, ont rassemblé de leur mieux ces matériaux et ont même suppléé quelques transitions. » On ne saurait trop reconnaître, comme on le verra plus loin, le bon sens et la divination, qui ont dicté ce jugement à l'abbé de Marsy, l'éditeur d'un Rabelais qu'il intitule le Rabelais moderne. L'abbé Perau a été moins scrupuleux dans les retranchements arbitraires et absolus qu'il fit subir, en son édition publiée sous le titre d*Œuvres choisies, au texte de son auteur, où il n'a laissé, dit-il, « que ce qui peut flatter la délicatesse des gens de goût ». L'abbé Perau ^

ETUDE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE V« LIVRE DE RABELAIS an

dans sa curieuse notice sur la vie de Rabelais, rapporte quelques-unes des raisons sur lesquelles on s'était fondé pour nier l'authenticité du V* livre : « On peut bien, ajoute*t-il un peu légèrement, se ranger du parti de ceux qui croyent que le V* livre n'est pas de Rabelais. »

Voltaire et la secte philosophique avaient traité Rabelais et son œuvre avec dédain, sinon avec mépris. Dans la seconde moitié du xviii* siècle, on sembla donc ne vouloir plus entendre parler du Gargantua ni du PantagueU quoique Ginguené eût essayé, en 1 791, de prendre au sérieux un ouvrage qui avait fait l'admiration du siècle où il parut, et de le remettre en honneur dans une brochure de circonstance, intitulée : De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans la Constitution civile du clergé, ou institutions royales^, politiques et ecclésiaS' tiques tirées de Gargantua et de Pantagruel. La question de l'authenticité du V* livre n'intéressait plus personne, et ilest bonà noter que, dans l'espace de près de soixante-dix ans, il ne fut publié en France qu'une seule édition de Rabelais, celle de 1 798, où l'éditeur Bastien s'était contenté de reproduire le commentaire de Le Motteux, traduit par César de Missy. C'est aux persévérantes attaques de Voltaire contre Rabelais qu'il faut attribuer cette incroyable insouciance du public lettré, pour un des plus grands écrivains français, à une époque où ses imitateurs anglais, Swift et Sterne, étaient souvent traduits et réimprimés dans notre langue. Cette injustice ne pouvait durer : en 1820, un fidèle rabelaisien, Stanislas de l'Aulnaye, trouva enfin un libraire (Desoer) pour publier l'excellente édition qu'il préparait depuis de nombreuses années et qu'il avait augmentée de précieux travaux philologiques. Cette édition, dont l'annotateur avait jugé convenable de ne pas exprimer un doute sur l'authenticité du V« livre, fut accueillie avec tant de faveur, qu'il s'occupa d'en faire une nouvelle, plus complète encore et mieux ordonnée que la précédente, qui était épuisée et déjà rare. La seconde édition de Stanislas de l'Aulnaye commença donc à paraître (Paris^ Louis Janet^ 1823, 3 vol. in-8*^), au moment où l'on en annonçait une autre, accompagnée des notes de tous les commentateurs, édition splendide que deux amis, Esmangart et Éloi Johanneau, avaient surchargée à l'envi de notes savantes et d'éclairdssements historiques (PariSy Dalibony 1823, 9 vol. in-8'). De l'Aulnaye aurait cm faire injure à la mémoire de Rabelais en émettant un simple doute relativement a ses droits incontestables d'auteur du V* livre; Esmangart et Éloi Johanneau ne semblent pas avoir eu le même respect pour cette possession d'^état, confirmée par trois siècles d'admiration constante, car ils se bornent à répéter, dans leur commentaire un peu trop prolixe, cette judicieuse remarque de Le Duchat : « Les gens de son temps, et qui étoient intimement liés avec lui, n'ont pas mis en doute que ce livre ne fût son ouvrage aussi bien que les précédents », et celle de l'abbé de Marsy : « Ils n'ont pas fait difficulté de le lui attribuer et même de le regarder comme celui de ses ouvrages, qui étoit le plus capable de le rendre immortel. »

Rabelais avait enfin reconquis sa vraie place dans la littérature française et il rentrait triomphalement dans la bibliothèque de tous les hommes instruits et éclairés. L'édition de S. de l'Aulnaye fut réimprimée presque intégralement dans la collection compacte des Classiques français (Paris^ Lefèvre, i835, grand in-8*à 2 colonnes), et le reviseur de cette édition n'eut garde d'y ajouter un seul mot qui eût trait à l'opinion, désormais abandonnée, qui présentait le V* livre

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comme supposé par [un faussaire, ou interpolé par les premiers éditeurs. Moimême, qui étais très jeune et très inexpérimenté alors, je n'eus pas même la pensée de revenir sur cette opinion qui avait fait son temps et qui paraissait ne pouvoir plus revivre, lorsque je publiai une petite édition, très jolie et très mauvaise, des œuvres de Rabelais, où je n'avais mis que des notes explicatives du texte {Paris, Jehenne, 1825-27, ^ ^o^- in- 32). En même temps paraissait en Belgique une très bonne édition de Rabelais (Bruxelles^ Tancé^ i83o, 7 vol. in- 18), augmentée d'un glossaire et des remarques historiques et philologiques de tous les commentateurs, que l'éditeur anonyme (l'avertissement est signé de l'initiale T) avait choisies, discutées et rectifiées très judicieusement. Cet éditeur résuma en ces termes la question de l'authenticité du V* livre: < Les nombreuses variations qui se trouvent dans toutes les éditions de ce livre ont fait croire à plusieurs critiques qu'il n'était pas de Rabelais. Le Duchat reconnaît, dans cette dernière partie, le style et l'esprit de l'auteur des quatre premiers livres. Le Motteux trouve cette dernière partie la plus belle de tout l'ouvrage. C'est aussi notre avis : elle est la plus philosophique et la plus audacieusement satirique. »

A mon tour maintenant. J'avais découvert à la Bibliothèque du roi un manuscrit du V* livre, jusqu'alors inconnu ou plutôt négligé, dont aucun bibliographe n'avait parlé, dont aucun éditeur de Rabelais n'avait fait usage. Je n'eus qu'à jeter les yeux sur ce manuscrit pour en apprécier toute la valeur : il ne renfermait pas sans doute un texte complet, tel que je l'avais désiré, tel que je le cherchais depuis longtemps, mais il était bien du temps de Rabelais et il offrait une foule de particularités intéressantes, dont je me promettais de tirer parti, au profit de la grande édition de Rabelais, que j'avais projetée de longue date et dont je rassemblais au jour le jour les nombreux éléments. L'heure n'était pas venue d'entreprendre cette édition à peine ébauchée, et je crains bien que cette heure-là ne vienne jamais, car je suis trop vieux et trop occupé ailleurs pour consacrer à .Rabelais deux ou trois ans de ma vie. Un libraire de Paris, sachant, par Sainte-Beuve, que j'avais dès lors beaucoup de matériaux accumulés pour cette édition, toujours promise et déjà annoncée dans les catalogues de MM. Firmin-Didbt, me pria de donner mes soins à une édition compacte de Rabelais, en un seul volume in- 12, édition commencée par Charles Labitte, qui s'était arrêté, de guerre lasse, après le premier livre. Je consentis non seulement à annoter les quatre suivants, mais encore à corriger pour la première fois le texte altéré du V« livre, au moyen des innombrables variantes que me fournirait le manuscrit de la Bibliothèque du roi; je m'engageai, de plus, à placer en tête de cette édition, un abrégé de la vie de Rabelais, que j'avais en portefeuille et qui devait former plus d'un volume in-8''. Cette édition, compacte, disposée et imprimée en moins d'un an {Paris, Charpentier, 1840, in- 12), eut un immense succès et se vendit à plus de 60,000 exemplaires. Mon Rabelais était devenu dès lors le vade-mecum de toute la jeunesse studieuse. Mais je n'avais pas exposé, je n'aurais pu grouper, dans cette édition populaire et usuelle, toutes les observations bibliographiques que l'étude du manuscrit du V« livre m'avait suggérées et que je résumerai plus loin pour prouver, sans réplique, que ceV* livre est tout entier de Rabelais, sans aucune interpolation, sans aucun changement capital. J'avais déjà formulé mon opinion sur le V« livre, dans ma notice sur Rabelais : « On essaya, disais-je, de contester à Rabelais ce cinquième livre, empreint de son esprit et

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de son style, admirable conclusion de son ouvrage ; on en fit honneur à un écolier de Valence^ c'est-à-dire que l'on confondit la Mythistoire barragouine de Fanfreluche et Gaudichon avec Vlsle sonnante^ Guillaume des Autels avec Rabelais! Mais le doute n'était pas possible après la lecture du cinquième livre qui demeura bientôt en toute propriété à son immortel auteur. »

On pouvait croire que le grand débat, soulevé depuis trois siècles, au sujet de l'authenticité du V* livre, était clos pour toujours; mais les érudits sont difficiles à convaincre, et le doute a été de tout temps une de leurs plus chères prérogatives dans les questions de leur compétence. Burgaud des Marets, qui travaillait depuis vingt ans à uniformiser l'orthographe des cinq livres du Gargantua et du Pantagruel, publia enfin son édition des Œuvres de Rabelais, « ramenées à une orthographe qui facilite la lecture, bien que choisie exclusivement dans les anciens textes » (PariSy Firmin Didot, 1 858, 2 vol. in-i 2) ; et dans les notes qui accompagnent son texte, il ne se lassa pas de répéter que le V* livre n'est pas de Rabe* lais et ne saurait être de lui. Rathery, néanmoins, le collaborateur de Burgaud des Marets, garda un silence prudent sur ce malheureux V* livre, dans la notice biographique qu'il s'était chargé seul d'écrire sur Rabelais. Même prudence de sa part dans une seconde édition (iSyB), oti cette remarquable notice ft été très perfectionnée ; mais, en revanche, Burgaud des Marets redoubla ses dénigrantes sorties contre le V* livre dans de nouvelles notes, où il ne perd aucune occasion de faire ressortir les insuffisances du texte de ce V* livre : « Si Rabelais est pour quelque chose dans cette œuvre, il n'a jamais pu l'écrire telle qu'elle est », dit-il dans une note sur le quatrain qui figure en tête du V* livre. Burgaud des Marets avait pourtant corrigé, à l'aide des variantes du manuscrit de la Bibliothèque du roi, quantité de passages qu'il trouvait corrompus et inintelligibles dans les anciennes éditions. « Si nous pouvions admettre que ce livre fût de Rabelais, dit-il à propos du chapitre des Apedeftes^ nous nous abstiendrions de placer ici ce chapitre ; mais comme on est habitué à l'y voir et que nous ignorons s'il est ou non du même auteur que le reste de ce prétendu cinquième livre, nous nous décidons à ne pas le supprimer. » L'édition de Burgaud des Marets et de Rathery était néanmoins fort ingénieuse et vraiment bonne et estimable; elle se répandit dans beaucoup de mains, et le doute se ravivait de proche en proche à l'égard de l'authenticité du V* livre.

Un auteur aimable et compréhensif en pantagruélisme, M. Eugène Noël, avait mieux motivé ses doutes dans un charmant ouvrage, réimprimé plusieurs fois et intitulé : Rabelais médecin^ écrivain^ philosophe (Paris, Bécus, 1880, in- 16, quatrième édition) : « Dans le V* livre de Pantagruel^ qui n'en est pas moins le meilleur, disait-il, je ne puis attribuer à Rabelais le Tournoi de la quinte.»,. En effet, ce V« livre, qui fut publié après la mort de Rabelais, parut d'abord sans l'épisode de la Quinte ; ce ne fut que quelque temps après qu'un éditeur s'avisa de cette augmentation. Peut-être ces chapitres intercalés furent-ils des chapitres trouvés à l'état de projet dans les papiers de maître François dont la rédaction et la mise en ordre furent confiées à quelque écrivain du temps. » De j868 à 1872, MM. Anatole de Montaiglon et Louis Lacour avaient mis au jour un admirable texte de Rabelais, entièrement renouvelé et édaircî à l'aide de la ponctuation; ils avaient même, pour la première fois, publié le texte du manuscrit pour le V« livre, de préférence aux textes des éditions imprimées ; mais les

notices historiques et littéraires, qu'on attendait de ces deux érudits de premier ordre, n'ayant point paru, ils ne nous ont pas fait connaître comment ils entendaient se prononcer définitivement sur l'authenticité du V* livre.

Dans la notice biographique de son estimable édition des œuvres de Rabelais (San-RemOy J, GajTy 1874, 3 vol. in- 13), M. A.-L. Sardou trancha, par un moyen terme, cette question d'authenticité : « Le cinquième livre de l'œuvre rabelaisienne ne parut que plusieurs années après la mort de l'auteur; aussi a-t-on formé des doutes très sérieux sur l'authenticité de ce livre. Les uns le rejettent entièrement; d'autres, seulement en quelques parties, bibles à la vérité, et qui ne paraissent pas être de la même main que tout le reste.... Il est fort probable que la mort n'ayant pas permis à Rabelais de mettre la dernière main au cinquième livre, quelqu'im de ses amis, Jean Turquet peut-être ou Henri Estienne, crut devoir le suppléer, et se permit de retoucher l'œuvre inachevée et d'y ajouter même. Le mieux est donc de prendre un moyen terme : ni tout admettre^ ni tout rejeter.

Nous n'avons pas rappelé les deux excellentes éditions de Rabelais, publiées par Pierre Jannet, d'après les derniers textes revus par l'auteur {Paris, édition de la Bibliothèque el^évirienne^ 1868-72, 2 vol. in-12, et Paris, Picard, 1868 et suiv., 7 vol. in- 12), parce que les notes, que l'éditeur avait promises, n'ont pas encore paru dans la première de ces deux éditions, et que la seconde, aujourd'hui complète et achevée par M. Louis Moland, ne contient pas une phrase qui puisse réveiller un doute sur l'authenticité du V« livre. Mais M. Louis Moland, qui est certainement un de nos plus judicieux critiques, avait déjà donné son avis dans la préface de la grande édition de Rabelais (Paris, Garnier, 1873, 2 vol. in-folio), publiée par ses soins et illustrée de dessins de Gustave Doré : « Je crois, avait-il dit après un examen impartial des arguments allégués pour et contre l'authenticité du V* livre, je crois qu'il faut s'en tenir, sur cette question, à un moyen terme. Rabelais avait sans doute laissé les principaux éléments de ce livre, mais il n'est guère probable que ce qu'il a laissé nous soit parvenu dans son intégrité. Quelqu'un est intervenu après lui, pour retoucher l'œuvre inachevée, la compléter à sa guise. Il me paraît également impossible de tout admettre et de tout rejeter. On ne peut méconnaître le génie rabelaisien dans certains passages, et l'Oracle de la Bouteille paraît le dénouement où le roman allait de lui-même aboutir. » M. A.-L. Sardou n'avait donc fait que s'approprier les termes même du jugement porté par M. Louis Moland sur la question qui n'est pas encore résolue en dernier ressort.

Nous avons passé en revue les opinions divergentes des différents éditeurs de Rabelais. Nous aurions pu faire intervenir d'autres écrivains, qui se sont aussi préoccupés de la même question, sans la résoudre; Delécluze, qui, dans son ouvrage intitulé FranfOf 5 Rabelais (1841, in-8<»), examine le point litigieux, et ne décide rien ; Charles Lenormand, qui, dans ses recherches architecturales sur l'abbaye de Thélème (Paris, 1840, in-8«), ne doute pas que Rabelais n'ait pris part à la composition du Vt livre et y reconnaît la griffe de l'aigle; M. Gustave Brunet, qui, dans l'article Rabelais, de la Biographie universelle (édition Thoisnier-Desplaces), constate les doutes élevés sur l'authenticité du Vc livre, mais ne les discute pas, en faisant toutefois remarquer que la publication de ce livre, « le plus fort de tous », ne donna lieu à aucun procès et que nul obstacle n'empêcha

les réimpressions qu'on en fit partout impunément. D'autres critiques éminents, tels que Charles Nodier et Guizot, qui ont aussi parlé de Rabelais avec une grande élévation d'idées, ne se sont pas arrêtés un moment à mettre en doute l'authenticité de cet admirable V* livre, qui fait l'indispensable complément de l'œuvre rabelaisienne.

C'est à nouSy maintenant, de répondre aux trois objections principales qui ont été faites pour prouver que le V* livre est, sinon apocryphe, du moins dénaturé par des interpolations où le Êiussaire s'est trahi lui-même. Après avoir repoussé ces objections, en démontrant qu'elles sont bien faibles ou bien mal fondées, nous n'avons plus qu'à démontrer, avec évidence, que ce V* livre est l'ouvrage de Rabelais, ouvrage inachevé sans doute, et dont les fautes même accusent les retouches maladroites des premiers éditeurs ayant mal lu ou mal compris le manuscrit original et n'ayant pas su en remplir les lacunes.

I* Certains critiques, tout en inclinant à reconnaître l'authenticité du V* livre, repoussent absolument comme apocryphes le chapitre des Apedeftes et les deux chapitres du Tournoi de la Quinte,

2* D'autres critiques signalent des tendances calvinistes dans ce V* livre et soutiennent que Rabelais, qui n'épargnait pas les superstitions et les abus de l'Eglise catholique et romaine, n'a jamais prêté la main à la polémique agressive du protestantisme et s'est tenu absolument à l'écart de la Réforme.

3® Dans le chapitre xix de ce V* livre, l'auteur cite, parmi les philosophes contemporains qui ont traité de Ventéléchie (perfection intérieure) d'Aristote, Scaliger, Bigot, Chambrier et François Fleury, tous zélés entéléchistes ; or on ne connaît de Jules-César Scaliger qu'un seul ouvrage dans lequel il ait parlé de l'entéléchie, et cet ouvrage n'a paru qu'en iSSy, c'est-à-dire quatre ans après la mort de Rabelais.

La réponse à ce troisième argument, qui semble, à première vue, invincible et irréfragable, est pourtant facile; Le Duchat l'avait déjà réfuté en partie. L'ouvrage de J.-C. Scaliger où il est question de l'entéléchie, c'est le recueil des Excitationes contre Cardan et son traité De subtilitate (aux n^ i2, 14, i5, 19 et surtout n* 1 15 de la 3o7*), imprimées à Paris, pour la première fois, en i5by. « Peut-être, dit Le Duchat dans une de ses notes sur le chapitre xix (V* livre), peut-être que Scaliger ayant depuis plusieurs années écrit confidemment à Bigot ses sentiments sur l'entéléchie, celui-ci les auroit, dès ce temps-là, communiqués à Rabelais, sur le même pié que plus bas, au chapitre xxxiv du présent livre (exercitationes); on voit que le même Bigotlui avoit répliqué sa propre pensée sur cette femme qui dans l'Apocalypse est représentée ayant la lune sous ses pies. Un autre et plus grand embarras, selon moi, c'est que ce passage des Exercitations désigne personnellement Rabelais sous les termes de novis Lu^ cianis atque Diagoris culinariiSy par rapport à la raillerie que Rabelais avait faite de Scaliger en cet endroit-ci de son livre. » C'est, en effet, Rabelais que visait J.-C. Scaliger, en s'indignant contre les nouveaux Luciens et les Diagores ou les athées culinaires. Il y avait une vieille querelle entre Scaliger et Rabelais. Celui-ci, dans une lettre latine adressée à Bernard de Salignac, en décembre i33i : «J'ai appris récemment, dit-il, par Hilaire Bertulphe, avec qui je suis ici en relation, que vous préparez je ne sais quoi contre les calomnies de Jérôme Aléandre, que vous soupçonnez d'avoir écrit contre vous sous le masque d'un

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faux Scaliger. Je ne souffrirai pas que vous soyez plus longtemps incertain et abusé par ce soupçon, car ce Scaliger existe réellement. Il est de Vérone, issu de cette famille exilée des Scaliger, exilé lui-même; maintenant il exerce la médecine à Agen. Ce calomniateur m'est bien connu. Il n'est pas sans quelques connaissances en médecine, homme, du reste, nullement estimable et absolument athée, comme personne ne le fut jamais davantage. » Rabelais était donc, depuis l'année i53i, en pleine brouille avec Jules-César Scaliger qu'il n'estimait guère et qu'il détestait cordialement.

Quant aux Exercitations que Rabelais pouvait et devait connaître, du moins par ouT dire, bien avant que l'ouvrage fût imprimé à Paris en i557,voici le titre complet de cet ouvrage : Exotericarum exercitationum liber quintus decimus, de Subtilitate, ad Hieronymum Cardanum (Lutetiœ, Michael Vascosan, 1 557, ^^'^^)' a Scaliger, dit le P. Niceron (Mém, pour servir à î'hisu des hommes illustres, t. XXIII, p. 267), a donné k ces Exercitations le titre de quinzième livre, parce qu'avant qu'il le composât, il avoit déjà fiùt, à ce qu'il prétend, quatorze autres volumes sous le même titre, mais qui ne regardoient pas Cardan. » Le traité De subtilitate^ de Cardan, avait été publié à Nuremberg, en i55o. « Jules César Scaliger, ayant lu l'ouvrage de Cardan, dit le P. Niceron (t. XIV, p. 269), songea à écrire contre lui.... La critique ne parut cependant que sept ans après que l'ouvrage de Cardan eut été imprimé. » Cette critique fut certainement communiquée en manuscrit à plusieurs imprimeurs, avant d'être mis sous presse chez un imprimeur de Paris ; Scaliger était alors en rapport épistolaire avec beaucoup de savants, amis de Rabelais, entre autres avec le célèbre imprimeur de Lyon, Sébastien Gryphe, qui avait imprimé, en 1540, son fameux livre : De causis linguœ latinœ. Or il ne Êiut pas oublier que Scaliger trouva assez difficilement un libraire qui voulût imprimer ses ouvrages, où il attaquait tout le monde avec une sorte de rage envieuse. Il avait donc attaqué Rabelais, sans toutefois le nommer, dans ses Exercitations, imprimées seulement en 1 557, mais composées sept anttées auparavant, et Rabelais, de son côté, ne s'était pas fait scrupule de se moquer de lui, à propos de l'entéléchie, dans le V* livre de Pantagruel, qui fut écrit en 1 549, comme nous le prouverons tout à l'heure, car il savait, de longue date, que Scaliger était entéléchiste. Il se moqua, en même temps, de Guillaume Bigot, qui avait glorifié l'entéléchie d'Aristote, dans un ouvrage de philosophie intitulé : Profludium christianœ philosophiœ, opus cum aliorum tum hominis substantiam luculentis exprimens rationibus (Tolosœ, apud Guydonem Boudevilleum, 1 548, in-4<>), et de François Fleury, Italien naturalisé en France comme Scaliger, son ami, et qui avait aussi parlé de l'entéléchie dans son Apologia in M. Actii, Plauti aliorumque latinœ linguœ scriptorum calum^ niatores (Lugduni, Gryphius, i537, in-8®). Rabelais s'était trouvé en fréquent rapport avec François Fleury, chez l'imprimeur Sébastien Gryphius, et avec Guillaume Bigot, chez le cardinal du Bellay, que ce philosophe entéléchiste regardait comme son Mécène et son protecteur.

(A suivre,)

P.-L. Jacob, bibliophile.

RENSEIGNEIENTa ET NISCELLAHEES.

LIVRES AUX ENCHÈRES. — Du 9 au i5 juin dernier a eu lieu la troisième vente de la bibliothèque de M. Ambroise-Firmin Didot, On connaît déjà, par le compte rendu de noire collaborateur 5pM(a(or, les richesses qui étaient offertes aux bibliophiles ; nous nous bornerons donc à indiquer les prix atteints par les ouvrages les plus remarquables : les Centores d'Homère, de l'impératrice Eudoxie : i,o5o fr. ; la Bible mise en vers latins, manuscrit sur vélin, de \ la première moitié du xin< siècle : 400 fr. ; une autre -^ Bible manuscrite de la même époque : 700 fr. ; le Roman de la Rose, manuscrit de la première moitié du xiv siècle : 55o fr. ; le même ouvrage, manuscrit du commencement du xV siècle : 175 fr.; un troisième exemplaire, datant comme le premier, du \iv' siècle: 220 fr. ; la Consolation de la philosophie, traduite en vers et en prose par Jehan de Meung : 7,000 fr. ; les Règles de la seconde Reclorique : i,5oo fr. ; les Quatrains de Pibrac, manuscrit daté de l'année 1600: 800 fr.; les Philippiques de Lagrange- Chancel, manuscrit sur papier, composé vers 1723: 3oo fr.; un autre exemplaire du même ouvrage, écrit vers 1725 sur papier : 3oo fr. ; Antiquitales Judaicœ et De bello judaico, de Flavius-Josèphe : 1 1,000 fr., ' à M. le duc d'Aumale; £n/i7ncej et miracles de Jésus- Christ, poésies en vers du roi Charles VI, manuscrit du XV» siècle, sur papier : 600 fr. ; Histoire ecclésiastique de la ville de Sens : i,85o fr.; les Poésies de Jehan Molinet et les Chroniques des Flandres et de Bourgogne : 3,ooo fr.; Abrégé de l'histoire de Paul Orose, Histoire romaine d'Eutrope, résumé des victoires et des provinces du peuple romain. Histoire d'Alexandre le Grand, Vie de Charlemagne, par Égiohard, Récit de la première croisade : 3,ooo fr. ; Histoire universelle jusqu'à la mort de Jules César ; 1 3,000 fr. ; la Fleur des histoires de ta terre d'Orient : 6,000 fr. ; les Grandes Chroniques de France, dites de Saint-Denis : 5^400 fr. : le Roman d'Eracles,

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OU Histoire des établissements fondés en Orient par les croisés: 2,180 fr. ; le même ouvrage, continué jusqu'en 1261 : 3,2oo fr.; Histoire de Bertrand Duguesclin : 3,7 5o fr. ; Funérailles d'Anne de Bretagne , manuscrit sur vélin exécuté vers 1 5 1 5 : 3, 000 fr. ; Sacre et couronnement de la reine Claude j première femme de François I*' et son entrée à Paris, manuscrit sur vélin exécuté vers 1 5 1 8 et orné de six miniatures à pleine page : i , 5 1 o fr. ; Privilèges octroyés aux notaires : 8,000 fr.; Histoire généalogique de la maison de Rabutin : 2,200 fr.; Almanach de Vannée 1^21 : 1,700 fr. ; Taxes prélevées sur les. églises du monde entier par la cour de Rome ; 3,o5o fr. ; la Novella délia figluola del mercatante chesi fuggi la prima sera dal marito per non essere impregnata : 675 fr. ; l'exemplaire unique du poème latin, consacré par Geoffroy Tory à la mémoire de sa fille Agnès: 2,000 fr. ; le Dialogue des Créatures : i2,5oo fr.; le Théâtre de P. Corneille, Rouen et Paris, Guillaume de Luyne, 1668, 4 vol., avec les Poèmes dramatiques de G. Corneille : 32o fr. ; Andromède, édition original : 2oofr.;/e Cid^ Paris, veuve Camusat et Pierre le Petit, 1644, in-4®, reliure de Lortic, édition rare, citée au n* 1 3 de la Bibliographie cornélienne: 5oo fr. ; Cinna, édition originale : 21 5 fr.; Cm»a,. tragédie, imprimé à Rouen et se vend à Paris che^ Toussaint Quinety 1 646, in-4«, reliure de Lortic, troisième édition précieuse à cause de la lettre de Balzac à Corneille : 2 35 fr. ; la Galerie du palais, édition originale : 3oo fr. ; Héraclius, édition originale : 40 5 fr, ; Horace^ édition originale : 275 fr.; Médée^ édition originale : i85 fr. ; Mélite, édition originale : 6o5 fr.; le Menteur, édition originale : 725 fr. ; la Suite du Menteur, édition originale : 4o5 fr.; la Mort de Pompée^ édition originale : 375 fr. ; Nicomède^ édition originale : 3oo fr.; la Place Royalle ou V Amoureux extravagant^ édition originale : io5 fr. ; Polyeucte^ troisième édition, citée dans la Bibliographie cornélienne^ n" 28, reliure de Lortic : 255 fr. ; Rodogune, édition originale, reliure de Lortic : 485 fr. ; Rodogune au Nora^ 1760, in-4% reliure ancienne : 750 fr.; Don Sanche d'Aragon^ reliure de Lortic, édition originale : 6o5 fr. ; Théodore vierge et martyre, édition originale, reliure de Lortic : 2o5 fr. ; la Toison d'or, tragédie en machines, etc., à Paris, de Timprimerie de la veuve G. Adam, i683 (à la fin) : Permis d'imprimer. Fait ce neuviesme iuin (sic) De la Reynie, in-4* de 37 pages. Exemplaire peut-être unique (V. Bibliographie cornélienne, additions, n» 79) : 375 fr. ; les Œuvres de M. Molière, Amsterdam, chez Jacques le Jeune (Dan. Elsevier) ^ 1675^ 6 vol. petit in- 12, reliure de Thouvenin : 5oo fr. ; le Médecin malgré luy, édition publiée un mois après la mort de Molière : 76 fr. ; le Misantrope, édition originale, reliure de Lortic : 240 fr.; l'Eunuque^ édition originale du premier ouvrage de La Fontaine, exemplaire relié par Hardy et provenant de la bibliothèque Solar : 25o fr.; Œuvres de Racine, t. I*', à Paris, chez Jean Ribou, au Palais, dans la salle royalle, à l'image saint Louis. M.DC.LXXV (1675), avec privilège du Roy, in-12. Tome II, à Paris, chez Claude Barbin, au Palais, sur le perron de la Sainte -Chappelle. M.DC.LXXVI (1676). Avec privilège du Roy, in-12 : 720 fr.; Rièdre et Hippolytey édition originale, reliure de Lortic : 270 fr.; Thebayde ov les Frères ennemis^ tragédie, précieuse édition non décrite jusqu'ici, 1664, in- 12 de 4 feuilles n. ch. et 71 pages : 100 fr.; Œuvres de Racine, Paris, de l'imprimerie de Didot l'aîné, 1784, 4 vol. in-8®, reliure de Derôme jeune; cet exemplaire sur vélin porte sur les plats les armes d'Espagne ; il a appartenu à Renouard qui y a

ajouté les gravures de Moreau, avant la lettre, sur papier de Chine : 1,540 fr. ; B. de Bcaujoyaulx : Ballet comiqve de la Royne faict avx nopces de monsieur le duc de loyeuse et mademoyselle de Vaudemont, sa sœur^ Paris, i582, premier ballet qui ait été imprimé séparément sous le titre de Ballet : i,655 fr. ; le Mariage forcée Paris, Robert Ballard, 1 664, reliure de Galette : 1 5o fr. ; les Plaisirs de Vlsle enchantée, Paris, Robert Ballard (voir Bibliographie tnoliéresqucy n« 192) : 35o fr.; la Princesse d'Élide, Paris, Robert Ballard, 1669, reliure de Galette : 5oo fr.; Ballet desMuseSy précieux ballet où se trouvent quelques fragments d'une pièce perdue de Molière; Pastorale comique en quinze scènes : 195 fr.; le Grand divertissement royal de Versailles^ Paris, Robert Ballard, 1668, reliure de Galette: 145 fr.; Relation de la /este de Versailles, Paris, chez Pierre le Petit, imprimeur et libraire ordinaire du roi. 1 668, in-4°, pièce rarissime qui a échappé aux recherches de l'auteur de la Bibliographie moliéresque : 270 fr. ; le Divertissement royal, Paris, 1 670, seconde édition fort rare, reliure de Galette : 240 fr. ; le Divertissement de Chambord (V. BibL moU^ n® 200) : 100 fr.; le Bourgeois gentilhomme^ Blois, chez Jules Hotot, 1670 : 645 fr. ; Psichéy Paris, Robert Ballard, 1671 : 200 ïr,\'le Grand ballet de Psichéy Paris, Robert Ballard, 1672, reliure de Galette : 420 fr. ; Ballet des ballets^ Paris, Robert Ballard, 1671 : 3oo fr.; les Festes de V Amour et de Bacchus, imp. de François Muguet, imp. du Roy : 540 fr.; le Malade imaginaire, Paris, Christophe Ballard, 1678 : 295 fr. ; Prologue et intermèdes en musique orne^ d'entrées de ballet pour la représentation de l'Amphitryon^ Paris, 1681, pièce fort rare et non décrite : 100 fr. ; Horatius : De arte poetica; epistolœ, etc. Terentius : Comediœ, manuscrit sur vélin, exécuté en France du xijf au xin* siècle ; 880 fr. ; Ovidius : De arte amandi, De remedio amoris, Epistolœ heroidum, Amores, etc., in-iï, manuscrit sur vélin, exécuté en Italie dans la première moitié du xv* siècle : 1,400 fr.; Martialis epigrammata, manuscrit sur vélîn, Seneca, tragediœ, manuscrit du xiv* siècle : 25o fr. ; datant du milieu du XV» siècle : 25o fr.; la Vie de sainte Marguerite^ en vers, manuscrit de la fin du XIV* siècle, reliure ancienne : 899 fr.; Vauldray : Ode au connétable de Montmorency, pièce écrite vers 1547, reliure de Lortic : 1,000 fr.; Dante : la Divina Comedia^ manuscrit sur papier, daté de i357 : 1,670 fr. ; Mandeville : Voyages d'outre-mer, manuscrit sur vélin de la tin du xiv" siècle : i,65o fr.; Histoire généalogique de la maison de Rabutin, manuscrit autographe de Fauteur de V Histoire amoureuse des Gaules, sur papier, terminé en i683 : 2,200 fr.; Virgile : Œuvres, Lugduni, apud Steph, Dolet, 1 540, ih-8<», reliure de Lortic, édition en caractères italiques d'une grande rareté, non citée au Manuel : 440 fr.; le Chevalier aux Dames, édition originale, fort rare, de ce poème d'un auteur inconnu : 660 fr. ; Voltaire : la Henriade, Paris, Didot, 1819 (1823), reliure de Trautz-Bauzonnet, exemplaire unique sur vélin : 2,5oo fr. ; Vespuce : le Nouveau monde, Paris, i5i7, petit in-4*» goth., reliure de Cape: 3,o5o fr. ; Montjoye : le Pas des armes de lare triûphal ou tout honeur est enclos tenu a lentrée delà royne à Paris^ etc., i5i4, petit in-4' goth., reliure de Trautz-Bauzonnet, volume précieux et le seul exemplaire complet que l'on connaisse. C'est le récit des pas d'armes qui eurent lieu à Paris, à l'hôtel des Tournelles, à l'occasion du mariage de Louis XII avec Marie d'Angleterre. Ce volume, provenant de la bibliothèque Yemeniz, a été adjugé 7,3oo fr.

aao LE LIVRE

Nous arrêtons là nos indications ; aussi bien faudrait-il citer les 55o numéros dont se composait ce catalogue, bornons-nous à ajouter que le total de cette vente s*est élevé à 246,581 fr.

Le mois précédent avait eu lieu la vente des livres rares et précieux que possédait M. L. Double. Voici le titre des principaux ouvrages avec leurs prix d'adjudication :

Heures de Nostre-Dame, Paris, Jamet Mettayer, i584, in-4% très riche reliure exécutée pour le roi Henri III : 1,000 fr.; Epiphanii episcopi Constantiœ, Çypriy contra octoginta hœreses opus et alia opuscula, Basileœ^ J, Hervagius, i544, in-folio, exemplaire de Henri II : 5,6oo fr. ; les Caractères de Théophraste, Paris, chez Mich.-Et. David, 1750, 2 vol., reliure de Derôme : 285 fr.; Éléments d^orfèvrerie, composez par Pierre Germain, Paris, chezTauteur, 1748, 690 fr.; le Tombeau de Marguerite de Valois^ Paris, Michel Fezandat, i55i, reliure de Trautz-Bauzonnet : 3o5 fr. ; Poésies de Malherbe^ Paris, Cl. Barbin, 1 689 J'f reliure de Padeloup, bel exemplaire aux armes du comte d*Hoym : 2,000 fr.; Œuvres de Nicolas Boileau Despréaux, la Haye, Isaac Vaillant, 1722, 4 vol. in-i2, aux armes de la reine Marie-Antoinette : 1,000 fr.; La Fontaine, Fables choisies, Paris, Denys Thierry, 1668, in-4*, reliure de Trautz-Bauzonnet, exemplaire de la première édition : 1,120 fr.; les Baisers, la Haye et Paris, 1770, in-8*, exemplaire aux armes de la reine M a rie- Antoinette : 5,ooo fr.; Œuvres de Béranger, Perrotin, 1860, 1857 et i858, gravures ajoutées, reliure de Hardy: i,o3o fr.; Maistre Pierre Pathelin, Paris, Guill. Nyverd (vers i52 5), deux parties en I vol., petit in-8*, exemplaire de J.-Ch. Brunet : 2,800 fr. ; Œuvres de Monsieur Molière, Paris, Thomas JoUy, 1666, 2 vol. in- 12, édition fort rare avec une pagination suivie^ reliure de Trautz-Bauzonnet : 2,200 fr. ; le Misantrope, Paris, chez Jean Ribou, 1667, in- 12, reliure de Cape, édition originale contenant la Lettre sur le Misantrope^ par Donneau de Visé : 85o fr.; Histoire ou Contes du temps passé, par Ch. Perrault, Paris, Cl. Barbin, 1697, première et fort rare édition de ces contes, reliure de Trautz-Bauzonnet : 1,600 fr.; Histoire de Manon Lescaut^ Paris, Didot, 1781, 2 vol. in-12, exemplaire sur papier fin auquel on a ajouté la suite des figures de Lefèvre, épreuves avant et avec la lettre : 700 fr.; Lettres de madame la princesse de Gomjfague, Paris, Duplain, 1790, in-i2, exemplaire aux armes de Marie-Antoinette : 3o5 fr.; M. Tullii Ciceronis opéra omnia quœ extant a Dionys^ 1^77, 4 tomes en 2 vol. in-folio, exemplaire ayant appartenu à Marguerite de France, reine de Navarre: 53ofr.; Sacre et couronnement de Louis XVI, Paris, chez Vente, 1775, in-4», exemplaire aux armes de Louis XVI et de Marie-Antoinette : 7,000 fr. — Cette vente a produit 44,576 fr.

— Une vente fort curieuse avait eu lieu dernièrement à l'hôtel Drouot.

Il s'agissait d'une collection unique d'affiches de la Révolution de 1848, de l'empire, du siège et de la Commune de Paris, de la présidence de M. Thiers et de celle du maréchal de Mac-Mahon, à laquelle on avait joint les canards publiés pendant la même période (1848-1874), les journaux politiques illustrés publiés pendant et depuis l'empire, les journaux politiques de la Commune, etc., etc.

Cette collection, qui se composait de plus de 7,000 pièces, n'a pu trouver acquéreur.

CHRONIQUE DU LIVRE sai

La vente de la collection d'autographes du baron Taylor a produit environ 2)000 fr.

La plus forte enchère s'est élevée à 60 fr. pour un autographe de Victor Hugo.

Voici quelques prix atteints par les enchères pour différentes lettres : M^'* Mars, 49 fr.;Talma, 3ofr.; le baron Haussmann, 35 fr.; Alexandre Dumas, 39 fr.; Jules Favre, 33 fr.; Michelet, 24 fr.; Henri Monnier, i3 fr.; Jules Janin, 2 fr.; Abd-el-Kader, 2 fr.

Du 27 juin au 17 juillet aura lieu la vente de la bibliothèque de M. Michel Chasles, de l'Institut. Le catalogue qui vient de nous être envoyé ne comprend pas moins de 3,936 numéros.

La bibliothèque Knok, qui a été vendue à Edimbourg, a atteint le chiffre de 77,5oo fr.

M. Louis Barbier, ancien conservateur de la bibliothèque du Louvre, a retrouvé dans ses cartons et communiqué à M. Maurice Tourneux la lettre inédite suivante de Quérard à Beuchot. Elle complète l'article de notre collaborateur paru dans le numéro du 10 mai sous ce titre : les Épaves d'un projet gigantesque et elle nous fait connaître le motif, assurément le plus vraisemblable, de l'abandon de ce projet : Panckouke renonça à la concurrence naturelle que lui faisait Quérard en publiant le prospectus et bientôt les premiers volumes de la France littéraire. La a connaissance » dont il est question dans cette lettre serait, d'après M. Louis Barbier, M. Haugh, l'un des principaux employés de la librairie Panckouke.

Monsieur,

Lorsqu^au mois de septembre dernier, j'eus l'honneur de vous remettre mon pro8« pectus, vous eûtes la bonté de m'indiquer M. Mahul comme la seule personne qui s'occupftt d'un ouvrage dans ce genre. La loyauté et le désintéressement que vous avez daigné me montrer ce jour, sans que j'ai pourtant l'avantage d'être connu de vous, m'ont pénétré de reconnaissance et je ne doute pas un seul instant que, dans de telles dispositions, vous m'eussiez indiqué si une autre opération était sur chantier.

Aujourd'hui je reçois une lettre d'une de mes connaissances, intéressée dans une importante maison de librairie de Paris, dont le chef est devenu propriétaire du manuscrit de la Bibliographie française de feu Fleischer, et qui avait l'intention de la publier avec des additions jusqu'à ce jour. Mais mon prospectus ayant été connu lui a fait penser, me dit ma connaissance, que deux entreprises du même genre pourraient se nuire et qu'il serait disposé à traiter de la vente de ce manuscrit et de renoncer par là à la sienne.

Si je prends la liberté, monsieur, oe m adresser à vous pour vous demander s'il est vrai qu'on ait pensé à cette entreprise, c'est que vous, monsieur, plus que tout autre, pouvez, si vous le voulez, fixer mon incertimde, puisqu'on vous cite ainsi que M. Barbier, pour être les personnes dont on ait suivi les conseils, et qui y aient donné leurs soins.

Malgré tout ce que me mande ma connaissance dans sa lettre qui n'est pas très impartiale, je crois que ce n est qu'une petite finesse, et qu'on voudrait, en m'effrayant, me contraindre à acheter ce manuscrit pour lequel on ne rougirait pas d'élever les prétentions jusqu'à 25 à 3o,ooo francs. Vous connaissez l'ouvrage de Fleischer; s'il n'a pas réussi dans son origine, c'est qu'il avait été conçu sur un plan trop vaste, et que son acquisition n'était pas à la portée de ceux qui auraient pu en avoir besoin. Com-

ment peut-on penser à faire réédifier maintenant ce colossal ouvrage qui formerait de trente à trente-six Tolumes, y compris les augmentations pour jusqu'à ce jour ? Le prospectus est pourtant imprimé et on n'attend que ma réponse négative pour le lancer.

Je ne veux point faire l'acquisition du manuscrit en question parce qu'il me serait de peu d'utilité, et je ne veux point renoncer à mon entreprise à laquelle j'ai consacré tant de veilles et qui me coûte déjà beaucoup. Quoique j'aie beaucoup plus de chances de succès que ne peut en avoir mon concurrent, puisque mon plan est plus limité, je ne puis pourtant pas disconvenir que sa publication me sera préjudiciable.

Le grand enthousiaste de Voltaire dont j'ai eu l'honneur de vous entretenir est mort tout récemment ; on espère que l'on fera la vente de sa bibliothèque. Aussitôt que le catalogue en sera fait, je vous en enverrai un exemplaire, vous y trouverez bien certainement plusieurs choses à votre convenance et que je tâcherai de vous [acheter] aussitôt que vous m'en aurez donné l'ordre.

Je réclame de votre extrême obligeance la faveur d'une prompte réponse.

J'ai l'honneur d'être, monsieur, avec parfaite considération, votre très humble serviteur.

J. Qu^EARD,

A Vienne, par l'entremise de M. Bossange père. Vienne, le 17 novembre 1824.

Beuchot a griflfonné en tête de cette lettre : Répondu sur-le-champ. La minute de sa réponse n'a pas été retrouvée, mais il est probable qu'il fit connaître à son correspondant les difficultés que rencontrait la mise à exécution de l'entreprise de Panckouke et Quérard put, en toute liberté d'esprit, achever le travail qui Ta si légitimement rendu célèbre.

Nous recevons la lettre suivante de notre collaborateur Gustave Brunet, de Bordeaux :

Le très curieux travail de M. Armand Baschet inséré dans le Livre |ette un jour tout nouveau sur l'orageuse carrière de l'étonnant aventurier vénitien; il fournit également de très intéressantes informations au sujet des questions bibliographiques que soulèvent les fameux Mémoires, et toutefois ne reste-t-il pas encore quelque chose à faire?

Ce qui serait bien nécessaire, ce qu'on nous donnera sans doute un jour (nous l'espérons du moins), c'est la reprodution exacte, complète du manuscrit autographe que possède la maison Brockhaus; il y a des italianismes, des latinismes fréquents, n'importe, donnez-nous le texte vrai, tel qu'il est sorti de la plume de Casanova ; dégagez-le des modifications, des changemenu qu'y a introduits M. Jean Laforgue, professeur de langue française à Dresde.

M. Baschet a dû à l'obligeance de M. F. de Brockhaus communication des feuilles (feuillets) i, 2, 11 et 12 du manuscrit original de la préface des Mémoires {le Livre, p. 142, note). N'est-ce pas bien insuffisant pour apprécier quel a été le travail de revision de Laforgue, source du texte français imprimé à Leipzig ?

J'ai entendu dire qu'il y avait dans l'édition belge, celle de Rosez sans doute, et dans les éditions parisiennes des épisodes très différents; ce serait à vérifier.

Il y aurait aussi à examiner les diverses éditions, plus ou moins complètes, publiées en langue allemande, indépendamment de celle mise au jour par la maison Brockhaus; mais ce travail ne pourrait s'effectuer que grâce au zèle d'un bibliophile d'outre-Rhin, car il serait impossible, ou du moins extrêmement difficile de réunir en France ces publications qui sont énumérées dans la Bibliotheca erotica germanica, de Nay.

Quelques-unes d'entre elles sont annoncées comme ornées d'un portrait; mais ce portrait n'cst-il pas de fisntaisie ? C'est ce qu'il faudrait élucider.

CHRONIQUE DU LIVRE aa)

Si Ton tenait à ne rien omettre, il serait nécessaire de se résigner à parler des suites de figures dessinées dans le but d^ illustrer les Mémoires du fougueux Vénitien. Il en existe au moins quatre plus ou moins considérables, et d'un mérite artistique très variable, mais elles sont d'un genre qui interdit toute description. B.

M. Cecil Brent a communiqué à l'Association archéologique de Londres un court mémoire sur un paquet de cartes à jouer qui vient d'être découvert dans la reliure d'un ouvrage imprimé en iSSg, à Nuremberg. Il les croit d'origline vénitienne et l'une d'elles porte la date de i558.

On annonce, de Londres, la formation d'un comité se proposant la réimpression, en fac-similé, des ouvrages anciens à gravures sur l'escrime.

Il vient de se fonder en Suède, à Upsal, une « Société suédoise de littérature » dont le but est de publier des ouvrages manuscrits (de la Réforme jusqu'au xix* siècle) et de réimprimer les œuvres littéraires devenues rares. Cette société a fondé une revue destinée à recueillir des études et des documents sur la littérature suédoise.

Les archivistes de la cour d'Espagne viennent de faire imprimer un curieux travail. C'est le recueil des signatures de tous les rois et de toutes les reines d*£spagne, depuis Sancho le Brave jusqu'au souverain actuel.

La plupart des rqis signaient simplement: Yo, el Rey (moi, le roi); les reines : Yo, la Reina (moi, la reine) ; très peu ajoutaient leur nom. Et encore ces noms sont-ils à peu près illisibles : la signature de Charles-Quint, entre autres, est remarquablement hiéroglyphique.

M. Kayser, libraire à Vérone, doit publier sous peu le catalogue d'une riche bibliothèque où se trouve un bel et complet exemplaire du Virgile in-folio de Brescia (1473) ; c'est le seul exemplaire que l'on connaisse avec celui de lord Spencer.

Dans la dernière séance de la Société des amateurs des antiquités slaves, à Saint-Pétersbourg, M. Schémérétiew a annoncé qu'en mémoire de la visite que LL. ÂA. II. Mi' le grand-duc cesarewitch et M*»* la grande-duchesse cesarevna ont faite au musée de la Société, il faisait don à celle-ci d'un psautier slave sur parchemin, d'une grande rareté, publié à Kiew en 1 897, par ordre de M<' Michel, patriarche de Bethléem.

De l'avis du professeur Kandakow, les miniatures qui ornent ce psautier remontent à l'époque la plus pure de cet art en Grèce. Ce précieux ouvrage, unique en son genre, a appartenu jadis à M. Bobrovsky, prêtre catholique. Ml' le métropolite Eugène, ainsi que MM. Kœppen et Sreznevsky, en ont fait souvent mention dans leurs travaux.

La Société des anciens textes français a récemment mis en distribution Elie de Saint-Gille, chanson de geste, publiée par M. G. Raynaud. Dans le même volume se trouve la traduction due à M. E. Kœlbing, de VElis saga^ cette saga n'étant autre chose qu'une version du poème français. La mênae société va publier deux autres volumes. L'un est le tome II des œuvres d'Eustache Deschamps, dont l'éditeur est M. le marquis de Queux de Saint-Hilaire. Ce

»t LE LIVRE

volume conciendra deux appendices intéressants : une curieuse notice de M. S. Luce sur le copiste à qui est dû le principal manuscrit de Deschamps et la description d'un précieux manuscrit de poésies françaises du xiv* et du XV* siècle, qui, après avoir été volé à la Bibliothèque nationale, fait aujourd'hui partie de la collection Barrois chez M. le comte d'Ashbumham. L'autre volume est la chanson de geste provençale de Daurel et Selon, publiée pour la première fois d'après le manuscrit unique appartenant k M. Alfred Didot, par M. P. Meyer. Outre cette chanson de geste, le volume contiendra le texte de plusieurs morceaux de littérature provençale jusqu'à ce jour complètement inconnus, que renferme le manuscrit DidoL — La Société des anciens textes met sous presse l'édition, depuis longtemps annoncée, de Raoul de Cambrai. Cette édition ne sera pas fondée uniquement sur le manuscrit de la Bibliothèque nationale reproduit, fort imparfaitement du reste, par Ed. Le Glay en 1 840 \ elle tirera parti d'un recueil manuscrit de notes du président Fauchet où se trouvent transcrits de nombreux fragments d'un ntanuscrit de Raoul de Cambrai. M. A. Longnon prépare pour cette même édition un mémoire sur les origines hbtoriques du poème.

La bibliothèque de l'Université de Heidelberg vient de rentrer en possession de trois manuscrits grecs qui étaient perdus depuis 35g ans. Lorsqu'aprés la prise de Heidelberg par le général Tilly (1623), la bibliothèque fut envoyée en présent au pape, le commissaire chargé de la recevoir constata l'absence de trois manuscrits, contenant, entre autres, Hésiode et plusieurs pièces d'Eschyle et d'Euripide. Tous trois étaient prêtés au moment de l'enlèvement des livres. Ils passèrent depuis lors en diverses mains et arrivèrent finalement k la bibliothèque de Halle, oii ils ont été identifiés et renvoyés à Heidelberg. Trentehuit manuscrits précieux, tant latins que grecs, qui avaient passé de Rome à Paris, et 8S1 autres, pour la plupart allemands, étaient déjà rentrés au bercail, restitués par le gouvernement français et par le pape. Il en reste au Vatican plus de 3,5oo que Heidelberg ne désespère pas de se faire rendre.

Paris, un An : 40 fr. Province, un An : 48 fr.

XiC numéro rendu séparément : 5 francs.

DECZIÊME ANXiS

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