PORTRAIT
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stf LE LIVRE
Avantnres (Les) 8at3rTiqae8 de norinde, habitant de la basse région dela Lune. S. L. Imprimé Tan 1625. In^8% de 212 pages.
Ce roman en prose mêlée de vers est, dit la bibliographie Gay (t. i, p. 356)^ « un ouvrage singulier et qui aurait besoin d'une clef pour être bien compris. Les aventures erotiques qui y sont racontées sont parfois écrites d'un style très libre, ce qui explique pourquoi le livre ne porte ni nom de lieu, ni nom de li-» braire. Les vers qui sont mêlés à la prose portent le même cachet. > M. P. Lacroix a publié, au sujet de ce livre qui est très rare, un curieux article dans le Bulletin du bibliophile (janvier iSSg). La clef est à chercher.
Binette dramatique en trois tableanx, chronique locale. A propos des propos tenus ces jours-ci sur la politique réelle par certains factotums oubliés, qui se proposaient de faire comme jadis la pluie et le beau temps dans notre bonne ville. Au Puy, chez F.-M. Clet, 1840. In-8*».
Qui pourra donner la clef de cette pièce satirique en vers? Qui se souvient encore, au Puy, et des incidents qui en forment le fond, et des personnes qui y sont visées? Voici, d'après le catalogue de Soleinne {n9 3827), les noms des personnages de la comédie : le baron Dubruit; Georges Ballon et Luc Brûlot, médecins; Quintin Tire-pied, tabellion; Jean Croc- en-jambe, procureur; Claude Lebattu, avocat; Pierre Refrogné, dit Barbe- Bleue, conseiller; dame Velaune, sorcière. Que d'illustres inconnus à découvrir !
Borlanda (La) impasticciatay composta per estro, d'air /nco^m/o d'eri^ trea Pedsol, riconosciuta, festosamente raccolta e fatta dare in luce dair Abitatore Disabitato academico Bontempista, ed accresciuta dl opportune annotazzioni per opéra di varj suoi, coacademici amici. Milano, Agnelli, 1751. In-4*.
« Cet opuscule curieux et agréable est l'œuvre du comte Pietro Verri; l'auteur le regardait comme un véritable péché de jeunesse, bien que ses contemporains l'eussent accueilli unanimement avec le plus grand plaisir. » Tel est le jugement rapporté, d'après Blanchi, dans le a Dictionnaire des anonymes et pseudonymes italiens » de G. Melzi (pages 324 à 326). Dans l'article qu'il a con* sacré à cet ouvrage, Melzi nous fait connaître qu'il fut dirigé contre un certain docteur Plodes ( dont Pedsol est l'anagramme), que Verri voulut ridiculiser ea collaboration avec plusieurs de ses amis. Voici, telle qu'elle est donnée par Melzi, la clef des noms sous lesquels se cachèrent « Disabitato Abitatore e varj. suoi coacademici amici >, pour composer les pièces de ce recueil satirique :
Abitatore Disabitato, — le comte P. Verri.
Chalco-ce/alo chalcochitone, — l'abbé Villa.
Luca Lucano Lucchese, — le marquis Morigla.
Cocco Biricocco da Baricoccone, — le comte Imbonati. Ino Rentino Fiorentino, — le marquis Morigia. Castruccio castracane di Castres, — l'abbé Passeroni. Messer nomininfilio de' Litaniosi, — D. Peppo Casati.
ÉTUDES SUR LES LIVRES A CLEF aj
Frondait gero Terramovente^ — Tabbé Villa.
Palicrondo cronista d'Élicona, — Tabbé Salandri. Confusio de* Confusi, — D. Gaetano Caccia.
Paffo Segiuppe academico Lilliputese, ) .
E Poeta attuale délie Mummie d'Egitto, \ ^ ^^^^^^^ ^ppa. Calocero Cococero da Colofoney — le comte Giulîni. Mincio Mincioncinida Mincioncione, — l'abbé G.-J. Villa. Vier Lasciatelo passare, — le prieur Zane.
Deifolco Degli Dei Del Divano, — Tabbe' A.-T. Villa. Chrysoglotta da Figine^ — le docteur Bicetti. Chalcocefalo argyroglotto Pédante, — le comte Giulini. Momolo dal Carbon Venepan, — le chanoine Agudi. Nane Barcariol dal Buso Vene^ian, — le docteur Gandini. Cencio Cenciosi da Cenciano Romanesco, — le docteur Gandini. Masillo La!j[arelli dalla Cerra Napoletano, — le docteur Gandini. Demetrio De* Giurgenti Siciliano, — le chanoine Irico. Meneghin di Meneghin de Meneghelta Milanes, — Balestrieri. Galatin Tridura Parnisan, — le docteur Fogliazzi. Pedrolin délie Vallade Bergamasche, — le docteur Cassio. Anasse Glandi Raspolient d'an Zanevre Monferrino, — le chanoine Irico. Poeta Balin de Zena, — le chanoine Irico.
Fran^ Fren Freunddeswein di Schwit^erlandy — le chanoine Irico. Lamentan^a d*un Lau:[o, — le prieur Vaï.
Sandolio Protopapas de Drino albanese, — le chanoine Irico. Bacciarone Dietajuti da Firen:^e, — le chanoine Guttierez. Ruben Rabbino di Rabata, — Giuseppe Bassani.
Brachini Brachylogi e Gallia Braccata, — l'abbé A.-T. Villa. Mossen Ghiglianfraugno Badoi, — l'abbé Ruggeri. M. Moulin Moulinier de la Moulinière, — Brini. X). Ramiresf de Guadalupe, — (inconnu).
D. Sevastien dos Algarves Academico, — Gianorinî. Incognito di Eritrea Pedsol Riconosciuto, — P. Verri. Polistone Poliistrichide di Pola d'I stria, — l'abbé A. -T. Villa.
Nous avons dû retrancher de cette longue clef plusieurs indications d'un intérêt d'autant plus secondaire que, l'ouvrage étant aujourd'hui fort rare, peu de lecteurs auront à chercher le secret des pseudonymes ; nous avons d'ailleurs exactement reproduit tous les noms, dont la forme grotesque et parfois étrange montre suffisamment dans quel esprit de facétie a été composé le recueil dirigé contre le pauvre avocat Plodes.
Bureau (Le) d'esprit, comédie en cinq actes et en prose, p. m. l. g. r. g. a. {par M. le chevalier de Rutlidge). Liège, Boubers, 1777. In-8». Seconde édition revue, corrigée et augmentée. Londres, 1777. In-8® de i5i pages. Titre gravé.
Cette pièce du fécond chevalier baronnet Jean-Jacques Rutlidge est une satire assez mordante contre M"* GeofiFrin et contre les habitués de son salon. Un exemplaire de la deuxième édition est décrit au n<^ 2i3o du catalogue de
Soleînne, dont le savant rédacteur s'exprime en ces termes : « Cette pièce n'est pas commune; elle ne se trouve ni dans la bibliothèque du Théâtre-Français^ ni dans le Catalogue de Pont-de^Vesle, Une main moderne, que nous croyons reconnaître pour celle de Mercier de Compîègne, a mis en marge de la liste des acteurs les noms véritables des personnages » ; ce sont :
Af*« de Folin€ourt, — M"* Geoffrin.
M. Cocus, — M. Capperonnier.
Cucurhitin, — Cadet.
Af. Curviligne, — d'Alembert.
L^ marquis étOrsimont, — Condorcet.
M. Calcas, — Thomas ou Tabbé Ar^Aud*
M. Version, — Diderot.
Af. Faribole, — Marmontel.
Af. Duluth, — La Harpe.
(Voir aussi plus bas l'article « Les Comédiens s.)
CSallopliilOy histoire traduite du scythe en latin, par un vieux philosophe
visigoth. Eutaxie, Paris, lySg. In- 12.
Cette traduction supposée n'est autre chose qu'un roman allégorique, dont Tauteur est Bar thés ou Barthez, avocat, né àNarbonne. C'est une clef à trouver.
Candeur (La) bibliographiqae ou le Libraire honnête homme. Récit dédié à la Pucelle, belle-sœur d'Emmanuel, etc., etc. A Bibliopolis, chez Thomas le Véridique, à l'enseigne de la Vérité, m. doc. lxxvx. Petit in-8* de vi- 108 pages.
Cet écrit satirique, attribué à l'abbé J, Dulaurens, n'est autre chose qu'une diatribe dirigée [contre Emmanuel Flon, libraire de Bruxelles, sur le compte duquel on peut consulter le Bulletin du Bibliophile belge (t. III, p. 2 58). Ce petit ouvrage, et surtout le Catalogue de livres (imaginaires) de MM. Emmanuel et Kirie^ auraient besoin d'une bonne clef des noms. Il en est de même, d'ailleurs, de presque toutes les « bibliothèques imaginaires ».
Oarithée (lia), contenant sous des temps, des provinces et des noms supposez, plusieurs rares et véritables histoires ^de nostre temps, par Marin le Roy, sieur de Gomberville. Paris, 1621 et 1622.
Ce roman allégorique, en prose et en vers, et mêlé de chansons, est aussi peu lu aujourd'hui et presque aussi peu connu que les autres volumineux romans du même auteur, le Polexandre et la Cythérée. Sans doute il gagnerait en intérêt si l'on en pouvait trouver une bonne clef, et il nous ferait mieux apprécier certaines personnalités de ce temps-là. La Carithée est assez rare. Un très bel exemplaire était coté 24 fr. au catalogue J. Techener (i855, n<* 3432).
(A suivre.) Fbrnand Drujon.
CHRONIQUE DU HVRE
tENSEIGNEMEKTS ET MISCELLANEES
Nos GRATURSS. — Fidèles k notre programme et voulant introduire, dans ce recueil un élément de perpétuelle variéce' par des gravures hors texte obtenues de totis les procédés connus : eau-forte, chromotypographie, chromolithographie et héliogravure, nous sommes heureux de pouvoir offrir aujourd'hui aux amateurs un très curieux portrait inédit de D. Elzevier, découvert il y a quelques mois en Italie par notre collaborateur Ch.-L. Livet. L'original de ce portrait est peint en grisaille sur un panneau de bois, avec le nom du célèbre imprimeur. Nous avons &it graver, dans un cartouche décoratif, une figure si sympathique aux bibliophiles. Cette belle eau-forte pourra donc servir désormais de frontispice au volume publié dernièrement en Belgique par M. Willem, car nous ne croyons pas qn'it existe jusqu'à ce jour de portrait gravi de ce maître typographe.
Il nous est très agréable de pouvoir donner également un tirage hors texte d'une des planches de la très remarquable collection en réduction des vingt estampes dessinées par Fragonard et Touzi, pour les Contes de La Fontaine, que vient de publier M. L. Conquet, le Ubraire-btbliophile de la rue Drouot.
On se souvient de l'article de notre collaborateur J. Le Petit relativement aux éditions des Contes de La Fontaine, illustrés par Fragonard. Ces vingt estampes furent composées primitivement pour l'édition de F. Didot, 1795, 3 vol. in~4*. Mais nous ne craignons pas de dire que, réduite ainsi au format in-8* ou in-18, elles offrent plus de fini, de légèreté, d'agrément, et qu'elles ont l'immense avantage de pouvoir illustrer les éditions les plus précieuses des cornes du Bonhomme et s'ajouter, par exemple, aux magnifiques éditions in-8*, renommées à différents titres, qui portent les dates de 1763, 1764, 1767, 1770, 1777 et même aux réimpressions plus récentes &ites au cours de ce siècle.
Il iàllait un artiste graveur aussi habile qu'amoureux du xviii* siècle pour mener à bien l'entreprise de M. Conquet, et l'on peut affirmer que M. Tiburce de More a rendu aussi merveilleusement que possible l'interprétation qui lui était confiée, en mariant très ingénieusement l'eau-forte au burin. AUamet, Dambrun, J.-L. Delignon, Dupréel, Halbou, Lingée, Palas et autres graveurs de génie de l'édition originale n'auraient qu'à s'incliner devant l'ceuvre de M. T. de Mare. Impossible de foire plus doux, plus fin, plus galamment et à la fois plus sobrement ces galantes eaux-fortes dont nous aurons à reparler par la suite, sans insister sur des éloges qui pourraient passer pour des réclames.
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Le cadre de la gravure a 99 millimètres de hauteur sur 70 de largeur et le tirage est fait sur papier de format in- 4®, ce qui permettra aux amateurs d'étudier leurs éditions pour y intercaler ces illustrations.
La publication de ces 20 planches sera faite en 4 livraisons : la i" est en vente et les 3 autres suivront régulièrement. Le tout aura paru en avril ou mai proch^ain au plus tard. — Cette i** livraison renferme :
I® Le titre de la publication avec justification du tirage et le numéro de l'exemplaire; — 2° le fleuron de Choffard, de l'édition de P. Didot, de même réduit et gravé, à Peau-forte par T. de Mare; — -3^ les estampes suivantes : — A Femme avare galant' escroc ; — Belphégor ; — Le Calendrier des vieillards; — Le Magnifique; -^ Le Baiser ren^u.
Toutes les collections de i*' état : eaux-fortes pures sur japon blanc, épreuves terminées avec noms à la pointe, etc.,. sont souscrites à l'avance et si M. Conquet ne dépasse pa$ le chiffre total de 5oo qu'il a fixé pour le tirage, les collections avec lettre seront tôt épuisées.
Livres aux enchères. — De toutes les ventes qui ont eu lieu dernièrement, la plus intéressante- est, sans contredit, celle dirigée par M. Labitte, le 6 décembre, à l'hôtel Drouot. Le catalogue ne comportait que quatre-vingt-huit numéros, tous fort intéressants; parmi les plus remarquables nous citerons : une Sainte Bible, Paris, Lefèvre (impr. Didot) 1828-1834, 1 3 volumes. Cet exemplaire, sur papier jésus vélin, renfermant les figures de Devéria et la suite des gravures de Marillier avant la lettre, a été adjugé au prix de i,3io francs. Les Heurei de Rouek, 1497, ^'^ francs. Le Musée Royal, publié par H. Laurent, 1818, 2 volumes in-folio, exemplaire sur vélin avec les épreuves avant la lettre, 1,25^ francs. La Galerie de Florence, Paris, 1 789-1 821, 4 volumes in-folio, exemplaire sur vélin avec les épreuves avant la lettre, 85o francs. Les dessins oHginaux de Geffroy, suite pour le théâtre de Voltaire, ont trouvé acquéreur à ï,o5o francs. Vingt estampes de Fragonard pour illustrer les Contes de La Fontaine, 255 francs. Les Fables de cet auteur, 1 755-1 759, 4 volumes in-folio, avec les figures d'Oudry, se sont vendues 790 francs. Un Pierre Corneille, Elzevier, 1664-76, 5 volumes petit in- 12, a coûté 1,000 francs à son acquéreur. Une jolie édition de Molière en 6 volumes, Elzevir, 1675- 1684, a été adjugée 1,1 o5 francs. Signalons encore un Voltaire, 4 volumes in- 12, 1740, exemplaire renfermant des notes nombreuses et intéressantes de Voltaire et des corrections autographes, uSo francs. Cent quatre miniatures italiennes, en partie sur vélin, datant des xvi'.et XVII® siècles, 800 francs. Un manuscrit français sur vélin, remontant au xv« siècle et intitulé : Chroniques de Jehan de Coucy, 5oo francs. Enfin le dernier numéro du catalogue, la Généalogie et les alliances de la famille de Homes, manuscrit en 3 volumes in-folio sur vélin et sur papier, curieux monument historique d'une famille princière alliée aux plus grandes maisons d'Europe, a été adjugé 1,780 francs. Le total de la vente, pour ces 88 numéros, s'est élevé à 2 1 ,687 francs.
Du i«' au 18 décembre, l'une des plus belles collections de livres orientaux qu'il nous ait été donné de voir depuis longtemps s'est dispersée au vent des enchères. M.Thonnelier. avait consacré sa vie entière à former cette bibliothèque, elle abondait en livres rares, dont un certain nombre avaient été acquis aux
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ventes de Sylvestre de Sacy et de Klaprôthe. Le catalogue, qui ne comportait pas moins de 4200 numéros, est un véritable monument bibliographique et sa rédaction fait le plus grand honneur à M. Leroux, le savant éditeur de la Société asiatique.
Signalons, à titre de curiosité, la vente d'un nombre assez considérable de lettres autographes de Gabriel Peignot, le célèbre bibliographe bourguignon. La plus grande partie d'entre elles a été imprimée sous ce titre : I^ettres de Gabriel Peignot à son ami Baulmont, mises en ordre et publiées par Emile Peignot , son petit-fils. Dijon, 1857, in-8®. Cette publication serait, paraît-il, assez incorrecte, si l'on compare les originaux avec le texte imprimé. Quant aux autres lettres, elles sont inédites et contiennent quantité de faits curieux relatifs à Peignot et à ses travaux de bibliographie ; elles se rapportent principalement aux Recherches sur les danses des Morts et aux Testaments remarquables* Tous ces documents ont été vendus 5o francs.
Une coquille tenace. — La coquille dont nous allons parler est d'origine hollandaise. Elle a été constamment reproduite depuis plus de deux cents ans sans que personne s'en soit jamais aperçu. Dans toutes les éditions de Topus* cule intitulé : Le Palais-Royal ou les Amours de Madame de la Vallière se lit ce qui suit : a Le roi la pressait incessamment de vouloir prendre une maison à elle, et enfin elle y consentit afin de le voir, disait-elle, plus commodément ; il lui donna le palais Biron. » Ce petit roman, dans lequel il y a beaucoup de vérité, et dont la lecture est plus agréable que celle des histoires galantes pla-* cées à la suite de V Histoire amoureuse des Gaules, a été imprimé bien des fois, tant en France qu'à l'étranger. Toujours on y voit figurer le palais Biron, Les chercheurs modernes ont essayé de découvrir l'emplacement de ce fameux palais. M. Auguste Poitevin (t. i, p. 184) avoue franchement qu'il n'a rien trouvé ni dans les Antiquités de Paris, de Sauvai, ni dans les Recherches sur Paris de Jaillot. M. Livet, qui n'a pas été plus heureux, a écrit que le palais Biron était un des plus beaux hôtels du faubourg Saint- Germain. C'est bientôt dit ; mais la preuve ! Elle n'est nulle part.
L'aveu d'impuissance de M. Auguste Poitevin et l'erreur de M. Livet ont pour cause une coquille, une simple transposition de lettre. L'auteur, quel qu'il soit, des Amours de Madame de la Vallière connaissait à merveille la topographie du toit qui abrita, pendant quelques années, les secrètes amours du roi et de la fille d'honneur de Madame. Il avait parfaitement écrit le palais Brion, dont un copiste ou un compositeur fit le palais Biron ^ ce dernier nom étant plus connu que celui du futur duc de Dam ville.
Il est certain que M"* de la Vallière n'eut jamais, au faubourg Saint-Germain, d'autre demeure que le couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques. La vérité, quant à son habitation en 1661, est qu'il s'agissait d'une dépendance du Palais-Royal, fort différent alors de ce qu'il est aujourd'hui. A la mort de Richelieu, il se composait de deux parties distinctes. Le Palais-Cardinal proprement dit avait été légué au roi avec ses jardins ; puis une partie des bâtiments élevés par le ministre de Louis XIII avait été réservée à ses héritiers, qui la rétrocédèrent à la reine mère. Cette dernière partie comprenait tout le pâté occupé aujourd'hui par le Théâtre-Français, la galerie où; se trouvent les maga«
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sins de Chevet, le commencement de la rue Montpensier qui n'existait pas alors, et au ^^' une faible portion de la galerie d'Orléans actuelle. Le plan de Gom^ boust (i652) indique cette division du Palais-Royal proprement dit et de c THostel de Richelieu ». Les deux édifices communiquaient entre eux par une grande galerie à l'extrémité de laquelle, sur la rue de Richelieu, se trouvait un pavillon dont la jouissance avait été abandonnée au comte de Brion, ami du jeune roi, à la charge de le décorer. Louis XIV y venait très souvent, avant le mariage.de son frère, et y faisait des parties. Il continua ses visites après que le duc d'Orléans et Madame furent installés au Palais-Royal. Ses assiduités auprès de sa belle-sœur dissimulaient celles beaucoup plus intimes qu*il avait avec la
fiUe d'honneur.
Même après la découverte de l'intrigue amoureuse, Louis XIV, bravant la colère de sa belle-sœur, fit quitter à sa maîtresse son service de fille d'honneur Il fit plus, il s'installa tout près du Palais^Royal dans ce qu'on appelait alors le palais Brion. Ce n'était à vrai dire qu'un pavillon moins vaste et surtout moins élevé que celui de Flore qui terminait, du côté des Tuileries; la galerie bâtie par Henri IV. Après avoir largement indemnisé Brion, qui se prêta de bonne grâce à sa dépossession, le roi fit garnir les appartements d'un mobilier somptueux qu'on renouvelait souvent. Ce fut là que naquirent les premiers enfants de M"* de la Vallière. Louis XIV pouvait entrer dans ce nid d'amour soit par les appartements du Palais-Royal, soit plus ordinairement par la porte principale du pavillon ouvrant sur la rue Richelieu, à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui le bureau de location du Théâtre-Français.
Voilà comment s'explique l'erreur produite par la simple transposition d'une seule lettre, erreur qui a mis à la torture les annotateurs de l'histoire galante et qui impose une longue rectification.
C'est, croyons-nous, le savant et regretté Pierre Clément qui a j^t connaître pour la première fois la vérité par cette phrase d'une notice sur la duchesse de la Vallière placée en tête des Réflexions sur la miséricorde de Dieu (Teche« ner, 1860). On y lit page lxix : « Le roi lui avait donné l'hôtel Brion contigu au jardin du Palais-Royal, a Voilà la vérité vraie qui se trouve confirmée par les détails que Faimable et sagace Edouard Fournier a donnés dans son dernier ou«* vrage le Palais-Royal, auquel il a pu mettre la dernière main quelques jours avant de mourir.
Avant d'écrire les pages qui précèdent, nous avons parcouru les nombreuses biographies composées sur M"* de la Vallière. Aucune ne nous a' satisfait. Plusieurs' sont inexactes, prétentieusement écrites ou remplies de détails parasites. Le chef-d'œuvre du genre est celle d'un bon abbé qui a trouvé séant de forger des lettres de plusieurs pages que M'** de la Vallière aurait dû écrire au roi pour repousser son amour. La meilleure biographie est, à notre avis, celle de Pierre Clément. Elle est bien écrite, très exacte ; son seul défaut est d'être trop courte.' Qui donc nous donnera un volume écrit simplement, sans phrases comme celle où l'on représente l'héroïne c gravissant les alpes de la passion pour tomber dans les neiges expiatoires de la pénitence ». Ce que l'on doit désirer, c'est une histoire où les faits incertains seraient éclaircîs, ou du moins discutés avec la perspicacité de la critique moderne. Voilà un livre à entre-» prendre. Avis à ceux qui voudront le bien fiiire. E. M eau m s.
DEUXIÈME ANNÉE