SUR LE V LIVRE DE RABELAIS
Bs tendances calvinistes qu'on a signalées dans le V* livre de Pantagnul sont incontestables et ne prouvent nullement que Rabelais ne soit pas l'auteur de ce V* livre ; bien au contraire, elles affirment que Rabelais avait l'espnt porté vers la Réforme, malgré sa haine contre Calvin, et elles s'expliquent par sa situation personnelle, quand il composa, ou plutôt ébaucha son V* livre, c'est-à-dire entre 1S47 et 1549, soît à Metz où il s'était réfugié pour échapper à UQ procès criminel en madère de religion, soit à Rome où il se trouvait en sûreté auprès du cardinal du Bellay, soit à Paris, où le rappelèrent de puissantes protections et de fidèles amitiés.
Depuis qu'il avait abandonné l'ordre de Saint-François, pour rentrer dans le ïiécle, comme on disait, il n'avait pas cessé d'incliner vers les idées nouvelles d'une rénovation chrétienne, qui côtoyait le luthéranisme en allant au calvinisme, comme la plupart des lettrés de son temps, tels que Clément Maroi, BonaventuredesPériers, Hugues Salel,Héroet, Théodore de Bèie, etc. La description de l'abbaye de Thélème, dans son Gargantua, publié à Lyon en 1 53a, représentait assez nettement les nouvelletés morales et philosophiques, qu'il se proposait de mêler aux choses religieuses et qui formèrent plus tard une espèce de doctrine qu'on nomma le pantagruéliSme, Cette doctrine s'accusait peut-être davantage dans une première édition du Pantagruel, qui aurait été saisie et ib 3i
a^a LE LIVRE
détruite, en cette année i532, si nous voulons comprendre et interpréter une lettre de Calvin, en date de décembre i532, dans laquelle le chef de la Réforme annonce que la Sorbonne a condamné le Pantagruel, avec le Miroir de Vâme pécheresse, de la reîne de Navarre. Cette édition du Pantagruel de i532 n'existe plus; on n'en connaît aucune, avant celle de i534. Rabelais n'avait jamais été en bonne intelligence avec Calvin, mais il ne prenait pas moins d'intérêt à l'œuvre de la Réforme luthéraniste, qui venait d'être adoptée à Genève (i 536). Il eut beau se faire absoudre de son apostasie par le pape, pour être admis dans l'ordre de Saint-Benoît, en devenant moine séculier de l'abbaye de Saint- Maur-des-Fossés, il resta, au fond du cœur, partisan modéré de la Réforme, qui s'établissait à Genève et dont Calvin se faisait le chef. Il dissimula pourtant ses sympathies et ses opinions de manière à ne pas^fte compromettre vis-à-vis des autorités catholiques, et malgré les allégories transparentes de son roman pantagruélique, qui se réimprimait sans cesse et partout, sous son pseudonyme d'Alcofribas Naper, (anagramme de son nom), il eut l'adresse d'échapper à toutes les poursuites judiciaires jusqu'à la publication du tiers livre de Pantagruel en 1 546. Cette publication, quoique sauvegardée par un privilège du roi, donna de telles armes aux ennemis de Rabelais, pour le persécuter et le perdre, qu'il n'osa pas affronter les terribles conséquences de cette menaçante coalition : il sortit de France, lorsqu'il allait être arrêté et mis en jugement pour crime d'hérésie et même d'athéisme. Une pareille accusation devait conduire au bûcher son malheureux ami Etienne Dolet. Il se réfugia dans le pays messin et résida durant deux ans à Metz, en qualité de médecin stipendié de la- ville, ce qui ne l'empêchait pas de parcourir la Lorraine et l'Alsace, où il se mit en communion d'idées avec les chefs du protestantisme. Il ne renonça pas à ses sympathies pour la Réforme, en retournant à Rome, où il passa l'année 1 548 dans la maison du cardinal du Bellay. Il n'avait pas sans doute changé d'opinion religieuse, quand il revint en France^ dans le cours de l'année 1 549, après avoir fait paraître à Lyon la Scio^ machie, dédiée au duc de Guise. C'est en ce temps-là qu'il reprit la plume pour continuer et finir son Pantagruel, dont le quatrième livre, alors entièrement achevé, n'était pas encore mis au jour et ne le fut que deux ans plus tard. On s'explique donc comment Rabelais, inspiré et soutenu par le cardinal de Châtillon q^ui se préparait à embrasser ouvertement le parti de la Réforme, subit l'influence de ce puissant ^et généreux protecteur et fit presque une profession de foi luthérienne ou calviniste dans plusieurs chapitres de son V* livre. Mais il y eut un revirement soudain dans ses sentiments religieux, quand il fut nommé curé de Meudon, le 18 janvier i55o, à la recommandation du duc de Guise, qui avait acheté le domaine seigneurial de Meudon à la duchesse d'Étampes. Une fois curé de Meudon, avec l'assentiment du nouvel évêque de Paris, Eustache du Bellay, neveu et coadjuteur du cardinal, il s'abstint de donner suite à l'exécution du V* livre et le laissa pour toujours inachevé. On peut même supposer qu'il se serait refusé à le mettre au jour, après le bruit fâcheux que la publication du IV* livre avait fait. Il ne sera pas difficile maintenant de démontrer, en s'appuyant sur des inductions et des probabilités très sérieuses, que le V* livre, laissé inédit par Rabelais, n'a pas eu les développements qu'il s'était proposé de lui donner, d'après un plan arrêté et annoncé de longue date. Nous n'aurons pas de peine aussi à prouver que les éditions posthumes du V* livre, celles de i364, de i565 et de 1367, ainsi que
celle de l'Isle sonnante, imprimée dés i562, ont été publiées d'après des copies différentes, Eûtes sur les manuscrits originaux de l'auteur. Il sera donc établi que le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale est assurément une copie contemporaine, qui n'avait jamais servi à l'impression du V* livre avant que nous l'eussions utilisé pour la correction du texte dans notre édition de 1840. Enfin, nous constaterons que ce même manuscrit, plus complet et plus correct que ceux qui ont été dans les mains des premiers éditeurs du V^ livre, atteste que l'ceuvre de Rabelais n'a jamais été terminée et ne présente pas les proportions qu'elle devait avoir, ce qui démontrera pleinement l'authenticité du V livre.
Le manuscrit, que la Bibliothèque nationale conserve depuis longtemps sous le n^ 7981 de l'ancien fonds, est un in-4® de 146 feuillets, écriture courant^ du XVI* siècle, relié en parchemin. Il a été certainement, comme nous le disions en 1840, écrit par un copiste, soit du vivant de Rabelais, soit peu de temps^ après sa mort. Plusieurs mots effacés (par exemple, Stabliger remplacé par Sea" Uger, chanoines au lieu de chat!Ç /oureiji) peuvent faire supposer que cses mots*là étaient également raturés dans le texte de l'auteur. On remarque en tète de lapre^ mière page, le mot ou le nom de Regius^ avec un ancien numéco d'ordre : ^665 ^ et ce mot inintelligible, d'une autre écriture suivi d^in chiffre iGodembo, x6. Le mot Regius veut-il dire que le manuscrit appartenait à la collection du roi, pu bien est-ce un nom propre latinisé ? Nous serions fort embarrassés de choisir entre deux explications aussi plausibles l'une que l'autre. Nous savons pourtant qu'un manuscrit, qui se trouve également à la Bibliothèque nationale et qui se rapporte aussi à Rabelais, Elogia Rabelœsina, a été composé par Antoine Le Roy, prêtre du Mans, en latin Regius, retiré à Meudon ec logeant dans le presbytère, « sous les auspiées des sieurs Antoine Grandet et Antoine Moreau, curés de ce Uteu e^ 1640 t. Jean Bemier, à qui nous empruntons ce renseignement, y ajoute une particularité bien curieuse. Cet Antoine Le Roy, auteur du Floretum phihso^ phicuniy composé aussi à Meudon, dans la bibliothèque même de Rabelais (in museo clariss. Francisci Rabelœsi), « étoit arrière-neveu d'un Nicolaus Regius, domestique du cardinal du Bellay, avec Claude Chapuis et François Rabelais »• Le manuscrit du V* livre serait-il une copie de la main de Nicolas Régius ?
Mais nous trouvons dans la reliure même de ce volume l'indication certaine de sa provenance. C'est une pièce de procédure, sur vélin, appel en droit pour Arthus le Thonneilliery défendeur, contre Olivier de Ladvemade^ seigneur de la Bastie, demandeur^ appel où est intervenu, comme procureur d'ime des parties, Charles Ronsard, représenté par son substitut François Tallemont Or Charles de Ronsard était frère puîné du fameux poète Pierre de Ronsard, qui lui avait fait obtenir, du vivant de Rabelais, le prieuré de Bruion, dépendant de l'abbaye de la Couture-du-Mans. Il devint plus tard protonotaire apostolique, abbé de Tyron et doyen de l'église du Mans. Pierre de Ronsard, âgé de vingt*neuf ans, lorsque Rabelais fut nommé curé de Meudon, était déjà dans les bonnes grâces du duc de Guise, seigneur du lieu ; mais il ne fut pas longtemps en bonne Intel* ligence avec Rabelais. Jean Bernier avait recueilli à ce sujet la tradition locale : « Ronsard, dit-il, dans son ouvrage intitulé : Jugement et nouvelles obser^ vations sur les œuvres de Rabelais, Ronsard, qui n'eut, dit-on, osé l'attaquer vivant par écrit, quoiqu'ils se picotassent souvent à Meudon chez les princes de la maison de Lorraine, ne l'a attaqué que dans une épitaphe, où il le traite fort
mal, parce que Rabelais ne le regardoit que comme un poète mpécunieux et misérable, au point qu'il se tenoit fort heureux de loger dans une échauguette, appelée encore à présent la Tour de Ronsard, à Meudon, d'où il alloit faire sa cour au château, et où il trouvoit souvent en son chemin maistre François Rabelais, qui ne Tépargnoit guère. » On peut donc supposer que, si Rabelais avait laissé à Meudon ses manuscrits avec sa bibliothèque (in museo Franc. Rabelœsi)^ ils furent, après sa mort, recherchés et soustraits par des personnes intéressées à les tenir sous le boisseau ou à les mettre en lumière. Le cardinal de Chastillon ne fut pas le dernier sans doute à s'en inquiéter, et Tévèque de Paris, Eustache du Bellay, neveu du cardinal qui l'avait choisi pour coadjuteur, avait probablement des instructions pour faire enlever les papiers qui pouvaient être compromettants pour son oncle.
Le V* livre de Pantagruel était là en chapitres détachés, qui ne se suivaient pas et entre lesquels il y avait des lacunes à combler : aussi, la moitié de ces chapitres seulement portait des numéros d'ordre dans le manuscrit, et parmi ces numéros, quelques-uns annonçaient un bien plus grand nombre de chapitres qu'on n'en trouve dans les éditions imprimées, où il a fallu faire suivre le numé« rotage des chapitres, de i à 47. A comparer ce numérotage dans les éditions et dans le manuscrit, nous voyons que les douze premiers chapitres sont bien numérotés, de i à xn, dans le manuscrit comme dans les éditions ; le manuscrit ne donne aucun numéro aux chapitres xni et xiv, mais le chapitre xv y est coté 38, et le chapitre xvii, 89; les chapitres xviii et xix sont cotés 5o et 5i. Il n'y a plus qu'un seul chapitre, le xxvni, qui porte un numéro, 58 : d'où il résulte que le V* livre devait avoir plus de 58 chapitres. Le manuscrit ne donne pas de numéros aux chapitres xxii, xxiii, xxvi, xxvii, xxviii, ni aux chapitres suivants jusqu'à la fin. On ne trouve pas dans le manuscrit le chapitre des Apede/tes, numéroté xvi dans les éditions, ni les chapitres xxiv et xxv, consacrés au Tournois de la Quinte; mais, en compensation, le manuscrit contient un long chapitre inédit, sans numéro, lequel manque dans toutes les anciennes éditions : Comment furent les dames lanternes servies à souper, chapitre où se trouve intercalée l'énumération des danses, que Rabelais avait déjà fait paraître, en 1 543, dans le Disciple de Pantagruel, lequel offre l'ébauche de plusieurs chapitres du V' livre. Le manuscrit ne donne qu'un fragment du prologue, que le copiste a intitulé : Prologue de M. François Rabelais. Mais les deux admirables pages, qui complètent le dernier chapitre de ce V livre et qui renferment la véritable conclusion du Pantagruel ne figuraient dans aucune édition, avant celle que nous avons publiée en 1 840,
C'est au milieu du chapitre inédit du souper des Dames lanternes que le copiste^ aussi fidèle et aussi peu intelligent que la plupart des copistes, a copié machinalement une note de l'auteur, qui s'était promis de faire entrer dans son IV* livre le festin des noces de Panurge, lesquelles n'ont pas même trouvé place dans le V* livre. Cette note, intitulée : Servato^ in*4'* libr. Panurgium ad nuptias, nous est un témoignage que Rabelais n'avait pas perdu de vue son projet de marier Panurge et de faire suivre ce mariage de diverses aventures qui auraient pu lui fournir encore deux ou trois nouveaux livres : « Là vous verrez, avait-il dit dans le dernier chapitre de son second livre, comment Panurge fut marié et coqcu dès le premier moys de ses nopces, et comment Pantagruel trouva la pierre philosophale, et la manière d'en trouver et d'en user; et comment il passa les monts
Caspies, comment il naviga par la mer Atlanctique, et défit les Cannibales, et conquesta les isles de Perlas ; comment il espousa la fille du roy d'Inde, nommé Prèsthan ; comment il combattit contre les diables et fit brusler cinq chambres d'enfer, et mist à feu la grande chambre noire, et getta Proserpine au feu, et rompit quatre dentz à Lucifer et une corne au cul, et comment il visita les régions de la lune, pour sçayoir si, à la vérité, la lune n'estoit entière, mais que les femmes en avoyent trois quartiers en la teste; et mille aultres petites joyeusetés toutes véritables. » Il n'est pas question des noces de Panurge dans le V« livre, excepté dans la note que Rabelais y avait annexée en manière de mémento ; mais il s'est souvenu de quelques points de son plan primitif, en écrivant ce V* livre. Si Pantagruel ne trouve pas la pierre philosophale, il visite du moins le royaume de Quintessence, c'est-à-dire de l'Alchimie, où l'on croyait la posséder (chap. xix, XX et xxi) ; il ne combat pas contre les diables et ne brûle pas les chambres d'enfer, c'est-à-dire les chambres du parlement, mais après avoir passé le Guichet (le Palais), habité par Grippeminaud, il ne se hasarde pas sans inquiétude chez ces « diables de chats fourrés », qui vivent de corruption, et que frère Jean des Entommeures « délibère mettre à sac » (chap. xi àxv). Pantagruel n'arrive pas jusqu'aux régions de la lune, mais frère Jean semble deviner ce que Rabelais eût voulu nous y montrer, en disant (chap. xxxiv } : c Je trouve dedans mon bréviaire, que en la Révélation fut comme chose admirable veue une femme ayant la lune sous les pieds; c'estoit, comme m'a exposé Bigot, pour signifier qu'elle n'estoit pas de la race et nature des autres, qui toutes ont à rebours la lune en la teste et par conséquent le cerveau toujours lunatique. » Enfin, si Pantagruel, dans ses navigations, n'a pas défait les Cannibales, il faut se rappeler que Rabelais avait, dans son IV* livre (chap. xxxvi), prophétisé leur destruction prochaine, en vouant à l'horreur des honnêtes gens « les enraigez Putherbes, Brififaulx, Caphars, Chattemites. Cannibales et autres monstres difformes et contrefaictz en despit de Nature ». Rabelais eût probablement tenu les promesses d'Alcofribas Nasier, s'il avait osé mettre la dernière main à son V* livre.
Ce V^ livre, comme nous l'avons déjà dit, est plus complet, dans le manuscrit que dans les anciennes éditions, quoiqu'il ne contienne pas le chapitre des Apedeftes et les chapitres du Tournois de la Quinte, qui ont paru, l'un dans Vlsle sonnante, les deux autres, dans les éditions de 1 564, i365 et 1567; ce qui ne prouve nullement que ces trois chapitres soient apocryphes. Celui des Apedeftes, quoique absent dans le manuscrit, est le complément indispensable des chapitres relatifs aux Chats fourrés : le Tournois de la Quinte représente une partie d'échecs ou plutôt un de ces ballets à grand spectacle que Rabelais avait pu voir exécuter, soit à Rome, soit à la cour de Florence, soit chez quelque prince italien, et qu'il a décrit avec un prodigieux talent de style imagé et pittoresque. C'est là du bon et beau Rabelais. Ces différences entre le manuscrit et les premières éditions nous font présumer qu'il y a eu différents manuscrits, copiés sur les chapitres que Rabelais composait isolément et sans ordre, à table, comme il le dit lui-même, en buvant peut-être, « durant le temps de sa réfection corporelle ». Il n'est donc pas impossible qu'on retrouve, un jour, un de ces chapitres inédits, qui se serait égaré dans les mains d'un ami et compère de Rabelais. Au surplus, les copies sur lesquelles furent imprimées les anciennes éditions étaient très incorrectes, remplies d'omissions, de non-sens, de fautes grossières et de noms dénaturés. Le
Duchat s'était donné beaucoup de mal pour expliquer des phrases inexplicables, que le manuscrit existant a permis de rétablir le plus clairement du monde. Ce manuscrit, néanmoins, n'est pas lui-même toujours exact, et beaucoup de noms propres et de noms de lieux y sont encore altérés, comme DrouetSy au lieu de HeroetSy Joubert, au lieu de Jambat, Libila au lieu d'Abila^ etc. Mais combien de bonnes leçons ont aidé à comprendre le texte jusqu'alors obscur ou inintell^ible! Ainsi l'abbé de Castiliers est bien nommé de Ckastelier, abbaye de Poitou, dans le manuscrit; les orangers de Suraine redeviennent les orangers de San Rente, que Rabelais avait mis en pleine culture dans la rivière de Gènes ; le village de Fevrolles reprend son vrai nom de FaveroUes^ en Berry ; c^estkLegugé et non h, Limoges (ch. xxx) que Rabelais avait vu un porc monstrueux, etc. Quant au texte, il est presque toujours plus net, plus développé, plus logique dans le manuscrit, qu'il faudrait citer presque à chaque ligne. Voici seulement, comme témoignage de l'excellence des variantes de ce manuscrit, un passage qui était resté inédit et qui faisait la fin du chap. xxvi : « Là davantaige nous fust dict que Panisgon, sur ses vieux jours, s'estoit en un hermitage d'icelle isle retiré, et vivoit en grande saincteté et vraye foy catholique, sans concupiscence, sans affection, sans vice, en innocence, son prochain aymant comme soy-mesme et Dieu sur toutes choses. Partant faisoit-il plusieurs beaux miracles. A nostre département de Chothu, je veis le pourtraict mirifique de varlet cherchant maistre, jadis depainct par Charles Charmois, Aurelian. 9 Ce passage est d'autant plus intéressant» que Rabelais avait parlé de Panisgon, au chap. x du livre IV, en le plaçant dans l'île de Cheli, et du portrait peint par Charles Charmois, peintre du roi Megiste (François I*'), mais sans le qualifier ^Aurelian (Orléanais), dans le chap. 11 du même livre. On peut toutefois soupçonner ici une lacune, en voyant les voyageurs de la nauf de Pantagruel, qui étaient dans l'île d!Odes ou deschemins qui marchent, quitter tout à coup l'île de Chothu, que le narrateur n'avait pas encore nommée dans le chapitre xxvi. Au reste, Rabelais répète parfois, dans son V* livre, ce qu'il avait dit dans le précédent; mais il y ajoute toujours quelques détails nouveaux; ainsi, dans l'Ancien Prologue du livre IV, il rapporte un aphorisme hygiénique « du médecin d'eau doulce, neveu de Tadvocat, feu Amer », et dans le prologue du V' livre, il développe le système du même a médecin d'eau doulce, feu Amer, neveu de l'advocat, seigneur de Camelotière », lequel ré* servait pour sa bouche les bons morceaux qu'il défendait à ses malades. Nous n'avons pas découvert quel était ce médecin d'eau douce, mais nous attribuons à l'avocat Amer, seigneur de Camelotière, l'ouvrage suivant, publié ou réimprimé depuis la mort de Rabelais : Johannis Amaritonis, Nometani, Notœ in 2g titulis Vlpiani (Tolosœ, Petrusdu Puis, i554).
Mais, avant de nous étendre davantage sur les noms de personnes, qui sont dans le V* livre et qui ne sont que dans ce livre, nous voulons répondre à diverses objections générales concernant le style, qu'on a jugé, en certains endroits, plus lourd, plus entortillé, plus terne et plus néologique, que ne l'est celui des autres livres du Pantagruel. C'est là une critique qui tombe d'ellemême, si l'on fait la part de l'âge que Rabelais avait alors (soixante*dix-neuf ou quatre-vingts ans), et si l'on veut admettre un degré d'infériorité dans sa manière d'écrire, à l'époque où il ébauchait son V* livre, qui n'a été publié d'ailleurs que sur des brouillons, auxquels l'auteur n'avait pas mis la dernière main. Ajoutes à.
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE V« LIVRE DE RABELAIS a+7
cela que la matière est beaucoup plus seVieuse et Tallégorie plus voilée que dans les livres précédents. On se rend compte ainsi de la multitude de mots nouveaux, tirés surtout de Thébreu, que Rabelais étudiait peut-être alors avec plus de passion et de curiosité, comme il avait étudié le copte en i536. Cependant un grand nombre de néologismes, qui reparaissent dans le V« livre avec profusion, avaient été déjà créés par lui et employés avec les mêmes acceptions, surtout dans le IV* livre. Il y a aussi beaucoup de ces mots qualificatifs, qui ont passé, travestis et corrompus, dans les éditions primitives aussi bien que dans le manuscrit du V* livre. En outre, ce n'est pas un faussaire, mais bien un scribe ignorant qui a laissé, dans la copie du manuscrit original, tant de phrases incomplètes, tant de mots absents, que l'auteur s'était réservé de rétablir plus tard sur son n^ianuscrit, quand la mémoire lui reviendrait : le paîlefrenier du seigneur du,,, (chap. vu); le verre d'eau froide^ que lui présenta un paysan en,., (chap.vm); il ^ comme,,,, fouet* toit (chap. xxvii), etc. Les premiers éditeurs ont supprimé, il est vrai, ces lacunes qu'ils ne pouvaient remplir ; mais il faut déclarer que ces éditeurs se sont abstenus autant que possible d'altérer le texte par des changements ou des interpolations. Ainsi, dans l'édition de Vlsle sonnante, le commencement du i*' chapitre est composé de quelques phrases empruntées aux chapitres 11 et v du livre II. « Cestuy jour et les deux autres subsequens, ne leur apparent terre ou autre chose nouvelle, car aultres fois nous eslaingnans de l'equinoxial, nous apper* ceusmes terre. Et nous feut dict par nostre pilôt, que c'estoit l'isle des Tryphes, et entendismes... » Dans l'édition de i564 et les suivantes, au chapitre vi, les éditeurs ayant remarqué que maître iEditue parlait de la Touraine, comme s'il la connaissait aussi bien que Panurge, ont cru devoir motiver son opinion, par cette parenthèse ajoutée au texte : a Nous feut dict, ung jour, par gens du lieu par cy passans. » Mais ils n'ont pas rectifié quantité d'erreurs, qu'ils n'eussent point laissées dans l'imprimé, s'ils avaient pu consulter le manuscrit resté ignoré ou négligé jusqu'en 1840; ils auraient, par exemple, corrigé cette phrase, dépourvue de sens, dans le chap. 11 : « Peu de doute feismes des enfans Macrobins convertis en cygnes », par la substitution de Matabrune à Macrobins et de chouettes à cygnes; ils auraient aussi, dans le chap. xxxn, restitué le vrai sens de cette phrase insignifiante : « La roine estoit vestue de crystallin vierge de Touchie », en lisant : vergé, par art de tanchie; ils auraient compris que, dans le chap. IV, cette phrase incidente : en dangier de patir malesuade n'avait aucun sens, si l'on n'ajoutait pas le mot famine, que le copiste avait oublié ; ils auraient enfin, dans le chap. xlii, remplacé cette autre phrase banale : « Lorsque le boire coule dessus pour descendre dans l'estomach », par cette description scientifique de la descente de la boète plutôt que du boire dans l'estomach : a pour descendre es poulmons par l'artère inesgualle, comme a esté l'opinion du bon Platon, Plutarque, Macrobe et autres, mais en Testomach par l'œsophage ». Tel est certainement le véritable texte de Rabelais ; mais nous n'aurions jamais fini, si nous voulions comparer mot à mot le texte des éditions avec celui du manuscrit : de cette comparaison minutieuse ressortirait pourtant, à chaque page, souvent à chaque ligne, la certitude indiscutable de l'authenticité du V* livre, que l'auteur n'avait ni achevé ni revu, et que les copistes transcrivirent avec tant de né« glîgence ou d'ignorance. Ainsi, l'image de la Bouteille, dont la forme est reproduite par celle des vers de TEpilenie qu'elle renferme, et [qui n'avait pas été
gravée en bois dans les premières éditions, paraît pour la première fois dans l'édition de 1 565, et cependant le manuscrit de la Bibliothèque nationale en offre un des* sin grossièrement exécuté à la plume, mais analogue à celui qu'on trouve dans cette édition anonyme de 1 565, qu'on regarde avec raison comme la seconde du V* livre. Les sceptiques qui ont eu l'idée de contester et même de nier l'authenticité du V* livre auraient dû essayer de faire leurs preuves, en recherchant, dans ce livre les erreurs de faits et de dates, qu'ils y eussent trouvées certainement, si ce livre eût été l'ouvrage apocryphe d'un imitateur de Rabelais. Ils avaient bien indiqué que l'on y rencontrait, çà et là, des emprunts faits aux livres précédents, et par conséquent, des traces évidentes d'imitation systématique ; mais ils auraient mieux £siit de reconnaître des réminiscences d'auteur, dans ces emprunts qu'un faussaire n'eût pas manqué d'éviter, au lieu de les choisir de propos délibéré. Ainsi, dans la note si curieuse relative aux noces de Panurge, note marginale que le copiste a reproduite littéralement dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, Rabelais rassemble, au courant de la plume, certains animaux mythologiques, qu'il se proposait de faire paraître sur la table du festin nuptial, notamment « les quatre quartiers du mouton qui porta Helle et Frixus au destroit de Propontide ». Il se rappelait sans doute avoir mentionné, dans son IV* livre, des c moutons extraictz de la propre race de celuy qui porta Phrix et Helle par la mer dicte Hellesponte p. Puis il se souvient d'un renard, que lui fournit encore la mythologie et dont il avait déjà parlé, dans son Pantagruel^ d'après VOnomasticon de Pollux, et il écrit: c lepoulmon du regnard, que Neptune... » Mais il ne va pas plus loin, parce qu'il n'est pas sûr de sa mémoire, et, en effet, il confondait ici Neptune avec Bacchus, qui, comme il le dit dans le prologue du même IV* livre, « avoit, pour se venger des Thébains, un renard fée », contre lequel Vulcain fabriqua un chien en bronze, qui prit le renard. Quel est donc l'auteur, qui ne s'est pas répété et qui même ne s'est plu à redire ce qu'il avait déjà dit? Rabelais, dans le chap. xxxi de son V* livre, revient ainsi sur une idée qu'il avait déjà exprimée en vers : « estant sur la rivière de Loire, nous sembloyent les arbres prochains se mouvoir ; toutesfois ilz ne se meuvent, mais nous, par le decours du bateau ». Se souvenait-il alors d'avoir dit et mieux dit la même chose, dans une épître, adressée, de Legugé, à Jean Bouchet,sur «les imaginations qu'on peut avoir, attendant chose désirée » ?
... à ceulx qui sont sur Peau, Passans d*un lieu à l'autre par bateau :
Il semble advis, à cause du mouvage Et des grans flotz, les arbres du rivage Se remuer, cheminer et danser.
Ce qu^on croit et qu'on ne peut penser.
Nous allons faire maintenant ce que nos savants sceptiques n'ont pas fait pour s'éclairer et pour se convaincre dans la question qui nous occupe. Il s'agit de bien fixer la date de la composition du V* livre; puis, de bien établir que Rabelais, dans ce livre, n'a parlé que de ses contemporains et surtout de ceux qu'il avait connus et qui étaient ou avaient été ses amis; enfin, de montrer qu'il n'a jamais manifesté plus d'affection pour Chinon, sa ville natale, pour sa chère province de Touraine et pour ses concitoyens les bons Tourangeaux, que dans les dernières pages sorties de sa plume, et laissées après lui, comme une
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE V* LIVRE DE RABELAIS a^p
confidence posthume de ses derniers sentiments et de ses dernières pensées.
Le V* livre a été écrit, lorsque Marguerite de Navarre, qui avait survécu à son frère François I**, vivait encore ; elle mourut à Oddes, en Bigorre, le 2 1 décembre 1 549, et Rabelais, qui lui avait adressé, en tête de son troisième livre, une pièce de vers mystiques, la glorifiait encore, en ces termes, dans le prologue du V* livre, où il la place au-dessus de tous les écrivains de son temps : « n'est ceste gloire en hommes, toute consommée ; les dames y ont participé, entre lesquelles une, extraicte du sang de France, non alléguable sans insigne profanation d'honneur, tout ce siècle estonne, tant par ses escrits, inventions transcendantes, que paraornement de languaige, de style mirifique ». La même date d^ 1S4Q semble apparaître dans une phrase très obscure de ce prologue, où Fauteur explique ce que signifie Van jubilé supemumeraire au-dessus trente : v Les meilleurs interprètes d'iceluy bon Père exposent l'an jubilé passant le trentiesme', les années encloses entre ceste eage courante l'an mille cinq cens cinquante. » Mais nous ne tenterons pas de chercher le vrai sens de cette phrase, que les commentateurs se sont appliqués à rendre encore plus incompréhensible, et que nous sommes d'autant plus disposés à croire altérée, que le manuscrit ne la donni: t>as tout entière. ^
La date de 1549 est encore indiquée par d'autres probabilités. C'est en 1549 que le philosophe Guillaume Bigot, qui avait été en relations directes avec Rabelais dans la maison du cardinal du Bellay, publia, à Toulouse, l'ouvfage où il traitait de l'Entéléchie d'Aristote, c'est-à-dire de la perfection de l'âme, et Rabelais se hâte de le ranger, avec Jules-César Scaliger, parmi les entéléchistes qu'il tourne en ridicule (chap. xix). C'est aussi en 1 549 que Rabelais avait obtenu, en survi* yance du titulaire décédé, la cure de Saint-Christophe, dans le village de Jambet, au diocèse du Mans, que l'évêque de ce diocèse, Jean du Bellay, cardinal de Langey, lui permettait de faire desservir par un vicaire. Aussi, Rabelais ne se fit-il pas faute de s'égayer aux dépens de son prédécesseur, le/eu curé de Jambet, en lui attribuant, au chap. xxix du livre V, une opinion assez gaillarde sur la puissance procréatrice des petits questeurs youte^, des petits prescheurs botte\ et des petits confesseurs crottej.
Cherchons maintenant, dans le V* livre, les souvenirs personnels de la vie de Rabelais. Dans le prologue^ il rend hommage à ses anciens amis, poètes et orateurs galliques : Jacques Colin ou Colinet, secrétaire et lecteur de François I*'; Clément Marot, qui lui avait dédié une des plus belles épigrammes qu^il ait fiaites; Antoine Heroet, l'élève, et Mellin de Saint-Gelais, le rival de Clément Marot; Hugues Salel, auteur du huitain laudatif qu'on lit en tête du second livre de Pantagruel, et Claude Massuau, qu'il nomme Masuel, traducteur d'un ouvrage latiJi, aujourd'hui perdu, que Rabelais avait composé sur les proesses et ruses de guerre du preux et très célèbre chevalier Langey, au commencement dé la tierce guerre césarienne (Lyon, Sébastien Gryphius, 1542}. Rabelais fait acte de reconnaissance, dans son V* livre, en évoquant la mémoire de ses deux maîtres en hellénisme, le cordelier Pierre Amy et l'illustre Budé, qu'il n'avait pas encore homme dans les quatre premiers livres du Pantagruel. Il cite Budé (chap. xix) entre Politien et Lascaris ; quant à Pierre Amy, il l'a nommé très honorablement dans un chapitre du V* livre, chapitre resté longtemps inédit, où il décrit le Souper des Dames lanternes : « Par nous fut esleue et choisie la mye (l'âme, u. 32
»SO ., ... LE LlVRp
la lanterne) du grand M. P. l!Aniy» laquelle j'avois autresfois congneue, à bonnes enseignes : elle pareillement me recongnoissoit, et nous sembla plus divine, plus hilique^ plus docte, plus saige, plus diserte, plus humaine, plus débonnaire .et plus idoyne que aytre qui fust en la compaignye, pour nostre conduite. » Il avait déjà, dans le chap. x du livre III, fait apparaître M. Pierre Amy, explorant les sorts homériques et virgiliens, « pour sçavoir s'il eschapperoit de l'embusche des farfadets (les cordeliers du couvent de Fontenay-le-Comte). » Rabelais se retrempe toujours avec plaisir dans les souvenirs des années qu'il avait passées, de i53i à i338, à Lyon, où il était tour à tour alchimiste et correcteur d'imprimerie, médecin du grand Hôpital et chef d'un dispensaire spécial pour les maladies goutteuses et vénériennes. Il parle (chap. xxx) d'un rhinocéros, que lui ^vait montré Jean Cleberger (Hans Cleberg), « le bon Allemand i», ce riche et généreux négociant, qui dotait et mariait les filles et que le peuple de Lyon vénère encore sous le nom de V Homme de la Roche; dans le même chapitre, il signale Içs travaux d'histoire naturelle de Charles Marais ou Maris^ « insigne médecin en la noble cité de Lyon sur le Rhosne ». Ce médecin n'est autre que maistre Charles, qui, le 25 février i535, dans une réunion des médecins de l'Hô^el-Dieu de Lyon, avait posé sa candidature pour succéder à Rabelais, absent de son poste^ sans congé. Il donne, en passant, une gourmade au savant voyageur et naturaliste, Pierre Gilles, qui lui devait la bonne fortune d'avoir fait imprimer, chez Sébastien Gryphe, en i533, une édition d'Élien, traduit en latin et accompagné d'amples annotations,, mais qui, dans son ouvrage sur les poissons de la Méditerranée, n'avait pas daigné mentionner les propriétés bienfaisantes du garpn , découvertes et préconisées par Rabelais : a J'y advisay, dit-il dans le chap. xxxi,^ Pierre Gilles, lequel tenoit un urinai en main, considérant en profonde contemplation l'urine de ces beaux poissons. » Pierre Gilles avait publié, en i529, un poème sur les urines {carmina de urinarum judiciis). Mais nous èommes surpris de ne pas rencontrer, une seule fois, dans le Pantagruel et surtout dans le V* livre, le nom de Jean Turquet, de Lyon, poète et grammairien, le compagnon et l'ami de Rabelais, le premier éditeur de ce V" livre, en tête duquel il a mis quatre vers français énigmatiques avec sa devise en anagramme : JNature quitte. C'est comme Tourangeau que Rabelais a signé et contresigné, pour ainsi dire^ en plusieurs endroits, ce V* livre qu'on lui dispute sans aucune raison valable, et il ne se contente pas d'y ramener sans cesse l'image de sa chère Touraine. Il se plaît aussi à citer différents lieux du Poitou, daQS lesquels il ayail passé quelques heureux instants de sa jeunesse, quand il allait sans doute faire des quêtes pour son couvent des cordeliers de Fontenay-le-Comte ; il se rappeHe (chap. xxix) que, a au papier baptistère de Thouars, plus grand est le nombre des enfants, en octobre et novembre, nez, qu'es dix aultres mois de l'année i> ; au chap. XXXIII, en nommant « la lanterne provinciale de Mirebalaisi>,il fait allusioxi au fanal qu'on allumoit, la nuit, à la pointe du clocher de Mirebeau ; au chap. vt, il vante les « gros chapppns de Loudunois ». Mais, dès qu'il est en Chinonais, il s'y arrête avec complaisance et ne voudrait pjus en sortir : ici (chap. iv), il s« raille doucement des habitans bossus,, borgnes, boiteux, manchots et maléficiéi de. rile Bouchard, sur la Vienne^ près de Chinon; là (prologue), il se souvient d'un petit bonhomme hermite, nommé Braguibus,, natif de Glenay, pipôs de Chinon; au chap. xvii| il contemple le coursée la Vienne, sa rivière. favoritei
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE V« LIVRE DE RABELAIS 2$x
« depuis Chinon jusqu'à Saumur ». A peine est-il à Chinon, qu'il se remémore la Cave peinte de cette ville, où il est né (chap. xxxv) ; c'est lui-même qui semble prendre la parole dans son récit ; « Nous descendismes soubz terre par un arceau incrusté de piastre, painct au dehors rudement d'une dance de femmes et satyres, accompaignans le vieil Silenus riant sur son asne. Là, je dîsoys (n'estce pas Rabelais lui-même qui se met en scène?) à Pantagruel : « Cesto entrée me revocque en soubvenir la cave paincte de la première ville du monde, car là sont painctures pareilles, en pareille fraischeur comme icy. — Où est, demanda Pantagruel, qui est ceste première ville que dictes? — Chinon, dy-je (c'est encore Rabelais qui parle), ou Caynon, en Touraine, — Je sçay, respondit Pantagruel, où est Chinon et la Cave peinte aussi; j'y ay beu maints verres de vin frais et ne faj$ auc^n. doute ijue. Chinon ne soit idlle.atitique; son blason l'atteste, auquel est dit, deux ou trois fois :
Chinon, Petite ville, grand renom.
Assise sur pierre ancienne.
Au haut le bois, au pied la Vienne. »
Quand Panurge et ses compagnons débarquent dans l'Ile Sonnante (chap. vi), maître iEditue, qui leur fait bon accueil, leur dit : « Beuvons, amis ! Mais de quel pays estes vous ? — De Touraine, respondit Panurge. — Vraypment, dit Editue, vous ne fûtes onc de mauvaise pie couvez, puisque vous estes de la benoiste Touraine ». Les voyageurs arrivés ensuite dans le royaume de Quintessence, des archers et des gens de guerre leur barrent le passage : a Compères, de quel pays est la venue ? — Cousins , respondit Panurge, nous sommes Tourângeâux ! » On les interroge alors sur la manière dont ils prononcent le liom de la reine de Quintessence, Entéléchie ou Endéléchie : « Beau^ cousins,^ res- ' pondit Panurge, nous sommes gens simples et idiotz. Excusez la rusticité de nôstre lahguaige, car, au demeurant, les cœurs sont francs et loyaux. » On leur réplique : « Grand nombre d'aultres ont icy passé de vostre pays de Touraine, lesquels nous sembloient bons lourdauds et parloient correct. » On les reçoit donc très honorablement comme Tourangeaux. Ensuite (chap. xlvii et dernier), après avoir entendu l'oracle de la Bouteille, ils sont gracieusement congédiés par le pontife Bacbuc, qui les invite à retourner à la cour de leur roi Gargantua, en leur disant que le Temps, père de la Vérité, leur apprendra, un jour, que « tout le savoir d'eulx et de leurs prédécesseurs a peiné estre la minime partie de tout ce qui est ». Ce magnifique dénouement, si original et si philosophique, ne se trouve que dans le manuscrit et doit être regarde comme une des plus belles pages que Rabelais ait écrites. Nos voyageurs traversent alors « un pays plain de toutes délices, flairant, serain et gratieulx autant qu'est le pays de Touraine », et retrouvent leurs navires au port.
Toute cette fin du Pantagruel, où Ton rencontre, seulement dans le manuscrit (chap. xlvii), cette belle définition de Dieu, qu'on a tant admirée dans Pascal : « Allez, amis, en protection de ceste sphère intellectuelle; en tous lieux est le centre et n'a en lieu aucune circonférence, que nous appelons Dieu ! », toute cette fin n'est plus d'un protestant luthérien ou calviniste, mais d'un grand philosophe, et ce philosophe ne peut être que Rabelais. P. L. Jacob, bibliophile.
RENSEIGNEMENTS ET HISCELLANÉES
LIVRES AUX ENCHÈRES. — Du 17 juin au >o juillet dernier a eu lieu la vente de la collection de livres de M, Michel Chasles, de l'Institut. Commencée il y a plus d'un demi-siécle, la bibliothèque Chasles ëiait une de ces vieilles bibliothèques comme on ne peut plus en faire et comme on n'en voit plus. Le catalogue, dressé par M. Claudtn, l'e'rudit libraire, ne comportait pas moins de 5, 000 numéros.
Les livres de sciences et de mathématiques formaient une collection admirable et probablement unique. Ainsi, il y avait 18 éditions difTe'rentes d'Archiméde.
Quant à Euclîde.sur lequel M. Chasles avait rédigé un remarquable travail, il était représenté par 66 ouvrages consacrés à l'impression de ses œuvres ou de ses commentateurs. Les livres d'astronomie des xvi', xvn' et xviii' siècles, d'astrologie, d'alchimie, étaient presque tous représentés.
Parmi les curiosités que possédait M. Chasles, il faut, en première ligne, ;nentionner un Ptolémée de 1490. Voici la note consacrée à ce livre par M. Claudin :
t Édition précieuse. Elle contient 27 cartes géographiques gravées sur cuivre qui sont les premières qui aient été imprimées en taille-douce. Ces cartes avaient déjà paru en 147a dans une édition donnée à Rome. Brunet dit que ■ ces cartes, les plus anciennes que l'on connaisse, sont encore les plus belles qui aient été gravées pour ce géographe dans aucune édition, sans même en excepter celles de Mercator. Les lettres y sont frappées par des poinçons et à coups de marteau, ainsi que le pratiquent les orfèvres quand ils marquent l'argenterie. * Mais ce que Brunet ne dit pas, c'est que ces planches ont été gravées par Conrad Sweynhem, l'associé d'Arnold Pennartz, le même qui introduisit le premier l'imprimerie en Italie, au monastère de Subiaco dans la campagne de Rome. Sweynhem, dégoûté de la typographie et de la librairie, se sépara de
Pennartz pour se livrer exclusivement aux recherches de ce nouveau genre de gravure. Il grava lui-même les cartes de ce Ptolémée, travail qui lui prit trois années entières, fit de nombreux essais et inventa leprocédé jusqu'alors inconnu de rimpression de la taille-douce dans les livres. Il y consacra ses veilles et mourut à la peine^ sans avoir pu terminer son Ptolémée, un véritable chef* d'œuvre. Ce fut un de ses compatriotes, Arnold Buching, le confident de ses travaux, qui acheva Tœuvre. Ces détails intéressants pour l'histoire de Timprimerie sont consignés dans un avis placé en tête de l'édition de 1478... »
Cet exemplaire, qui provenait de la bibliothèque d'Arago, a été vendu 67 francs. — Un manuscrit inédit du xvii* siècle, intitulé : Voiage de Siam et ayant appartenu au bibliophile de Boze, a été adjugé 80 francs. -^ Les trois premiers livres de l'histoire de Diodore Sicilien^ Paris, 1437, petit in-4*, 300 francs; Histoire de LoySy IX du nom,,. Paris, 161 7, 2 tomes en i vol. în-4^, exemplaire sur lequel se trouve la signature de Le Maistre de Sacy : 5o francs. — Description figurée d'un musée d'antiquités du xvi* siècle; très curieux manuscrit du xvi* siècle, représentant par le dessin tous les objets composant le musée d'un curieux italien au xvi* siècle. D'après M. Claudin, ce cabinet d'antiquaire parait être celui de Paolo San Vitali, de Parme, évèque de Spolète. Ce manuscrit a été vendu 53o francs. — Journal ou mémoire d'un voyage de Paris à Rome^ fait par un nommé Bouchard en j630f manuscrit du XVII* siècle. Ce manuscrit, qui contient plusieurs passages des plus licencieux, doit être attribué, d'après M. Paulin Paris, à Bouchard, qui jouissait d^une certaine notoriété près des savants de son époque. Bouchard fut, en effet, en rela-;tionsavec Rigaud, Gassendi, La Mothe le Vayer. Tallemant des Réauxdit qu'il mourut en 1640.
Le manuscrit que nous venons d'indiquer a été acheté 5oo francs par l'éditeur Liseux, qui se propose de le publier.
Une intéressante vente d'autographes a eu lieu au mois de juin par les soins de M. Charavay. Voici, avec les prix auxquels ils ont été adjugés, l'indication des lettres les plus curieuses de cette collection. Cardinal de Bernis : lettre à M. Coignard, relative à la publication de son poème la Religion : g5 francs. — Maréchal Berthier : lettre adressée au général Régnier et écrite pendant la campagne de Russie : 75 francs. — Boïeldieu : lettre très intéressante sur la musique de la chambre du roi : 3o francs, — La Brinvilliers : signature placée derrière une recette médicale trouvée dans ses papiers: 41 francs. — Cossé-Brissac : correspondance avec la duchesse de Mantoue sur les affaires d'Italie, alors que le comte de Brissac était gouverneur du Piémont : 3oo francs. — Marquise de Caylus : 7 lettres autographes adressées à M"« d'Aumale, et relatives, sauf une, à la mort de M™* de Maintenon et aux disposttions à prendre pour honorer sa mémoire : 2,100 francs. — Gondorcet : lettre à Loménie de Brieiine, pour l'engager à persévérer dans sa conduite (L. de Brienne venait d'exécuter une partie des décrets sur la constitution civile du clergé) et à ne pas refuser de sacrer les nouveaux évêques : 3 10 francs. — David, le peintre : original du rapport fait par David au nom du Comité d'instruction publique sur la f&te de la réunion qui doit avoir lieu le 10 août, dans le Champ de Mars, sur l'autel de la Patrie : 200 francs.
- Dumoun6z : lettre autographe à M< de Broval, secrétaire du duc d'Orléans, datée du 27 novembre 1809 : 100 francs. — Éon de Beaumont, personnage cétèbre par Tincertitude de son sexe et le rôle qu'il joua dans la diplomatie sous le règne de Louis XV : 3oo francs. — Fabre d'Églantine : pièce de vers à M. Turbot, contrôleur général des finances : 800 francs. — Comtesse de Genlis : 12 lettres autographes à M** de Cabarrus (M*ae Tallien) ; correspondance intime : 1 ,200 francs. -^ Haies, physicien anglais: 14 lettres; correspondance scientifique au R. Wets* tein, à Londres, 1757- 1760 : 100 francs. — Kellermann : lettre èi Clarke, dans laquelle il rappelle ses services militaires et se plaint qu'on n'en tienne aucun compte : 100 francs. — I^kain, célèbre acteur : État des représentations données à Versailles, à Choisy et à Fontainebleau, en 1775, par les artiste de la Çômédie-Française et des sommes qui leur sont dues à cette occasion : 140 francs. -* Louis XIV : projet écrit de la main du roi pour servir aux négociations de la paix d'Utrecht : 2^100 francs. •— Louvois: dossier historique (20 lettres) concernant les rapports du ministre avec la ville et l'évêque de Tournay : f ,5o5 francs.
— Macdonald : lettre au général Reynier : 3o5 francs. «— Marmont : document historique des plus importants qui porte ce xïXtq i Réponse à quelques articles d'un ouvrage intitulé : Des résultats des dernières campagnes par le représentant du peuple Dumas^ 22 pluviôse an V: 35ofrancs. — Marrast : correspondance intime (3 lettres) des plus importantes pour la biographie de Marrast et adressée à son ami Bascans : 2o5 francs. — Mirabeau : lettre datée de Londres, 3o décembre 1 784, adressée à un membre de l'Académie française et dans laquelle il recom* mande chaleureusement Target qui se présentait à l'Académie : 600 francs. — Michel Ney : minutes de lettres autographes à Berthier et Marmont-: 5oo francs.
— Le même : dossier de 8 pièces sur le procès du maréchal Ney: 1,010 francs.
— Voltaire : Lettre sur, les éléments de la philosophie, de Newton : 5o francs. — Voltaire : Lettre critique d'une belle dame à un beau monsieur de Paris, sur le poème de la bataille de Fontenoy; superbe pièce où Voltaire s'est ingénié à juger une de ses oeuvres : 3o francs. — Voltaire : minute de lettre autographe à La Harpe : 3o francs. — Ajoutons, pour terminer, qu'une lettre de Sarah Bernhardt a été vendue 40 francs.
Dans une autre vente deux lettres de Mozart ont atteint des prix très élevés.
La première de ces lettres, datée de Mannheim, 7 février 1778, adressée par Moiçart à son père, alors maître de chapelle de S. A. R. l'archevêque de Salzbourg, a atteint le prix de i,75o francs.
Cette lettre curieuse fut écrite par Mozart à l'âge de vingt-deux ans, et alors qu'il courtisait les deux sœurs Weber : Constance, qu'il épousa en 1782 contre la volonté de ses parents, et Aloïse, qui se fit entendre plus tard, à Paris, sous le nom de M^** Lange.
La seconde lettre vendue, à l'hôtel Drouot, est la plus belle et la plus importante lettre connue de Mozart. Elle a atteint aux enchères le prix de 2,o5o francs.
Deux ventes intéressantes ont eu lieu à Londres dans la première quinzaine de juillet ; l'une comprenant une partie de la bibliothèque de M. Gregory Lewis Way; l'autre, le mobilier, les objets d'art et les manuscrits autographes de lord Beaconsfield.
. M. Way, bibliophile bien connu, avait formé sa collection pendant le siècle dernier, alors que la plupart des livres que les amateurs payent aujourd'hui plus qu'au poids de Tor, se vendaient souvent pour le prix du. vieux papier. Sa bibliothèque était riche surtout en anciens poètes anglais, en romans français et anglais, en pièces de théâtre de toute rareté, et en spécimens des premiers, temps de l'imprimerie.
Voici une liste des principaux ouvrages, avec les prix payés originairement
'par' M. Way, «t ceux qu'ils ont atteints en vente publique.
MUt^n^ première édition collective de ses œuvres, 1645, 20 livres sterling ; payé 9 shillings par M. Way; — Poèmes d\e Shakespère^ édition originale, 1640, 3o 1. st. ; payé 7 sh. ; — Sir P. Sidney, Défense de la Poésie, première édition, iSgS, 38 1. st. ; prix original, 7 sh. 6 d. ; — L'enlèvement de' Philomèle de Parker, sans le titre et la dédicace, 68 1. st. ; acheté jadis i sh. 6 d. ; — Milton, Cômu^^ édition originale, 1637, 68 1. st. ; payé par M. Way 5 sh. \-^\t Paradis
'Perdu^ première édition, 1667, plus trois autres exemplaires de la même édition avec des titres portant les dates 1668, 1669, 1670, (artifice de libraire pour vendre les exemplaires en magasin), le tout acheté par }\. Way moyennant i livre i5 shillings; vendu 116 livres 10 shillings; — un très prédeux volume contenant les œuvres de R. Southwell, y compris les Plaintes de saint Pierre, Mœniœ^ 1^95, la Victoire sur la mort, 1596, Quadruples Méditations, f6o6, \e% Larmes de saint Pierre, i6oa, les Lamentations de Màrie-Magéèleine, 1601, vendu i35 livres, acheté pour 10 shilling; — ' ilrf/rt/r de Bretagne^ traduit du français en anglais par le noble lord Berners, taché, incomplet, Sans titre ni date, 166 livres ; — un manuscrit du même avec miniatures et ornements en or et couleurs, relie aux armes de Catherine de Bourbon, 120 livres, payé 2 livres par M. Way; — Confessio Amantis, imprimé par Caxton en 1483, trèsincomplet, payé 199 livres; acheté 5 livres seulement, il y a moins de soixante ans ; — les œuvres poétiques de John Taylor, i63o, 20 livres ; payé par M. Way 1 livre 9 shillings 6 pence ; — Tristan^ chevalier de la Table Ronde^ 2 volumes reliés aux armes de M"** de Pompadour, 74 livres ; acheté jadis au prix de 3 livres 1 5 sh. 6 d. — etc. Le catalogue contenait 2o5 numéros qui ont produit 2,324 livres 7 sh. 6 d., soit : 58,iio francs.
La vente de lord Beaconsfield a eu lieu au milieu d'une afHuencc considérable de curieux. La collection de monnaies et de médailles a été très-admirée et a été adjugée à des prix élevés. On s'est également disputé des gravures de Kauffmann, de Strange et de Raphaël Morgen, qui ont atteint des prix fabuleux.
Mais la vacation sans contredit la plus intéressante a été celle oii ont été adjugées les œuvres d'Isaac d'Israéli et les manuscrits de son illustre fils, qui, par parenthèse» orthographiait son nom un peu différemment ; Disraeli.
On a vendu d'abord les planches stéréotypées des œuvres . d'Isaac d'Is* radli, éditées par le comte de Beaconsfield, avec une notice sur son père, et des notes qui n'ont pas paru ailleurs ; plus les cinq planches gravées sur acier et le fac-similé lithographique d'un fragment d'Homère traduit par Pope et écrit au Verso d'une lettre d'Addison. Cette collection comprend i Curiosités de la Litté»
rature^ 3 Volumes, i858; Aménités Littéraires, 2 vol., iSbg ; Infortunés et querelles d' Auteurs, i vol., i85$; /e Caractère littéraire^ Mélanges littéraires, Recherches sur le caractère de Jacques I*^, 1 vol., i85g. Le tout, matériel et propriété littéraire, a été vendu 25o livres. La Vie de hrd George Bentitick^ par lord Beacônsfield/ propriété littéraire et planches stéréotypées, n'a pas trouvé d'acquéreur au-dessus de 25 livres et a été réservée.
Alors est venue la vente des manuscrits originaux* Les enchères o;9t atteint rapidepient des prix assez élevés. Le jeune duCf publié en i83i, a été adjugé pour 220 guinées à M. Collins; Contarini Fleming, . écrix en 1846, pour 200 guinée$, A M. Théodore Martin, auteur de la Vie du prince consort ; Venise^ gQ guinées; Alroy^ écrit en 1836^ 140 guinées; Iskander, 60 guinées, et Ixioi^ ftu çiely publié en 1847, ^o guinées. La valeur totale des tableaux et des oeuvres littéraires que je viens de citer a atteint 2,122 livres, ou 53,o5o. francs On nous assure que les derniers éditeurs de lord Beaconsiield se sont réservé, de son vivant, la propriété de ses autres manuscrits.
Tous ces manuscrits sont parfaitement conservés ; récriture en est très belle ; on dirait de 1a calligraphie. On n'y rencontre que fort peu de ratures, et même h plupart du temps les mots sont joints Tun à l'autre sans solution de continuité. M* Disraeli écrivait quelquefois une phrase entière sans que sa plume quittât le papier, ce qui atteste naturellement une facilité de composition extraordinaire. £0 tout, le$.trpis vacations ont produit une somme de 7,276 livres (181,825 francjsi).
Au mois de décembre prochain, aura lieu la vente de la célèbre bibliothèque Sunderland, qui consiste en la collection formée par Charles III, comte de Sunderland, dans la dernière moitié du xviu* siècle. Elle renferme plus de 3o,ooo volumes dont la plupart sont reliés en maroquin. Quelques-uns sont imprimés sur vélin. Parmi les raretés qui la composent, se trouvent les premières et les plus récentes éditions des classiques grecs et latins, ainsi que des principaux auteurs italiens et français, une superbe collection de bibles en diverses langues, dans laquelle est un exemplaire, imprimé sur vélin, de la première bible latine qui soit datée, de très rares ouvrages relatifs à l'Amérique, une série de chroniques espagnoles et portugaises, une collection de livres français et anglais sur les événements politiques et religieux des xvi* et xvii* siècles, etc.
On vient de découvrir à Francfort, pendant la réorganisation de la bibliO« thèque municipale de Mayence, plusieurs manuscrits et incunables des plus rares et des plus précieux.
Les plus remarquables sont deux ouvrages imprimés à l'époque de Gutenberg, et dont la bibliothèque avait complètement ignoré l'existence jusqu'à présent.
Le premier est la Bulle de Pie II au chapitre de Mayence, en 1461.
Le second est le Tractatus ratiohis etconscientice^ de 1459. Il se compose do vingt feuilles. *
Suivant toutes les probabilités, il n'existe pas de doublé du premier ouvragé, tandis que la ville de Paris seule possède un exemplaire du second.
Paris, un An : 40 fr. Pmince, un An : 43 fr.
L« numéro venda séparémant : 5 francs.
TT
DEUXIÈME ANNÉB